Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Destination danse catalogne

Vol direct vers la Catalogne, Destinations : Danse. Du 20 au 30 août dernier était présentée une série de 4 performances de danse contemporaine à l’Agora de la Danse. Retour sur deux des évènements : Bach, créé et interprété par Marìa Muñoz, sur la musique de J.S. Bach, Clavier bien tempéré ; et Mi madre y yo, créé et interprété par Sònia Gómez et Rosa Vicente.

Absurdité et relation : Mi Madre y Yo de Sònia Gómez

Le spectacle Mi Madre y Yo surprend le public par la réussite d’un équilibre parfait entre l’absurde et le rationnel. La conceptrice et interprète Sònia Gómez, expose et partage sur scène, avec sa mère, Rosa Vicente, la relation qui les unit. Avec des éléments comiques tels que des danses au son des Beach Boys, Jeanette et Tina Turner, les spectateurs peuvent ressentir la complicité qui existe entre ces deux personnes.

Tout au long de la représentation, les spectateurs sont portés à connaître les deux femmes derrière les artistes. L’écart entre les deux générations nous est montré de manière différente :Rosa le fait conventionnellement en racontant son histoire sous la forme d’une entrevue, alors que Sònia se présente à sa façon, libérée, enjouée, en se laissant emporter par la musique à plusieurs reprises.

C’est par une mise en scène assez sobre, une table et deux chaises, et des effets de lumières autant intimistes qu’éblouissants, que le public se sent lié à ces deux femmes. Grâce à l’humour, des sujets plus sérieux sont facilement abordés : les hommes, l’amour et une philosophie de vie. Finalement, le moment le plus touchant est vers la fin lorsque Gómez résume sa relation avec sa mère par un « ich liebe dich».

Andréa Saavedra

Danse contemporaine : découvrir l’effervescence de la Catalogne Bach-María Muñoz / compagnie Mal Pelo

Il faut vous imaginer une scène sans estrade, simplement délimitée par un carré blanc au sol et un au mur faisant face aux spectateurs. Il faut vous imaginer une femme, vêtue comme un danseur de tango. Tout est en simplicité : la scène, le costume, l’entrée de l’interprète qui capte notre attention par sa simple respiration. Le spectacle Bach est en fait une commande adressée à la compagnie Mal Pelo, représentant le défi de danser sur une musique qui a priori ne peut qu’être écoutée, tout en y intégrant le bagage artistique propre à Mal Pelo. Ce solo dansé par María Muñoz, même s’il n’est pas narratif, possède une teinte théâtrale et inclut un apport vidéo original.

Le début du spectacle ne se voit pas formellement annoncé par le lancement de la musique. En silence, presque dans l’obscurité, María Muñoz marche. Lorsque la musique débute et que la scène s’éclaire, les mouvements de l’interprète se découpent sur le fond blanc, nous enrobant d’un sentiment de pureté et d’harmonie. Le phrasé chorégraphique est dépouillé et empli d’authenticité, cependant il dégage une force presque instinctive. Nous sommes si proches de la danseuse que nous entendons ses chaussures glisser sur le plastique blanc, nous sentons l’effort du corps qui, sans faire de mouvements extrêmes, répond avec précision et liberté aux notes de piano. Alternant avec la musique, le silence devient lui-même musical au rythme donné par les pas, les sauts, les bras, la tête de María Muñoz. Celle-ci nous informe lors de la discussion qui se déroule après le spectacle que ces instants de silence correspondent aux fugues du Clavier bien tempéré, trop rapides pour faire partie de la trame musicale, mais assez inspirantes pour être dansées de mémoire. Ainsi, choisissant les morceaux qu’elle se sait « capable de danser » et sur lesquels elle peut «trouver l’espace dans la musique» tout en laissant notre imaginaire travailler lors des instants de silence, María Muñoz fait venir en elle et en nous des images qu’elle dit ne pas avoir le « temps d’attraper ».

La chorégraphie fascine les yeux et l’esprit par plusieurs aspects. Le visage très expressif de l’interprète, sur lequel on peut lire l’influence du mime, accompagne les mouvements fluides ou raides du corps. María Muñoz n’hésite pas à changer le rythme de son corps par rapport à celui de la trame sonore car elle «suit ou repousse la musique de Bach». Par exemple, elle recule jusqu’au fond de la scène en effectuant une dizaine de fois le même enchaînement de mouvements cadencés, voire robotiques, sans que le spectacle s’en trouve débalancé. Parfois, le corps s’unit à l’espace par le biais de la lumière : sur le fond blanc non éclairé ressortent trois rectangles illuminés, placés à la verticale. Passant de l’un à l’autre, chaque rectangle devient un espace scénique où il semble que l’interprète danse avec son ombre. Si l’un des rectangles disparaît, repris par l’obscurité, il faut courir au suivant, jusqu’à ce que l’ombre, comme un mur qui descend, vienne écraser la lumière et l’interprète. Un seul regret nous envahit durant cette interprétation d’une incroyable beauté, c’est le fait que cette œuvre d’art scénique soit si éphémère et qu’il nous soit impossible d’en fixer tous les instants.

Raphaelle Occhietti




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.