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Entrevue avec Karine Vanasse, actrice et co-productrice

Après la sortie du film, Karine Vanasse la co-productrice et actrice principale de Polytechnique, nous explique les raisons de ce film, comment elle a vécu la polémique qui était autour et le point de vue de son équipe face à cette tragédie qu’a été la tuerie de l’École Polytechnique de Montréal.

Bio de Karine Vanasse :

Née le 24 novembre 1983 à Drummondville, elle a été révélée en 1998 grâce au film Emporte-moi de la réalisatrice Léa Pool. Avec cette performance, elle remporte, alors qu’elle n’a que 14 ans, le prix Jutra de la meilleure actrice. Elle a aussi coanimé l’émission de télévision Les débrouillards avec Grégory Charles.

Pourquoi faire un film avec ce sujet ?

Il y a plusieurs choses qui se sont produites avant que j’aie l’âge de vingt ans. Premièrement, j’étais trop jeune quand les évènements se sont passés, mais la fondation du 6 Décembre m’avait invité a participer pour le douzième anniversaire. Je suis allée lire un texte, quand je me suis présentée ce soir là, il y avait une certaine ambiance dans la salle, il y avait des membres des familles, il y avait des gens qui avait été touchés de près ou de loin, je sais pas à s’il y avait des étudiants. L’ambiance n’avait rien avoir avec la façon dont on parlait de l’évènement Polytechnique à chaque année depuis des années. Il y avait quelque chose de beaucoup plus calme, de beaucoup plus serein, malgré le deuil, malgré la tristesse. La volonté de s’ouvrir de ses femmes, de ses filles. Un désir de vivre ce drame-là collectivement, de pleurer ensemble de s’en remettre ensemble. Je m’étais dit que c’était vraiment bizarre que ce soit juste ce soir là que pour la première fois je vivais et que je réalisais cet évènement. Après ça, quelques années plus tard, on m’a demandé si j’étais féministe, et je n’ai pas su quoi répondre. C’était un peu particulier, que l’on me dise que je sois féministe alors que dans mes faits et gestes, je ne savais pas quoi répondre. Je n’avais pas trop compris la signification. Quelques temps plus tard lors d’une entrevue des Francs-tireurs sur Télé-Québec, des étudiants de Polytechnique étaient en entrevue, puis ils disaient le discours que l’on entendait souvent : « On est un peu resté avec notre tragédie à nous, parce que finalement on nous a reproché bien des choses, mais on a jamais eu la chance de s’exprimer, et finalement l’opinion de la société sur les hommes qui étaient sur place lors de la tragédie n’était pas super. » Donc tout cela mélangé a fait le film, plus les années passaient. Plus ce sujet là m’interpellait beaucoup, puis il y avait aussi des envies en tant que comédienne à participer à un film comme celui-ci. Et oui, je savais que ce film allait provoquer des discussion, en même temps, j’avais l’impression que l’on était capable de réunir une équipe autour de ce projet là qui était pour approcher la tragédie avec un point de vue autre que celui des étudiants.

Mais avez-vous participé à l’élaboration du scénario ?

Ben moi, j’étais présente du début à la fin. C’est sûr que c’était un sujet qui n’était pas facile à traiter. Quand Jacques David, s’est joint à l’équipe pour le scénario, Denis [Villeneuve] et lui ont commencé à faire des rencontres, pour être vraiment capable de s’approprier l’évènement. J’ai fait beaucoup de recherches moi aussi.

Est-ce vous êtes revenue à l’École Polytechnique ? Pour voir les différences par rapport à l’époque ?

Il y a eu tellement d’innovation, par exemple la cafétéria ne se ressemble plus. Pis en même temps, c’est le même architecte, donc il y a des choses qui sont très proches pour la reconstitution comme les corridors, où l’on essaye de se rapprocher le plus possible. Denis a aussi voulu montrer comment les élèves avaient voulu se protéger du tueur. Mais moi en fait, quand je suis allé sur les lieux c’était pour rencontrer les gens directement.

À quel moment vous avez choisit entre la fiction et la réalité des témoignages ?

