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Obama à Ottawa, dans les coulisses du rendez-vous

Mardi – Après des semaines de coups de téléphones et de mails, c’est fait : deux jours avant l’arrivée du président Barack Obama dans la capitale canadienne, le ministère des Affaires étrangères me contacte pour me dire que mon accréditation est validée, il faut que je vienne la chercher le lendemain même à Ottawa.

Mercredi – Je débarque en soirée dans la capitale, la neige arrive en même temps que moi, le vent souffle et des policiers bien emmitouflés s’activent pour poser les dernières barrières. Les affiches qui annoncent la venue du président sont quasiment aussi nombreuses que les interdictions de stationner et les suspensions des transports en commun.

Jeudi – Les plus grosses artères de la ville sont coupées pour assurer la sécurité du président, avec plusieurs policiers à chaque coin de rues et des plaques d’égout soudées. Mais j’ai été assez surpris d’atteindre la colline parlementaire sans aucune fouille ni contrôle d’identité.
Apparemment les Canadiens ne craignent pas les incidents. Avec mon accréditation, je franchis tous les contrôles présents dans la Chambre des députés (un portique comme ceux que l’on trouve dans les aéroports vérifie que je ne porte pas d’armes). J’écoute discrètement la sécurité du parlement qui est impressionnée par les secret services
américains et qui compare leurs dispositifs de sécurité. Dans les allées de la Chambre des communes, on se dépêche de fignoler les derniers détails : un petit coup d’aspirateur par ici, un petit rafistolage d’un drapeau par là. Deux heures avant l’arrivée de l’homme le plus populaire de la planète et du troupeau médiatique, tout doit être parfait.
À 9h30 dans la salle de presse du parlement, CNN et RDI passent en boucle le départ du président avec son avion, Air Force One, de la base d’Andrews dans le Maryland. Les journalistes présents patientent et profitent d’un buffet mis à leur disposition, certains commencent aussi à râler contre le service de sécurité qui passe tous les quarts d’heure pour vérifier leur accréditation. Quelques minutes plus tard, la horde de journalistes américains arrive et envahit la salle de presse. Lorsque Obama arrive à l’aéroport, l’effervescence est à son maximum. Après un entretien avec la gouverneure générale Michaëlle Jean, il arrive à Ottawa. Une trentaine de voitures, d’ambulances et de motos de policiers, accompagnés par deux hélicoptères, entourent la voiture présidentielle. Aucun incident n’est à déclarer, sauf un jeune adolescent qui voulait traverser les barrières de sécurité. Deux mille Canadiens (qui ont préalablement été fouillés) sont massés devant la Chambre des communes, à quelques mètres de l’arrivée de Barack Obama. Ce dernier est convié, à son arrivée, par le premier ministre canadien Stephen Harper, à saluer la foule. L’ambiance ressemble à celle d’une game de hockey au Centre Bell, le public crie et hurle, comme si une rockstar daignait leur faire un signe. Une énorme plaque de plexiglas installée la veille protège le président.
Pour les journalistes présents, c’est du jamais vu, tant par la quantité de
« spectateurs » que par celle des dispositifs de sécurité.

Ensuite, l’attente se fait longue. Harper et toute la suite protocolaire rencontre et discute avec le président américain. On sait que les visions de Stephen Harper (conservateur) et de Barack Obama (démocrate) divergent sur plusieurs points, mais Harper ne peut se priver d’un tel allié en cette période de crise économique. Cependant, Obama a aussi besoin du Canada, notamment pour ses énergies (le Québec avec son hydroélectricité fournit plusieurs états du nord-est) et son acier importé (source sûre et de qualité). C’est aussi un appui de choix en Afghanistan avec un gros contingent de Canadiens sur place (une centaine de soldats canadiens morts depuis le début du conflit). Pendant la conférence de presse, les consignes sont très strictes : après un petit discours introductif de chacun des deux chefs d’État, les journalistes ont droit à 4 questions au total. Barack Obama veut protéger son image et éviter toute attaque. Quand un journaliste du Wall Street Journal le cite sur le protectionnisme et les clauses du Buy America de son plan de relance, il fronce les sourcils et le corrige immédiatement sur ce point en énonçant que les échanges avec le Canada sont vraiment indispensables. Un détail intéressant pendant la conférence de presse : lorsque Harper parle de la crise environnementale, il parle du Canada et lorsqu’Obama parle de la crise énergétique, il parle au niveau mondial… Entre journalistes, on se demandait s’il y aurait un premier ministre du Canada et un président du monde ?

L’attitude d’Obama a totalement tranché avec celle Harper. Comme d’habitude, Obama a fait un peu d’humour, alors que Harper restait très « classique »
et sérieux. Obama remercie les Canadiens d’avoir fait campagne pour lui et termine par un « I love this country ! ».
Le président voudra bien revenir au Canada, mais quand il fera moins froid. Moins froid ? Il faisait à peine
0 degrés à Ottawa. La journée se termine pour moi quand un flash d’informations annonce que Barack Obama a modifié son trajet du retour à la dernière minute pour manger une queue de castor au marché Byward et acheter des boules à neiges pour ses deux filles ! Les Canadiens sont affolés que la sécurité ait laissé le président changer de programme, ses agents n’avaient pas l’air très rassurés non plus sur les images.
La journée se termine sur la colline, les barrières sont rangées et la circulation commence à reprendre. La ville d’Ottawa restera dans l’histoire comme la première à avoir accueilli le président Obama. Reste à savoir si ce premier voyage aura été juste de courtoisie ou si il aura été bénéfique pour le Canada et Harper.




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