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Une grande, une historique et une petite victoire se jouent avec une lourde défaite

Hier soir, les québécois redessinaient la carte électorale.
Le bilan pourrait être simpliste: l’économie d’abord, oui, n’aura pas été abordé comme un vrai sujet lors de cette campagne alors que nous sommes en pleine crise. Une grande victoire pour les libéraux, oui, qui ont réussit à prendre la majorité de l’Assemblée Nationale. Une lourde défaite pour les adéquistes, oui, qui se sont fait disséminer à cause de leur bilan catastrophique. Une victoire historique de Québec Solidaire, oui, qui a réussit à faire rentrer comme prévu son député Amir Khadir. Et pour finir, oui, la petite victoire des péquistes qui redeviennent une vraie force d’opposition.

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Si on regarde de plus près et plus en profondeur, on voit que cette élection laisse des enseignements très intéressant. Voici 4 faits qui font que cette élection restera dans les annales :
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  • Le plus faible taux de participation de l’histoire du Québec, seulement 56% des électeurs inscrits sont allés aux urnes, ce qui bat à plat de couture l’ancien record de 2003 qui était de 70,4%. Les québécois se sont encore moins déplacés que pour l’élection fédérale d’octobre dernier (59% de participation). Cette donnée affaiblie la légitimité des résultats de ce vote et donc la majorité obtenue par le PLC. Jean Charest qui a déclenché ces élections reste le principal responsable de ce chiffre désastreux car il n’a jamais vraiment réussit à sensibiliser les gens sur cette élection : tout d’abord la déclenchant quelques jours après la victoire de Stephen Harper et le lendemain de la victoire de Barack Obama, en pleine crise économique puis politique avec les déboires d’Ottawa. À force d’entendre parler de politique et d’économie tous les jours, les gens sont tannés, Monsieur Charest, et ce n’est pas en mettant des « L’économie d’abord, oui !» que cela intéresserait plus les gens, bien au contraire !

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  • La majorité des libéraux s’est jouée à 1696 voix, soit 0,05% des voix exprimées. C’est l’une des plus faibles majorités obtenue au parlement national en matière de pourcentage. Jean Charest est vraiment passé à deux doigts de n’avoir qu’une minorité.

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  • La montée en force et la demi-surprise du Parti Québécois avec 51 députés et 35% des voix exprimées. Cela s’explique par plusieurs facteurs, notamment le « Québec Bashing » du reste du Canada envers les québécois, qui a forcé des gens qui ne voulaient pas forcément voter ou qui allaient le faire pour le Parti Vert ou Québec Solidaire de se reporter vers la seule vrai force souverainiste de ce scrutin, le PQ.

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  • Amir Khadir et l’entrée du Québec Solidaire au sein de l’Assemblée est quand même un point très important. À l’heure où l’on se dit que la démocratie peut être menacé par les manœuvres partisanes de Stephen Harper ou par le taux record d’abstention, cela fait toujours du bien de voir qu’un parti sans vraiment de moyens réussisse à porter au plus haut niveau un candidat par ses idées et son programme.

Pauline Marois: la défaite en forme de victoire

Imaginez, dans l’OLYMPIA, l’une des plus grandes salles de la rue Sainte-Catherine, une foule en folie. Une femme arrive. Cris, applaudissements, service de sécurité, longues ovations. Elle déclare au milieu de cette ambiance de folie « Je veux vous parler! ». Les militants lui répondent par « On veut un pays ! ». Sur quoi Pauline Marois, chef péquiste leurs répond : « Que d’émotions ! Est-ce que je peux vous dire comment je suis fière de notre campagne ? Un chef, s’il n’a pas de militants qui l’accompagnent, il ne peut pas gagner. »

Non, Pauline Marois n’a pas été élue comme Premier Ministre mais c’était tout comme. Il suffisait aux souverainistes de couper le son pour l’imaginer sans problème. Mais elle a bien raison, elle peut être fière de son parcours. Première femme à conduire un grand parti dans une campane québécoise, désavouée de toutes parts au début de la campagne dans son camp, elle avait plus à craindre de la part de certains péquistes que des autres chefs. Revancharde ce soir, elle déclarait comme d’un cri du cœur : « Lors de mon arrivée, je vous ai promis que nous rebâtirions ensemble le grand parti des Québécois. Et ce soir, ce sont eux qui nous le disent ? Le Parti québécois, il est de retour. »

Ce soir, on peut dire qu’à travers ce scrutin le PQ s’est relevé. Il a même redonné un nouveau souffle à la souveraineté québécoise. C’est vrai qu’en temps de crise on a souvent tendance à se replier sur soi, penser à l’économie d’abord, oui, aux acquis que les autres n’ont pas et à penser un peu plus à ce que pourrait être le Québec sans le Canada. On va dire que les québécois sont bien aidés par un Harper qui sait qu’il va devoir repartir en élection ce printemps et qu’il n’aura pas besoin du Québec pour obtenir une majorité donc pas de concession à faire à cette région.

