Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Corto Maltese

Il est difficile de parler de Corto Maltese sans tomber dans le kitsch. –évasion, liberté, aventure, rêve…- Pourtant, ce sont les sentiments que l’on ressent à travers les histoires d’Hugo Pratt.

Hugo Pratt, dessinateur et aventurier du XXème siècle, nous fait voyager, par son dessin précis, noir et envoûtant aux quatre coins de la terre et par delà les mers. Il nous fait découvrir un univers de magie, poétique et dangereux. Notre compagnon, je devrais dire plutôt notre miroir dans ces aventures : Corto Maltese.

Marin, pirate et rêveur, bercé dans les mystères, les chasses aux trésors perdus et la poésie, il se trouve être notre idéal de liberté que l’on met de côté si souvent de nos jours. Les lieux ? Le monde. Il parcourt les continents, Venise, Buenos Aires, la Mauritanie, la Polynésie, la Perse, la Sibérie, la Chine, la Suisse, l’Irlande et l’Amazonie. Mais aussi les mers, dont notamment l’océan pacifique, le plus grand de tous, et pas si pacifique que son prénom ne le laisse entrevoir.

Corto Maltese traverse donc un monde onirique fleuretant avec les évènements politiques du début du siècle. L’honneur et l’argent n’ont plus la même valeur, la seule raison d’être de ce personnage est l’aventure, sous toutes ses formes : un vieux document criblé par la vieillesse le lance à la poursuite d’une émeraude cachée (Fable de Venise), une rencontre avec les Lanternes Rouges l’entraîne dans une aventure en Sibérie pour récupérer un train chargé de l’or des tsars (Corto Maltese en Sibérie), l’emprisonnement de son ami Raspoutine le fait traverser la Perse pour le retrouver à travers les fumées de haschisch (La Maison dorée de Samarkand)…

Le lecteur découvrira aussi des personnages tout aussi uniques qui croisent et accompagnent pendant quelques aventures Corto. Raspoutine, l’alter égo sombre, sans scrupule et qui n’hésiterai pas à tuer Corto malgré leurs liens d’amitié. Steiner, professeur d’université imbibé d’alcool à la poursuite d’un continent perdu. Et des femmes, de nombreuses femmes, exceptionnelles et de caractère : pirates, prostituées, actrices, illuminées, instigatrices de rébellion, magiciennes et comtesses. Des femmes esquissées à l’aquarelle qui laissent leurs empreintes dans le cœur de notre héros.

Corto Maltese file durant les trente premières années du XXème siècle à la vitesse d’une vague et s’éteint sans traces après vingt-neuf aventures. Il laisse néanmoins derrière lui un souffle de liberté et de poésie que peu de récits ont réussi à insuffler. Corto reste fidèle à lui-même, et l’on se surprend à l’attendre au coin d’une ruelle jaunie de Venise ou sur une plage de sable fin, récitant un vers d’Arthur Rimbaud, anarchique et rêveur, son sourire énigmatique aux lèvres.

Quelques titres à lire à tout prix : La Ballade de la mer salée (1975), Sous le signe du Capricorne (1977), Les Celtiques (1980), Les Éthiopiques (1978), Corto Maltese en Sibérie (1979), Fable de Venise – Sirat al Bunduqyyiah (1981), La Maison dorée de Samarkand (1986), Tango (1987).

Mots-clés : Littérature (20)

Articles similaires

J’ai mal à ma planète!

31 octobre 2008

Par Hugues Imbeault-Tétreault J’ai le bonheur cette semaine de vous présenter un livre qui me tient à coeur : Mal de Terre d’Hubert Reeves. Astrophysicien reconnu né à Montréal, l’auteur passe une importante partie de son temps à la vulgarisation scientifique et à la défense de l’environnement. Mal de Terre est un des derniers d’une série d’une vingtaine de livres de ce genre. Il dresse un bilan très inquiétant de la situation actuelle de...

Un coup de coeur pour Aya de Youpougon

13 mars 2009

Une nouvelle BD vient de faire son apparition sur les comptoirs des librairies québécoises. Il s’agit de Aya de Yopougon. À travers différents tomes, l’auteure Margueritte Abouet nous raconte l’histoire d’une jeune ivoirienne et de son entourage dans le quartier agité de Yopougon. On voit évoluer les personnages dans leur vie quotidienne à la fin des années 70. L’histoire est légère, drôle et présente une Afrique sans les clichés de la guerre et de...

Rentrée littéraire

27 octobre 2006

Entre les sopranos et les ténors du marché du livre, la voix d’Alto perce dans le paysage littéraire comme celle d’un jeune oiseau qui promet de pourfendre le vent des conventions en apportant cette touche particulière que l’on doit à l’oeil perçant de son directeur, Antoine Tanguay. Et pour faire sa marque, la maison d’édition fêtait ce lundi 23 octobre son premier automne en tant que maison d’édition indépendante et en profitait pour présenter...




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.