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Mesrine

Mesrine, c’est l’histoire en deux volets du dernier cowboy, du dernier hors-la-loi. Poursuites à haute vitesse dans l’Arkansas, fusillades avec les forces de l’ordre, évasions spectaculaires, assassinats de proxénètes, aventures avec des prostituées, cavalcades à travers champs, enlèvements de riches propriétaires terriens. Éléments typiques des westerns classiques, ce sont pourtant les aspects d’une journée habituelle pour Jacques Mesrine, célèbre gangster français ayant imposé sa loi en France, en Espagne, au Vénézuéla et au Québec du milieu des années 60 à la fin des années 70.

C’est son histoire que raconte Mesrine, diptyque de Jean-François Richet composé des volets L’Instinct de mort et L’ennemi public n°1.

Antihéros par excellence ne tuant que ceux n’ayant pas la conscience tranquille et ne dérobant que des banques et casinos, c’est un homme avec un imposant égo qui nous est présenté ici, allant jusqu’à enlever et torturer un journaliste l’ayant accusé de ne pas être « réglo » avec ses associés.

Tournés en partie au Québec, les films présentent une certaine dose de violence intrinsèque à tout film présentant la vie du criminel, sans toutefois tomber dans la facilité de montrer de la violence à l’écran uniquement parce qu’on associe Mesrine à une violence perpétuelle.
Ainsi, le réalisateur a choisi d’espacer les scènes les plus dures par des moments de dialogues servant réellement l’intrigue (plutôt que de ne servir qu’à introduire la prochaine mise à mort comme il aurait été facile de le faire). Le rythme de ces alternances est continu tout au long des films, et sert à présenter au spectateur qu’il ne faut pas se contenter de regarder Mesrine sous l’angle auquel on est habitué de le voir, c’est-à-dire comme un gangster qui tue sans aucun discernement, mais qu’il est également nécessaire de prendre en compte l’aspect humain qu’il a su dégager malgré son apparente cruauté.

Tout au long du récit, la caméra agit comme un témoin neutre de l’action, sans que l’on perçoive de jugement condamnant les gestes du cow-boy meurtrier, sans toutefois les vanter non plus. En effet, le réalisateur laisse au spectateur le soin de prendre conscience des contradictions dans les propos de Mesrine. Il dénonce par exemple jusqu’à son procès devant jury, le fait que ce sont les banques qu’il dérobe à la pointe du fusil qui sont les véritables malfaiteurs sans scrupule et non lui. Ses propos contrastent grandement avec le train de vie qu’il mène quotidiennement : voyages, voitures de luxe, grands appartements, cigares, champagne, etc.

La distribution du diptyque est imposante, avec de nombreux grands noms du cinéma. À Vincent Cassel viennent s’ajouter une longue liste de comédiens dont Ludivine Sagnier et Cécile de France qui interprètent quelques unes des nombreuses maîtresses de Mesrine. Il faut aussi noter la participation (obligatoire ?) de Gérard Depardieu dans la peau de Guido – mentor de Mesrine à ses débuts – que l’on aurait souhaité voir interpréter un autre rôle que le même joué par Gérard Depardieu depuis le début de sa carrière. Roy Dupuis et Mathieu Amalric empruntent quant à eux les rôles de Jean-Paul Mercier et de François Besse, complices québécois et français de Mesrine dans ses évasions, vols de banques et assauts de diverses natures. Une mention toute spéciale revient cependant à Vincent Cassel pour son interprétation magistrale d’un rôle de taille, travaillée et pleine de justesse. Une attention particulière a visiblement été portée aux détails du physique de Mesrine, aussi bien que pour son ton de voix que pour sa posture, calqués sur le volume important de documents d’archives de tous médias laissés par les journalistes sur la trace du hors-la-loi.

Toute cette documentation peut cependant représenter une pression sur le jeu des comédiens, tout comme sur la direction photo du film.
En effet, comme Mesrine a laissé derrière lui de nombreuses photos, de nombreux extraits vidéos réalisés par les journalistes ainsi que de nombreux enregistrements audio de ses propos, la reconstitution se doit alors d’être véridique en tout point. C’est toutefois un pari qu’a réussi à gagner le réalisateur Jean-François Richet, puisque les films sont scrupuleusement identiques aux archives qu’a laissé Mesrine. On a pris soin de reconstituer un portrait de Mesrine en uniforme pendant la guerre en Algérie, ou Cassel reprend de façon identique la pose de l’antihéros, même si on n’aperçoit ce détail que l’espace d’une seconde. Même la scène finale relatant la fusillade dans laquelle Mesrine trouve la mort est scrupuleusement calquée sur les archives vidéo de la police ainsi que des journaux télévisés qui se bousculaient parmi le public amassé de façon chaotique autour de son corps.

L’Instinct de mort et L’ennemi public n°1 sont des films de grande qualité tant cinématographique qu’historique, que l’on pourrait méprendre pour des documentaires sur la vie d’un des plus grands criminels des dernières décennies. De nombreux prix sont à prévoir tant pour la direction photo et la réalisation que pour le rôle l’interprétation de Vincent Cassel.

En terminant, je profite de l’occasion pour vous laisser sur la suggestion grindcore provinciale de la semaine : Mesrine
(http://www.mesrine.cjb.net). Métal à tous.

Mots-clés : Cinéma (60)



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