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Anky ou la fuite

Pour aller voir Anky ou la fuite/Opéra du désordre, il faut être prêt à tout et à rien en même temps. Dans la pièce de Christian Lapointe, ce que l’on voit, entend et ressent est extrêmement intense (tout) mais, en même temps, incohérent et déconstruit (rien).

L’information visuelle et sonore à laquelle le spectateur est soumis est plus que désordonnée. Dans un désordre, on peut distinguer un ordre qui devrait être. L’Opéra du désordre tient davantage du chaos. Ici, les trois interprètes, Sylvio-Manuel Arriola, Maryse Lapierre et Jocelyn Pelletier, immobiles sur la scène, prononcent des mots qui appartiennent à des champs lexicaux dont l’intersection est vide.

Par le texte et la mise en scène, l’auteur tente d’aller à l’encontre de ce qui est attendu et, de son propre aveu, « questionne ce que signifie chanter ». L’inconfort provoqué par les contrastes – noirceur et lumière blanche intense, bruits cacophoniques assourdissants et silences, mouvements d’éclairage et immobilité des acteurs – fait prendre conscience de la réalité présente, de la valeur et la substance des mots prononcés par les êtres humains et qui se rendent à notre cerveau. Voilà une révolte contre l’anesthésie générale au quotidien et l’insensibilité des gens les uns envers les autres.

Pour des sensations fortes, redécouvrir les extrêmes et vérifier qu’on n’est pas devenu insensible, aller au CEPSUM et se plonger en alternance dans le bain tourbillon et le bain froid pendant une heure, 5 minutes dans chaque bain à la fois, ou bien s’asseoir le plus longtemps possible dans la salle de séjour du département de psychiatrie le plus près de chez soi.

Anky ou la fuite/Opéra du désordre, une production du Théâtre Péril, est présentée à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, 3900 rue St-Denis à Montréal, du 10 au 28 février 2009. Information 514-282-3900 ou www.theatredaujourdhui.qc.ca/anky.
Texte et mise en scène : Christian Lapointe.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.