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Peut-on faire confiance aux libéraux ? Partie 1

Hier, l’actualité des libéraux, que ce soit au niveau fédérale ou provinciales, était bien chargée.

D’un côté la démission surprenante de Bob Rae à la course à la chefferie du PLC mettait fin au suspens et permettait à Michael Ignatieff d’être assuré de devenir le successeur légitime de Stéphane Dion.

De l’autre côté, au niveau provincial, Jean Charest, premier ministre québécois et chef du PLQ, commentait les élections et promettait de travailler avec une opposition forte pour sortir le pays de la crise. Voilà pour les informations, maintenant j’aimerais exprimer mon avis sur ces deux hommes.

En politique, tout est question d’équilibre. Un équilibre parfois bien précaire et fragile entre les partis, les pouvoirs, les personnes et les opinions. La politique au sens noble du terme est de servir au mieux ces citoyens, d’améliorer leur sort et celui de la municipalité, province, état, nation ou pays pour lequel on a reçu la confiance de ses électeurs. Mais la politique reste aussi une lutte d’égos, d’influences et de pouvoirs. Tous les hommes politiques mélangent ces deux aspects mais certains balancent plus d’un côté ou de l’autre.

Ignatieff, un Harper Libéral ?

Michael Ignatieff sera nommé chef du PLC sans doute dans la journée, il entamera sans relâche une campagne anti-Harper pour essayer lors de nouvelles élections en mars qui sont devenues inévitables, de devenir premier ministre du Canada. En faisant ce choix, les dirigeants libéraux mettent un sérieux coup à la ligne progressiste incarnée par Stéphane Dion et Bob Rae au sein du parti pour se rapprocher vers une ligne centriste très inquiétante.

Malgré que Michael Ignatieff soit un homme de culture et de lettres qui a été de nombreuses fois récompensé pour son talent et ses idées, il n’en reste pas moins un homme de guerre qui a de nombreuses fois défendu la guerre « préventive », les attaques sur les droits démocratiques et la torture. Michael Ignatieff a longtemps été professeur aux États-Unis (à Harvard) et à nombreuses reprises, il a fait usage de son poste d’universitaire de tradition libérale, de ses connaissances des droits de l’homme et de sa belle plume pour soutenir les intervention impérialistes en Yougoslavie, Afghanistan et Irak ; pour faire campagne pour une révision de la loi internationale qui donnerait le droit aux grandes puissances de violer la souveraineté nationale au nom de l’obligation de « protéger ». Certes, ce n’est pas parce que Michael Ignatieff défend la doctrine « Bush » que l’on peut le comparer à Sarah Palin ou Dick Cheney, mais quel est l’intérêt de défendre les guerres préventives autre que dans le seul but d’influencer et de jouer de son pouvoir dans certaines régions du globe et de relancer l’industrie des armes ? Comment un homme qui a défendu dans le New York Times Magazine en 2004, le fait que « la détention illimitée des suspects, des interrogatoires coercitifs, des assassinats ciblés et même de la guerre préventive » étaient de bonnes choses puisse se retrouver chef au sein du deuxième parti canadien et le seul offrant une réelle alternative avec Stephen Harper ?

Ses prises de positions en faveur de l’interventionnisme révèlent de deux choses l’une sur la position de Michael Ignatieff : soit il est extrêmement naïf et pense que cela est réalisé au nom d’un engagement moral et, par conséquent, est aveugle de la part des calculs stratégiques et de réalisme politique encore à l’œuvre dans l’interventionnisme des États, soit tel un néoconservateur, il calcule très bien quels intérêts politico-financiers cela peut rapporter. On en revient à l’équilibre entre les intérêts personnels et ceux pour les électeurs. Mais à l’heure où le monde tente de changer en pleine tourmente économique, écologique et sécuritaire, je ne pense pas que « la manipulation de l’opinion publique, le chantage sur l’irresponsabilité sécuritaire des États récalcitrants comme la France ou l’Allemagne] et les intrigues des administrations américaine et anglaise sont excusables dans la mesure où les effets escomptables de ce militarisme prétendument humanitaire seront globalement positifs », comme le dit Michael Ignatieff.

En Mars prochain, quand les nouvelles élections fédérales arriveront, je souhaite que les canadiens et québécois (à tendance libéraux) penseront bien à ces choses-là, à ce bilan, avant de voter pour Ignatieff comme Premier ministre ou de garder Harper. Tout ce que je souhaite, sans partisannerie autre que celle du bon sens, c’est que les mouvements progressistes et humanistes comme le NPD et le Bloc réussiront à remporter le plus grand nombre de postes pour faire barrage à la dangerosité de l’idéologie de Harper et surtout celle d’Ignatieff qui est à des années lumières de celle Dion.

Mise à jour 10/12 à 15h

  • Michael Ignatieff est nommé chef par intérim du PLC

[le communiqué officiel du PLC

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