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Entrevue avec Michelle Laframboise, dessinatrice, polytechnicienne et ancienne du Polyscope

Cet été le Polyscope a rencontré une série d’intervenants de la communauté des ingénieurs afin de tâter le pouls de la profession. Parce que le génie mène à tout, cette semaine voici Michelle Laframboise, auteure de bande dessinées et de roman pour jeunes.

Géographe et Polytechnicienne de formation, Michèle Laframboise a paradoxalement longtemps hésité entre la plume et le pinceau. En effet, elle s’est fait d’abord connaître par ses dessins humoristiques pour Le Polyscope. Tout en continuant à créer des BD, elle écrit des romans en s’attachant à une science-fiction inventive et pleine de rebondissements. Son premier roman jeunesse, Les Nuages de Phoenix, s’est mérité le Prix Cécile Gagnon pour la relève en 2001. En 2005, son roman pour jeunes, Les Mémoires de l’Arc obtient le Prix Aurora du meilleur livre de science-fiction en français au Canada. Ce qui est amusant chez cette bédéiste québécoise autodidacte (!) en illustration, c’est le cynisme qui suinte des cases. Ce qui se raconte n’a souvent rien avoir avec l’humour « bête et méchant », mais cette attitude quelque peu pincesans-rire de l’auteure fait sourire et hocher la tête d’approbation. Elle réside à Mississauga, en Ontario, où elle anime des ateliers littéraires en milieu scolaire, mais a tenu à nous accorder cette entrevue à Montréal, au local du Polyscope, journal où elle affirme « avoir passé des moments inoubliables » …

Cet été le Polyscope a rencontré une série d’intervenants de la communauté des ingénieurs afin de tâter le pouls de la profession. Parce que le génie mène à tout, cette semaine voici Michelle Laframboise, auteure de bande dessinées et de roman pour jeunes.

Quel est votre style de dessin? [Je parcours en même temps ces croquis…]

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais j’accorde beaucoup d’importance aux détails : j’ai un style réaliste, voire même «hyperréaliste ». Ainsi, contrairement à d’autres dessinateurs, je travaille avec des feuilles de très grand format [LN : effectivement les feuilles sont énormes ! Elles ont la largeur d’une porte !] qui, une fois scannées et ramenées à un format plus conventionnel (A4 par exemple) permettent une meilleure visualisation des choses. C’est un peu comme la photographie et la pixellisation : plus l’objectif de votre appareil photo est grand, meilleures seront les photos au niveau de la clarté et du détail. Je connais des dessinateurs qui ont un style fin et plus simple, et qui peuvent donc dessiner plus vite et sur un format plus petit : ils font 3 ou 4 traits et hop, leur personnage est fait. Je dessine donc la gamme du style réaliste comme dans Pianissimo!, le style caricaturale dans le cas de Technologie Salvatrice, mais toujours avec un souci du détail.

J’ai remarqué que vous dessinez toujours en noir et blanc, vous snobez la couleur ?

J’adore dessiner en couleur, je n’ai juste pas le temps. Pour les pages de couverture, je donne des indications de couleurs à l’éditeur.

Qu’est ce que vous trouvez le plus difficile à dessiner?

Sans hésiter, la perspective arrondie.

Quels sont les droits des éditeurs sur vos publications ?

Pour la littérature jeunesse, l’éditeur et un comité se réunissent pour que la couverture soit attrayante. J’ai un livre qui s’est très mal vendu, pas parce qu’il était mauvais mais que la couverture est sortie trop sombre. En premier je dessine une planche brouillon puis après la planche finie, j’envois par la suite à l’artiste qui apporte des corrections et ajoute de la couleur. Enfin, le montage du livre ou de la BD se fait.

J’avoue que j’ai beaucoup de mal à dessiner un obèse courant à 100 km/h…Je remarqué que vous dessinez Naruto, vous aimez donc les Mangas?

