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Tellement Québécois la critique du film Polytechnique

Je suis allé voir Polytechnique après avoir entendu beaucoup de critiques élogieuses à son sujet, c’est vrai. Je m’attendais donc à voir un bon film, voire un très bon film malgré mes aprioris négatifs évoqués la semaine dernière dans ces colonnes.
On y suit trois personnages, le tueur (jamais nommé), un gars et une fille qui sont dans cette classe qui avait été prise d’assaut dès le début de la tuerie. Chacune de leurs trois visions se confrontent pendant un peu plus d’une heure à tour de rôle et les conséquences de cet acte sur leurs vies.

Sur le plan artistique et cinématographique, on peut être agréablement surpris. Le noir et blanc qui semble a postériori indispensable au film est très bien utilisé. La couleur sanguinolente est remplacée par un noir sombre plus apte à être supporté par le spectateur. On y trouve aussi des plans originaux (à l’envers ou à 90 degrés) bien distillés qui ajoutent leurs poids de significations et un sens au film. Enfin, l’excellente bande son prend soin de ne négliger aucun détail malgré une trame musicale d’atmosphère très présente.
Mais ce film est tellement québécois. Ce n’est pas un reproche, ni un compliment. Il suit des codes dans le sens qu’il reprend la mécanique que l’on peut souvent voir dans ce cinéma : lourd de sens, de morale, et de réflexions. Tout comme « À l’ouest de Pluton », on se focalise sur des visages, des paysages, des atmosphères. Les dialogues sont importants, rares, voire inexistants. Ils laissent une ambiance lourde et dramatique. On ne peut comparer ce cinéma à aucun autre. Il est tellement pesant, oppressant, drastique, que l’on a envie de s’en échapper. Mais il a ses vertus et fait réfléchir : qu’aurais-je fait ? Aurais-je eu le courage de défier le tueur, de sauver ces jeunes femmes ? Il pose les questions sans y répondre, sans y voir blanc ou noir comme dans un blockbuster à l’américaine.
On peut sans doute féliciter les auteurs de ne pas nous en offrir plus, car même une heure seize cela reste long pour cette tragédie traitée de cette façon. Il y a des longueurs dûes à l’alternance de lenteurs et de séquences très rapides. Le film essaye de vulgariser, de simplifier cette tragédie en évitant la dramatisation et l’analyse du pourquoi, du comment. Cette fiction est troublante pour le spectateur novice des faits. On se demande où est le faux du vrai ? Où s’arrête la fiction et où commence la réalité ? Et pourquoi ? Pourquoi ce massacre qui n’est pas expliqué ? Oui, ce film est magnifique du point de vue artistique ! Mais cela suffit-il ?

Oui, il est traité avec pudeur et respect envers les familles des victimes ! Mais qu’apporte-t-il ?

Oui, les acteurs jouent extrêmement bien ! Mais est-ce fiction ou réalité ?

Ce film est un témoignage, oui, vu d’un angle, certes, qui est bon, sans doute, incomplet, c’est sûr.
Mais peut-on demander au cinéma de faire ce que la société a du mal à transmettre ? Je ne pense pas.

Au moins ce film aura eu une grande utilité, finalement, faire témoigner et débattre autour de ce sujet trop souvent tabou et inabordable avec les québécois. Ce film aura contribué à une toute petite part de compréhension de ce drame, que nous, génération de la fin des années quatre-vingt, et qui n’avons point vécu ce drame, essayons d’imaginer. C’est à travers ces témoignages de journalistes, de professeurs, et de toutes les personnes qui ont vécu cela que l’on comprend mieux ce qui s’est passé à l’époque.
Et même si l’on n’est peut-être pas d’accord sur le principe d’un film, on peut quand même remercier ce dernier de nous faire parler de ce sujet si sensible et essayer de le désacraliser même si cela reste encore dur, douloureux et sensible.

Crédit photo Alliance viva film




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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