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Dématérialisation du monde

Par Alexis Dagenais-Everell

Les idées exposées dans cet articles sont grandement inspirées de l’éditorial « La dématérialisation du monde »
d’Éric Desrosiers, paru dans le journal Le Devoir. Les citations proviennent du même article. Les chiffres qui y sont mentionnés n’ont pas de source mais je n’ai jamais lu quelque chose qui les contredisait complètement.

Il y a longtemps, on mesurait la richesse en nombre d’arbres coupés, en tonnes de céréales récoltées, en ponts construits et en nombre de locomotives assemblées. Aujourd’hui, dans les pays occidentaux, près de 70% de la richesse provient du secteur des services (soins infirmiers, plaidoirie d’avocat, programmation informatique, tournage de films, etc.). C’est la valeur ajoutée qui justifie qu’on puisse payer 1 000$ pour un ordinateur (un petit tas de métal, de plastique et de verre assemblé avec précision). Certains économistes appellent cela la dématérialisation de l’économie.
Cela ne veut cependant pas dire qu’on consomme moins de matière par personne. La matière prend moins de place dans l’économie mais : « on n’a jamais enfoui plus de papier que depuis l’invention de l’ordinateur, nos voitures et nos maisons n’ont jamais été si grandes, même si les familles qui y vivent sont de plus en plus petites ». Il y a le suremballage et de plus en plus de machines jetables avec une très courte période de vie. Par exemple, il n’est pas normal de jeter des grille-pains. La technologie change à peine, mais il est difficile de les faire réparer.
Les besoins des individus se sont aussi complexifiésn : même si on utilise de plus en plus de services. En effet, on a de plus en plus d’objets dans une maison. L’article d’Éric Desrosiers affirme que le poids total des biens d’une famille a augmenté de 20% entre 1977 et 1991. En parallèle, vient le poids des déchets qui est passé de 1 tonne par habitant en 1994 à 1,5 tonne en 2000 au Québec.

Il faut aussi compter les déchets produits avant la fin de la vie de l’objet. On trouve, à peu près, seulement 7% de matière nécessaire à la fabrication dans un produits fini. Le reste étant des intrants (énergie, eau, etc.) et des déchets. « Certains experts disent même que 99% des ressources extraites de la planètes deviennent des déchets en six semaines. »
Ce n’est plus à prouver mais il faut rappeler que les ressources naturelles sont limitées.
Sans parler des différentes formes de pollution engendrées par l’utilisation de la matière première et de ses dérivées, en plus de la quantité d’énergie demandée par le transport et la transformation de la matière. On parle de consommation de carburants fossiles qui sont aussi limités et produisent des gaz à effet de serre une fois brûlés.
La situation est de plus en plus préoccupante, vu la pression sur la consommation des matières premières qui augmente avec la venue des pays émergents comme la Chine et l’Inde (avec plus d’un milliard d’habitants chacun) qui veulent avoir accès à notre niveau de vie.
Cela engendre aussi une augmentation des coûts des matières premières. Dans ce contexte, certains disent que les entreprises seront forcées de passer vers une « économie légère» ou « une écologie industrielle » pour limiter les pertes et améliorer la rentabilité.
Mais cela ne sera pas suffisant. Il faudra revoir la façon dont on offre les biens et les services. « Est-il bien raisonnable qu’un objet conçu pour le mouvement, comme l’automobile, soit à l’arrêt 92% du temps ? Et que dire de la perceuse électrique qui est utilisée 15 min par an ? » C’est un peu fou vu la quantité d’énergie et de matière mise dans ces objets.
Il faut donc trouver d’autres incitatifs pour que la consommation s’oriente plus vers des services que vers de la matière. À titre d’exemple, la vaisselle réutilisable dans les caféterias : un système déjà implanté dans plusieurs institutions (un groupe dont ne fait pas partie l’École Polytechnique). Aussi, le transport en commun, les bicyclettes publiques (le Bixi bientôt à Montréal), le covoiturage et les entreprises de voitures communautaires (Communauto à Montréal) incitent les gens à ne pas acheter des voitures à usage exclusif. Est-ce que cette forme de compagnies qui louent des objets ou les rendent communautaires pourraient se répandre pour l’utilisation de perceuses ?
Il y aussi des choses qui devraient arriver dans le futur. Certaines législations pourraient limiter la production des déchets avant, pendant et après l’utilisation des objets. Des mesures d’épuisement des ressources naturelles devraient être incorporées dans les indicateurs économiques, bien que cela soit plus difficile.
Le recyclage est une solution qui ne doit pas être mise au premier plan, comme le montre la logique de l’ordre de la gestion des déchets des 3RV (réduire à la source, réemployer, recycler et valoriser).
Il faut continuer à repenser la réponse à nos besoins dans le but de réduire à la source la consommation de matières premières. Un défi intéressant pour les ingénieurs…

Mots-clés : polysphère (21)

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