[rires] Oui! Je peux vous montrer ce que je m’amuse à faire. Je dessine les personnages de Naruto sans problèmes [LN :Effectivement, la ressemblance est frappante!], J’étudie l’expression des personnages et j’essaie de m’en inspirer.

Pour faire une bande dessinée, comment vous y prenez-vous?
Comment choisissez-vous les personnages, leur caractère, les décors, l’histoire, le scénario… ? C’est une gargantuesque organisation !

Ça commence comme pour un roman, il faut avoir beaucoup d’idées, puis à un moment donné, il y a quelque chose qui frappe! Si vous êtes une personne visuelle, un regard, un décor une ambiance vous frappe, et là on commence à imaginer tout une petite histoire. Après cela, on accroche d’autres idées qui viennent s’unir à ta première illumination et puis peu à peu on développe l’environnement des personnages. Je commence certaines histoires sous forme de roman et il m’arrive de les adapter en bandes dessinées. Je prépare en ce moment les décors de mon prochain roman, celui qui sort cet automne et qui plaira beaucoup aux ingénieurs je pense : c’est une histoire de science fiction qui se passe sur une planète à rotation très rapide où les océans forment des sortes de boulets autour de l’équateur [LN : Je suis impressionné par l’étude astronomique faite par Michèle, ressemblant aux croquis de De Vinci]

Faire de la science fiction en bande dessinée semble difficile car il faut imaginer un monde totalement fictif et cohérent dans le fond et dans la forme…

Oui, mais le choix que j’assume me semble être le plus difficile : comme tu le dis, il faut que le monde que j’inventese tienne debout car c’est de lascience fiction. Ce n’est pas un monde qui marche avec de la magie ou des Abracadabra comme dans Harry Potter ou Naruto. Les gens qui vont faire de la fantaisie, doivent être cohérents avec leur logique interne sans pour autant l’expliquer. Or, dans la science fiction, on a affaire à quelque chose d’imaginatif, mais de possible et qu’il faut expliquer au lecteur. J’ai toujours aimé le défit. Par exemple lorsqu’un de mes personnages visite un édifice dans l’histoire, j’effectue préalablement un plan d’architecte pour être conséquent et logique avec la scénarisation. Il faut absolument une logique car une partie de l’histoire va probablement se passer dans certains quartiers spécifiques de l’édifice. Je détermine donc, où vont être mes personnages, où sont les escaliers principaux, le nombre de colonnes, le nombre de fenêtres…ça l’air fou hein!
[Michèle Laframboise me montre ses croquis illustrant la création de son monde fantastique. Je suis frappé par les détails techniques…]

C’est très intéressant de voir comment le génie civil peut paradoxalement aider l’écrivain et le dessinateur…Cela conforte l’idée qu’avec un bac en génie, on peut faire beaucoup de choses…

J’ai une grande satisfaction : étant auteure de romans, nouvelles et bande dessinées, ma formation académique en génie à Polytechnique m’a beaucoup aidé à concevoir des détails techniques et à imaginer des mondes fantastiques et de science fiction. Je suis allée en génie civil car j’aimais beaucoup l’environnement. J’ai d’ailleurs complétée ma formation avec une maîtrise dans ce domaine : en Déphosphatation des eaux usées si je m’en rappelle. Je n’ai pas travaillé dans mon domaine, mais vous pouvez en constater l’influence…

Quel conseil donneriez vous aux futurs ingénieurs de la Polytechnique?

Je suis hyper féministe mais j’encourage les étudiants et surtout les gars à lire et de ne pas se laisser enfermer dans une boîte conformiste. J’étais là à l’époque du 6 Décembre 1989, et je pense qu’il ne faut pas laisser les frustrés nous rendre malheureux. Il faut aussi donner à chaque fois le meilleur de soi-même et ne pas avoir peur de travailler fort. Enfin, l’imagination est une qualité que l’ingénieur doit posséder, plus que la rigueur…

Mots-clés : Entrevue (33)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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