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Ampoules fluocompactes contre incandescentes

Vous vous êtes sûrement déjà posé la question de si vous aviez vraiment la fibre écolo : les subventions d’Hydro-Québec pour remplacer les ampoules incandescentes par des fluocompactes sont-elles environnementalement justifiées? Les ampoules fluocompactes consomment moins d’énergie et durent plus longtemps que les incandescentes, constituant ainsi une solution intéressante. Cependant, elles contiennent du mercure gazeux et leur production demande beaucoup plus de ressources si on considère tout le cycle de vie de l’ampoule. Dans un pays comme les États-Unis, où l’électricité est produite à 78 % avec des combustibles fossiles (source : Energy Information Administration, 2007), l’économie d’énergie compense largement les impacts négatifs additionnels dus à la fabrication et à l’enfouissement des fluocompactes. Au Québec, avec 94 % d’hydroélectricité (source : Ressources naturelles, Canada), il n’est pas si facile de trancher. C’est pour cette raison qu’Hydro-Québec a commandé une analyse de cycle de vie sur le sujet. J’ai le plaisir de vous dévoiler en primeur les résultats de cette étude réalisée par le CIRAIG, le Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services de Poly.

L’analyse de cycle de vie (ACV)
est une méthode d’évaluation d’impacts environnementaux potentiels sur tout le cycle de vie d’un objet, service ou procédé. Les étapes principales du cycle de vie sont l’extraction des ressources, la fabrication, le transport, l’utilisation et la fin de vie (ex. : enfouissement, recyclage, etc.). La vue globale de l’ACV permet d’éviter le déplacement d’impacts environnementaux d’une phase du cycle de vie à l’autre. Il s’agit d’une méthode comparative qui sert à déterminer la performance environnementale de plusieurs scénarios englobant la même fonction. Dans le cas de nos ampoules, la fonction est d’éclairer. Plus précisément, afin de fournir 600 lumens durant 10 000 heures (au Québec), on a besoin d’une ampoule fluocompacte de 13 W et de 10 ampoules incandescentes de 60 W (les 2 types d’ampoules sont fabriqués en Chine). Avec ces deux quantités d’ampoules, on peut établir l’inventaire, c.-à-d. la liste de toutes les substances et de toute l’énergie entrant et sortant du système dont les frontières ont préalablement été définies. Il peut contenir plusieurs milliers de composantes, toutes générées sur le cycle de vie entier. Par exemple, la consommation d’énergie pour former le verre de l’ampoule y est incluse.
Il n’est pas possible de déterminer quel scénario est meilleur que l’autre seulement avec l’inventaire.

Ça le serait si tous les chiffres de l’inventaire étaient moindres pour un scénario, mais ça n’arrive jamais. Il faut donc évaluer la contribution de chaque substance à des dommages sur la santé humaine, la qualité des écosystèmes, les ressources et les changements climatiques à l’aide d’un modèle d’impacts environnementaux.
En effet, il est plus facile d’interpréter 5 indices de dommages que les masses de mille substances différentes.
Quels sont les résultats pour nos ampoules? Tout d’abord, l’étude des impacts de leur cycle de vie révèle que la phase d’utilisation est de loin celle qui cause le plus de dommages dans les deux cas : entre 69 et 93 % des dommages potentiels dans le cas de la fluocompacte et dans le cas de l’incandescente entre 93 et 99 %. La production est plus dommageable pour la fluocompacte par sa plus grande complexité, tandis que la fin de vie constitue pour moins de 1 % des dommages potentiels dans les deux cas malgré l’émission de mercure.
Ainsi, comme la fluocompacte consomme moins d’énergie et dure plus longtemps, elle est à privilégier face à l’ampoule incandescente.

Une particularité de l’étude est qu’une fonction secondaire non négligeable de l’ampoule a été prise en compte : le chauffage. On en a tenu compte en considérant une charge en moins pour le chauffage en hiver. La charge supplémentaire pour la climatisation en été s’est avérée négligeable.
Cela dit, pour un foyer qui chauffe à l’électricité, la fluocompacte reste à privilégier car elle est moins efficace qu’une plinthe électrique pour chauffer.
Cependant, pour quelqu’un qui chauffe au gaz ou au mazout, la portion de chauffage que l’ampoule évite fait en sorte que l’ampoule incandescente est à privilégier, dégageant plus de chaleur. Ceci est dû au fait que notre électricité est « propre ». Il est donc judicieux de promouvoir les ampoules fluocompactes au Québec car 84 % des foyers québécois se chauffent à l’électricité.

Bien que l’impact de l’émission de mercure dans l’air lors de la fin de vie soit faible comparé à tout le cycle de vie, il est proposé dans l’étude de mettre sur pied un mécanisme de récupération des vieilles ampoules fluocompactes et de sensibiliser les gens du fait qu’il s’agit d’un déchet dangereux qui ne doit pas prendre le chemin habituel du dépotoir.
Voilà. J’espère que les résultats de l’étude vous ont éclairés et que la prochaine fois que vous aurez besoin d’acheter une ampoule, vous saurez quel choix est le mieux pour l’environnement.
Des questions sur l’ACV en général ou sur cette étude spécifique?
N’hésitez pas à me les envoyer.

Mots-clés : polysphère (21)

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