À partir du moment où l’on partait des témoignages, on partait de leurs visions à eux. Alors on voyait cet évènement à travers quelque chose qui lui-même avait déjà été approprié. C’est sûr que les faits vraiment précis, réels, on les connaît, mais le réalisateur ajoute un peu de fiction à cette réalité. Et là où la fiction prenait place, est là pour ne pas mettre 50 personnages, pour en mettre le moins possible, tout en essayant de rejoindre le plus possible les différents témoignages que l’on avait eu. En fait, nos personnages sont basés sur des faits réels. Finalement, la tuerie en tant que telle, elle est réelle, et les personnages présentés, eux, sont un amalgame de différents témoignages que l’on a pu avoir. Et en même temps il y a des choses où il était bien d’y ajouter un point de vue artistique. Mais on a essayé d’être au plus près selon les réactions des gens. Aussi banal que juste la réaction des étudiants, dans le film, ils nous disent qu’il semble qu’il ne réagissait pas beaucoup, mais il faut se ramener à 1989, d’après les témoignages que l’on a eu les étudiants pensaient tellement pas qu’un tel incident puisse ce produire, même après avoir entendu les coups de feu, ce n’était pas instantané comme réaction.

Le film est en fait plus un témoignage qu’un film qui essaye de comprendre pourquoi cela c’est produit ?

Ce n’était pas le point de vue que l’on voulait prendre. Quand on a approché la fondation du 6 Décembre qui est essentiellement composée de membres des familles, eux pensait que c’était dans la continuité du travail qui avait été fait ces dernières années, sans que ce soit un film que sur le tueur. Et après qu’est-ce qui a déclenché ça, on sait très bien que c’est un peu inexplicable ce qui est arrivé dans sa tête à lui. On peut remarquer son parcours avec son enfance difficile, la présence d’un père très violent, une mère qui a dû absorber ça et qui s’est retrouvé toute seule avec ses enfants. Mais des adultes qui ont eu une enfance difficile, il y en a plusieurs. Qu’est-qui fait en sorte que lui a un élément déclencheur ? C’est difficile à exprimer, c’est une œuvre de fiction, c’est du cinéma et non un documentaire. Pour essayer de transmettre des émotions, transmettre ce que les gens avaient vu. Quelque chose de très vide mais quelque chose de très troublé.

Avez-vous rencontré des étudiants actuels de Poly pour avoir leur vision ?

Non, on est vraiment resté avec les gens de l’époque.

À l’issue de la fin de semaine, vous étiez en tête du box-office avec 326 000 $ d’entrée, c’est une satisfaction ?

La satisfaction, c’est les choix qui ont été fait au départ comme le noir et blanc, on souhaitait, mais il y avait peut être des choses qui vont freiner les gens à voir le film. Moi, ce qui me fascine, c’est les adultes qui sont allés voir ce film avec leurs adolescents, je trouve que c’est intéressant que ce soit un film qui soit vu par la plus jeune génération tout en étant capable de se tourner vers les générations qui ont vécu ce drame là. Je trouve qu’il y a un partage d’opinions, et il y a une discussion qui peut être intéressante autour de ce film là. Je trouve bien que le cinéma puisse fonctionner même avec des sujets comme celui-ci qui peuvent permettre de divertir mais aussi parfois de faire réfléchir et de faire ressentir.

Qu’avez-vous pensé des polémiques provoqués par ce film ?

Que le film ait provoqué des discussion, c’est bien, qu’il y ait des gens qui ont des réactions très fortes, je pense que ça prouve juste à quel point, cet évènement les avait profondément marqué. On n’était pas là pour jeter le blâme sur personne. Le fait que les gens voient dans ce film-là que personne ne soit jugé, quand le film a été capable de faire ça, en ramenant la vision des hommes à la même vision des femmes. C’est par cela que l’on veut que les deux côtés soient reconnus.

Et quand on vous dit que le film est un peu que du marketing avec un gros budget et va faire beaucoup d’argent ?

Beaucoup d’argent, au Québec, quand on regarde, le budget et son succès au box-office les producteurs ne seront pas riches avec ce film. De toute façon le budget assez important de ce film a permis de faire un film de qualité et ce sujet-là le méritait, pour être capable de chercher les bons créateurs, les bons artisans. Au départ, on voit toujours cela d’une façon mercantile mais on ne l’a tellement pas fait dans cet esprit là.

Est-ce que des bénéfices vont aller à des fondations ou à des associations en lien avec cette tragédie ?

Au départ, on s’est posé la question si on voulait faire la promotion avec toute la fondation. Ce qu’on a décidé, c’est que la production, elle de son côté fera des dons. Une fondation a été mise sur pied, il y a quelques semaines. On veut trouver les bonnes solutions, mais en même temps, on ne voulait pas que les gens croient que l’on s’associe à une cause juste pour s’associer à une cause pour essayer d’être mieux reçu, mais c’est vraiment en parallèle que l’on va faire ça.

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