Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Le psychomaton : « faire partie d’une grande chaîne d’amour sauf qu’on le sait pu »

Par Julie Bozza

Le groupe ADHOC et Anne-Marie Olivier se sont unis pour donner naissance à cette pièce en 2007, à Québec. Paraîtrait-il que ce « come-back 2009 » est une version remasterisée et resserrée du scénario d’origine (je ne peux pas en juger, je ne fais que relater les faits). Cette pièce touchante, teintée de tristesse mais aussi d’humour, nous interpelle grâce à l’écriture sensible d’Anne-Marie Olivier, mais aussi avec l’aide de l’esthétisme visuel dont a su user Véronika Makdissi-Warren pour la mise en scène.
La jeune commis de dépanneur, Josée (Hélène Florent), toujours à l’affût d’un sourire de ses clients, du haut de son secondaire 5, décortique avec fantaisie et philosophie existentialiste, le monde dans lequel nous évoluons. En cherchant de quelle façon elle pourrait répandre le bonheur autour d’elle, Josée décide, avec l’aide de son meilleur ami Polo (Paul-Patrick Charbonneau), d’inventer le « psychomaton ». Il s’agit là d’une cabine de type photomaton où, pour 2 dollars, une foule de personnages très colorés et attachants se vident le cœur en échange de quoi la machine régurgite, pour les éclairer sur leurs problèmes ou histoires, une pensée de type « biscuit chinois ». Ce « confessionnal électronique » nous fait prendre conscience du thème central de cette pièce et Ô combien actuel : l’individualisme de notre société. Ces personnages, dont le mal-être transpire à travers tous les pores de leur peau, vivent dans le même quartier et leurs histoires s’entrecroisent. Prenons l’exemple de la vieille gribiche qui épluche les publisacs à la recherche d’aubaines qui est la voisine d’une femme battue, ou de la petite vieille qui s’ennuie à mourir dans son centre d’accueil, qui sans le savoir a un lien avec une junkie réclamant toujours plus d’argent. Toutes ces personnes fréquentent le « psychomaton » à la recherche de réconfort, et s’emportent dans de savoureux monologues où le spectateur vacille entre l’envie de rire et un sentiment d’empathie. Une des beautés de la pièce réside dans le fait que cette multitude de personnages (une dizaine) n’est interprétée que par 4 comédiens : Paul-Patrick Charbonneau, Érika Gagnon, Éric Leblanc, Édith Paquet. Les costumes sont minimalistes et efficaces permettant à une artiste hippie de se transformer en une prostituée simplement grâce à l’ajout d’une cigarette et une fourrure dans le cou. La mise en scène permet au public d’être transporté d’un lieu à l’autre sans que le décor ne change, tantôt chez Polo, tantôt chez la junkie, dans le psychomaton, au dépanneur, dans la rue… tout est sous les yeux du spectateur et change d’utilité sans qu’un objet ne soit déplacé, c’est MAGIQUE !
Aller voir Le psychomaton, c’est faire l’expérience d’un théâtre contemporain sensible et à l’écoute des enjeux de notre société. Si vous y allez ne vous privez surtout pas de faire une ovation si vous avez vraiment aimé la pièce parce que personne ne le fera pour vous… disons que je me suis retrouvée toute seule debout à applaudir, la larme à l’œil… je n’ai pas compris ce qui se passait, mais mon ovation solitaire venait vraiment du cœur! Sans doute que la salle était trop pleine du gratin pour la première représentation à Montréal.

Le psychomaton d’Anne-Marie Olivier, une production Le Groupe AD HOC, du 17 février au 7 mars 2009 au Théatre d’Aujourd’hui, mise en scène de Véronika Makdissi-Warren­.

Mots-clés : Théâtre (92)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.