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Au Canada, rien ne va plus

Avant de commencer une « série » d’articles engagés et d’opinions vous expliquant précisément les enjeux de l’une des plus importantes crises dans la politique fédérale canadienne, voici un article introductif qui expose ce qu’il s’est passé ces derniers jours.

2 mois après avoir été réélu, le premier ministre Stephen Harper va sans doute être défait dans quelques semaines en menant le Canada dans l’une de ses plus graves crises politiques.

La crise financière n’a pas fait que des dégâts dans l’économie réelle mais aussi dans la politique. Le Canada est pourtant l’un des pays qui est le moins touché par cette crise, par la force et la réglementation de ses institutions bancaires mais aussi par certains pôles flamboyants comme le domaine énergétique avec son pétrole ou ses barrages hydrauliques québécois. Mais le système institutionnel canadien est un peu bancal. Tout comme l’Australie, le chef d’état canadien est la reine d’Angleterre qui nomme un gouverneur chargé de représenter le Canada à l’étranger et de servir de juge impartial en cas de conflits politiques majeurs. Un premier ministre est donc élu par les députés de l’assemblée qui eux-mêmes sont élus par les canadiens. Le premier ministre n’est pas obligé d’avoir une majorité à l’assemblée, mais doit réussir à faire passer ses motions dites de confiance par un vote d’au moins 50% des députés.

Depuis février 2006, le conservateur Stephen Harper dirige le Canada à la tête d’un gouvernement minoritaire. Voulant profiter de la faiblesse des trois autres partis majeurs face à lui (les libéraux de centre-gauche déficitaires, le NPD – Nouveau Parti Démocratique – de gauche sans réels appuis et les souverainistes du Bloc Québécois dont la légitimité était remise en cause) en octobre dernier, il décida de dissoudre l’assemblée avec l’accord de la Gouverneure Michaëlle Jean et de convoquer de nouvelles élections. Malheureusement pour lui, durant la campagne, la crise économique, la monté du démocrate Barack Obama dans le pays voisin et plusieurs scandales (comme la coupure de budgets culturels et sociaux) redonnèrent des couleurs aux partis de l’opposition. En octobre dernier, Harper n’arriva donc pas à constituer une majorité en obtenant 143 députés au lieu des 155 nécessaires.

Pensant alors sans doute avoir gagné une certaine légitimité, Stephen Harper, par la voie de son ministre de des finances Jim Flaherty, a présenté son énoncé économique plus qu’audacieux pour son nouveau mandat. Une audace presque mal placée où pour faire quelques économies, il proposa de supprimer le financement public des partis politiques, qui pour la plupart survivent grâce à ces fonds, et de suspendre le droit de grève des fonctionnaires fédéraux jusqu’en 2011. Deux propositions très impopulaires qui n’étaient même pas contrebalancées par un plan de protection économique. L’opposition a réagi immédiatement au quart de tour. Les trois partis progressistes (de gauche) ont immédiatement annoncé qu’ils voteraient contre cet énoncé et par conséquent défiait le premier ministre sur ce vote de confiance.

Logiquement, si l’opposition maintient son refus de voter contre ce programme économique lors du vote prévu pour l’instant le 8 décembre, le premier ministre désavoué devra demander à la Gouverneure Générale d’organiser de nouvelles élections. Mais le Canada a déjà voté il y a deux mois, et les québécois sont déjà en pleine campagne provinciale. Une troisième élection en quelques mois ne passerait pas. La Gouverneure Jean a donc la possibilité de demander que les partis de l’opposition travaillent ensemble pour former un gouvernement majoritaire (l’opposition ayant 165 députés soit plus de la majorité de la chambre).

Seul problème : les trois partis sortent d’une élection où ils se sont tapés dessus continuellement durant l’une des campagnes les plus dures en matière de publicités négatives et de dérapages en tout genre. À l’époque, tous jurait que jamais au grand jamais ils ne formeraient ensemble une coalition. Mais quand les circonstances font que le pouvoir vous tend les bras, il est entendu que vous devenez les meilleurs amis du monde. Stéphane Dion, Jack Layton et Gilles Duceppe, respectivement chefs du Parti Libéral, du NPD et du Bloc Québécois, se sont donc mis d’accord lundi pour évincer Harper. Dion prendrait la tête d’une coalition tripartite, où il deviendrait premier ministre avec un quart de son gouvernement du NPD et un soutien du Bloc jusqu’en juin 2010, le Bloc ne pouvant pas faire partie du gouvernement en raison de ses intérêts souverainistes. Les différents protagonistes ont donc lundi écrit des lettres à la Gouverneure Générale Michaëlle Jean pour lui proposer une sortie de crise.

Reste à savoir si celle-ci acceptera ou si elle décidera de renvoyer les électeurs aux urnes pour peut-être remettre en selle Stephen Harper, avec un gouvernement majoritaire cette fois-ci.
La réaction de Gilles Duceppe dans la chambre des communes face à la politique mené par Harper :




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