Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Entrevue avec Christopher Driscoll, Ingénieur militaire

Le Polyscope a rencontré une série d’intervenants de la communauté des ingénieurs afin de tâter le pouls de la profession. Cette semaine, voici Christopher Driscoll, ingénieur militaire et chargé du cours CIV4911 – Intervention d’urgence en génie civil.

Quel est votre parcours académique ?

J’ai commencé par un bachelor en génie mécanique à McGill. Par la suite, j’ai été engagé à Bombardier en aéronautique avant de quitter l’industrie pour un doctorat en génie biomédical à l’École Polytechnique. Je suis doctorant depuis l’automne 2005 et j’espère terminer ma thèse sous peu, c’est-à-dire dans moins de six mois. J’avoue qu’il est difficile de faire le lien avec le génie militaire [rires]…

…Justement, quel a été le déclic  ?

Une de mes connaissances s’impliquait déjà dans l’armée, alors que je travaillais encore pour l’industrie, à titre de réserviste. L’armée lui a inculqué des valeurs et un code moral que je trouvais très noble: la rigueur, l’organisation, le partage et l’entraide. Par la suite, j’ai voulu penser de la même manière et ainsi mon intérêt grandissait : c’était l’effet boule de neige…

À l’armé, je suppose que vous travaillez à temps partiel …

Effectivement, je travaille chaque mardi de 19h à 22h en plus de deux fins de semaine par mois.

Et quelles sont vos activités durant votre quart de travaille?

Personnellement, je travaille aux opérations ayant attrait à l’exécution militaire. La fin de semaine, nous travaillons sur des aspects beaucoup plus pratiques, avec notamment des entraînements: génie de combat, pompage, démolition etc. Ma tâche consiste donc à planifier ces activités au mieux. Je suis réserviste depuis plus de 6 ans, en débutant par commandant de troupe. Mon rôle pouvait s’assimiler à celui d’un foreman dans un chantier de construction.

Qu’est ce qui vous a amené à donner le cours d’intervention d’urgence en génie civil ?

C’est principalement à cause de mon supérieur à l’armée, qui aime superviser les choses et qui m’a proposé cette initiative. C’était aussi un excellent moyen de nous faire de la publicité. Donner un cours permet aussi d’en apprendre beaucoup : avoir un esprit de synthèse, vulgariser et réussir à faire passer un message auprès des étudiants.

À ce propos, êtes-vous déjà intervenu dans des situations d’urgence en Afghanistan, par exemple ou au Darfour ?

Non, pas encore dans de tels cas, mais je suis intervenu à titre anecdotique, à la rescousse d’une personne en République Dominicaine. Après que l’agresseur soit parti, j’ai appliqué les premiers soins d’urgence avant de reconduire la victime à l’hôpital. Cette situation paraît bénigne, mais demande de savoir maîtriser ces émotions et particulièrement son stress. Il est bien difficile de réagir lorsque vous voyez une personne couverte de sang. Une expérience au sein de l’armée permet ainsi de dépasser ce cap. Par ailleurs, mon unité a déjà été appelée lors de la crise du verglas de 1998. Leur participation a été très ponctuelle mais très bénéfique : ils étaient responsables de fournir de l’essence aux familles, de les approvisionner en nourriture, de construire des abris temporaires, et enfin d’effectuer des patrouilles de sécurité.

On a toujours certains préjugés sur l’armée, êtes-vous capable de faire 300 pompes d’une shoot?

Certainement…[rires]. Concrètement notre programme d’entraînement est très exigeant, je ne vous le cache pas, mais il est aussi très varié. En effet, au début de l’année, on s’entraîne sur les capacités individuelles: on apprend à tirer, à se faufiler en forêt, etc. En groupe, on pratique des activités organisées, parfois dangereuses comme la construction et la démolition des ouvrages civils (ponts, viaduc). Nous supportons aussi l’infanterie pour des simulations de situations d’urgence, au Québec et aux États-Unis. Enfin, au moins une fois par année, nous proposons nos services à l’aide humanitaire.

Quels sont les avantages à faire partie de l’armée ?

C’est économiquement très gratifiant…

… Combien on vous paie, sans être indiscret ?

En fait, la rémunération n’est pas horaire. La paie est en fonction de la journée ou demi-journée travaillée. L’armée contribue aussi majoritairement à payer les études soit un peu plus de 2000 dollars par année.

Pour finir, qu’est ce qu’un ingénieur pour vous ?

Pour moi, un ingénieur est une personne d’abord très pratique et qui utilise ces connaissances avec rigueur pour développer, résoudre ou analyser une problématique complexe. Par exemple, je suppose que pour construire une simple maison, on n’a pas recourt aux services d’un ingénieur. Par contre, lorsque l’on s’inscrit dans la problématique des bâtiments multi-étagés où des problèmes complexes se confrontent, là le ressort de l’ingénieur est important. Dans le cadre de l’intervention d’urgence, un ingénieur est celui qui utilise une technologie appropriée au service d’une communauté en détresse. ISF (Ingénieur Sans Frontière) en est un exemple concret et je pense que c’est une expérience très bénéfique pour un étudiant au baccalauréat.

  • À propos du cours CIV4911

Depuis l’hiver 2009, le cours CIV4911 est donné par le département de génie civil. Il est nécessaire d’avoir accumulé plus de 80 crédits pour l’inclure dans son cursus. Tout étudiant est libre de suivre ce cours même en étant pas inscrit au programme de génie civil.

Le cours magistral est donné sous forme de présentation où différents intervenants sont invités au début de la séance afin de présenter leur implication dans le génie sans frontière.

Enfin, pour les intéressés, voici les différents thèmes abordés durant la session :

Effets des grandes catastrophes sur les infrastructures de première nécessité – Organismes impliqués dans l’aide humanitaire et leur rôle suite à une catastrophe de grande ampleur – Description du mode de fonctionnement de ces organismes – Géopolitique et collaboration entre les gouvernements locaux et les organismes d’aide humanitaire – Détermination des travaux prioritaires suite à une catastrophe – Rétablissement de la mobilité des personnes, des biens et des informations – Mise en place de services de base à la population : abris, vêtements, objets de première nécessité, cliniques ou hôpitaux – Distribution de denrées alimentaires.

Mots-clés : Entrevue (33)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.