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Nouveau cinéma de Woody Allen

Un petit binoclard frêle, têtu, juif et baratinant sans relâche, intellectuel new-yorkais et aimant les femmes qui passent à ses côtés, voilà une petite description du personnage souvent joué par Woody Allen. Mais autre qu’un gai luron, Woody Allen est aussi un artiste complet de par sa filmographie, réalisant presqu’un film par année depuis 20 ans. Acteur, scénariste, réalisateur et producteur, il réussit à nous livrer des films légers (Le Sortilège du scorpion de jade, Small Time crooks), plus profonds (Interiors, Manhattan) ou tout simplement loufoques et farfelus (Bananas, Woody et les Robots).
Néanmoins, c’est un Woody Allen d’un autre genre que l’on découvre avec ses plus récents films. Match Point et le Rêve de Cassandre refl ètent ce renouveau dans l’oeuvre du réalisateur en abordant des thèmes plus tragiques et en fondant la limite entre trame narrative et opéra.

Match Point.

Chris Wilton (Jonathan Rhys-
Meyers) donne des cours particuliers dans un club de tennis pour aristocrates de Londres. Il se lie d’amitié avec Tom Hewett, un des joueurs du club, car leur passion commune pour l’opéra les rapproche.
Il tombera vite amoureux de sa soeur et se verra élevé aux plus hautes sphères sociales. Malgré cette union avec la famille de son meilleur ami, une idylle naîtra entre lui et la copine de Tom, Nola Rice (jouée par Scarlett Johansson).
Ce triangle amoureux évoluera tout au long du film, mêlant mensonge, tromperie et chance. Abordant le thème de l’amour et du choix, Match Point est un film à voir, notamment pour sa haute teneur tragique et la technique cinématographique parfaite de Woody Allen. Que choisir entre l’amour que l’on a pour une personne et une situation sociale plus qu’enviable, que cet amour risque de détruire tous liens d’amitié qui découlent de cette situation, puis qu’un second amour gravite autour des personnages ? Bref, un véritable opéra filmé.


Le Rêve de Cassandre.

Film passé inaperçu dans les salles de projection canadiennes, Le Rêve de Cassandre reste un incontournable du nouveau Woody Allen.
Terry (Ewan McGregor) et Ian (Colin Farrell) sont deux frères voulant s’extraire de leur milieu social. Jeux de cartes, placements douteux, ils font tout pour se donner les moyens d’émerger socialement. Quand Ian doit payer une lourde dette de jeu, les deux frères décident de contacter leur riche oncle d’Amérique. Le hic, c’est que cet oncle, grand VP d’une compagnie pharmaceutique, n’est pas clair non plus. Il doit se débarrasser d’un de ses partenaires, et il ne trouve pas d’autres personnes à qui confier cette tâche que les deux frères, car
«la famille et les liens de sang sont plus forts que tout». Le meurtre accompli, Ian ne peut surmonter le remord et sombre dans la peur et la folie. Terry, lui, s’acclimate aisément mais s’aperçoit que son jeune frère est prêt à passer aux aveux. Une seule solution s’offre à lui, éliminer Ian.
Tout aussi fort que le précédent, ce film témoigne du peu de moyen qui s’offre aux générations modestes pour émerger. Entre une vision d’un modèle riche inaccessible, et la monotonie sans argent, un gouffre immense se dresse et semble infranchissable. Une fin tout aussi inattendue, en coup de théâtre, viendra clore cette histoire.

Woody Allen arrive à saisir notre société et à porter à l’écran ses problèmes. A travers son regard d’homme de cinéma de 72 ans, il capte ce qui traverse notre époque et semble trop éphémère pour le nommer.
Entre une image sociale et ses propres revendications, quel choix faire ? Le tout dernier film de Woody est présenté au cinéma Ex-Centris, Vicky Christina Barcelona, mettant en vedette Pénélope Cruz et Scarlett Johansson. À ne pas manquer, un cinéma sérieux, riche, divertissant et indémodable !

Mots-clés : Cinéma (60)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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