Marois a déjà tout planifié et le rapprochement du BQ avec le PQ n’est sûrement pas innocent à sa démarche. « Aujourd’hui nous avons monté une marche, la prochaine fois ce sera la bonne et ensuite tout sera possible ! » déclarait-elle. En clair, elle gagnera les prochaines élections et proposera un référendum sur la souveraineté le moment voulu.

Le couple Marois/Duceppe va sans doute faire parler de lui dans les prochains mois, vous verrez, et si Duceppe arrive à maintenir la petite flamme de la souveraineté qui souffle au Québec , il obtiendra sans doute des scores historiques lors de la nouvelle élection fédérale qui devrait avoir lieu au printemps.

Jean Charest: Pari gagné mais maintenant ?

Le premier ministre québécois aura fait mieux que son homologue canadien en 2008. Il aura gagné son pari de devenir majoritaire. Car quoi qu’on en dise et même si cette information est passée au second plan face à l’arrivée de Québec Solidaire dans l’Assemblée, la démission de Mario Dumont et la remonté en flèche des péquistes, il n’en reste qu’il est le grand gagnant de la soirée.

Oui, mais jusqu’à quand ? Le fait de pouvoir dire qu’il ne peut pas mener sa politique (notamment économique) comme il l’entend car il était minoritaire ne sera plus valable. Jean Charest s’est mis une certaine pression en choisissant « l’économie d’abord, oui ! » comme slogan de campagne en pleine crise financière mondiale. Étant devenu majoritaire, il va devoir composer seul pour élaborer le meilleur plan possible, et même les péquistes et adéquistes ont annoncé qu’ils seront aux côtés du Premier Ministre dans cette crise, on se doute bien, qu’ils seront les premiers à le critiquer et l’attaquer si quelque chose va mal. Pour Jean Charest, les Québécois « ont reconnu la nécessité d’avoir un gouvernement de stabilité » en donnant un mandat de 4 ans (enfin et pas de 20 mois) majoritaire au PLQ. Devant les siens, à Sherbrooke, il a soutenu hier soir que, face à la « tempête économique » mondiale, l’élection de son gouvernement « permet de dégager un consensus » sur sa priorité : l’économie.

Reste à voir comment il va pouvoir travailler avec un gouvernement fédéral gelé jusqu’à janvier. Charest se voit là une chance inespérée de bien commencer son troisième mandat en faisait de gros projets économiques sans être interrompu par le pouvoir fédéral. À lui de la saisir.

Dumont et l’ADQ : la descente aux enfers

« C’est avec beaucoup de passion que je sers le Québec depuis plus de 14 ans à titre de député et plus de 20 ans à titre de militant, a-t-il dit. J’ai adoré ce que j’ai fait, mais le temps est venu pour moi de tourner la page et de retrouver les miens. » Énorme surprise lors de cette soirée électorale. Personne ne s’y attendait et ne s’était préparé à cela, pas même les dirigeants adéquistes sans voix face à la presse quand ils l’ont appris. Mario Dumont laisse donc un héritage d’un empire qui a vécu son apogée l’année dernière en devenant l’opposition officiel du PLC mais qui par l’inexpérience de son entourage et ces bourdes l’aura fait plonger dès ce scrutin.

« Les Québécois ont tranché et nous acceptons ce verdict, disait-il dans son discours. Dans ce contexte, j’assume, devant les Québécois, devant nos candidats défaits, toute la responsabilité. Et vous ne serez pas surpris de m’entendre vous dire que je ne serai pas à la tête de mon parti lors des prochaines élections générales au Québec. »

M. Dumont a affirmé qu’au cours des prochaines semaines il travaillera à la transition au sein du parti. Les larmes aux yeux, le chef adéquiste a rapidement quitté la salle de l’hôtel où se tenait le rassemblement militant, accompagné de sa femme et deux de ses enfants. Malgré tout ce que l’on peut penser de son parti et de ces idées, il laissera une trace comme l’un des politiciens qui aura su, par son courage et sa volonté, porter au plus haut le parti qu’il aura créé.

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