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La Chine à travers ses films

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  • Avec son cycle Chine Cinéma, la Cinémathèque québécoise nous fait découvrir pendant l’espace d’une projection une Chine méconnue du grand public. Oubliez le faste des Jeux Olympiques de Beijing, fini le clinquant des buildings lumineux de Hong Kong! Ouvrez vos yeux et vos oreilles, ayez l’esprit ouvert, car c’est un voyage au cœur de la Chine qui vous attend !

    Étant un cinéphile amateur, c’est avec une certaine curiosité et sans préjugé que je me suis aventuré dans les salles obscures pour découvrir trois films : Platform et Pickpocket du réalisateur Jia Zhang-ke, et Up the Yangzte du jeune réalisateur sinocanadien Yung Chang. L’œil de la caméra se transforme en un porte-voix qui fait découvrir au monde une population touchée et sacrifiée par les grandes innovations et le passage au capitalisme chinois, mais qui ne peut en profiter.

    Platform montre à travers une troupe de théâtre l’évolution d’un monde communiste au monde capitaliste. Les thèmes joués passent de l’apologie du régime maoiste, puis de spectacles aguicheurs pour finalement terminer avec des concerts de rock au talent plus ou moins douteux. La troupe parcoure les régions chinoises en quête d’argent, de représentation en représentation, et semble attendre, languir, bref, rester dans un état stationnaire.

    Pickpocket lui nous présente un jeune homme qui se livre au vol de porte feuille pour gagner sa vie, mais il se heurte à une hiérarchie sociale ainsi qu’au refus de sa famille et de la population à essayer de le comprendre. Il recherche l’amour tandis que son entourage est omnibulé par les tâches quotidiennes et leur travail harrassant.

    Ces deux films nous présentent une jeunesse chinoise languissante, aux ambitions élevées. Que les personnages rêvent d’amour ou de liberté à travers l’écriture, ils sont irrémédiablement bloqués dans leur quête. Ils attendent, sans fin. Jia Zhang-ke s’apparente au style néoréalisme, ce qui se traduit par une caméra laissant les acteurs libres de leurs mouvements, ils entrent et sortent du champ, s’attardent ou file. C’est un style où le temps s’étiole et s’égrène.

    Up the Yangtze témoigne de la catastrophe causée par le barrage des Trois Gorges. Les villes bordant le mythique Yangtze sont abandonnées et deviennent peu à peu des fantômes, prêtes à être engloutis (voir les photos Uprooted de Yang Yi). Avec son documentaire, Yung Chang suit une famille de pauvres paysans habitant sur les rives du fleuve. Condamnés à l’exil, ils sont les victimes d’une politique ne pouvant ni les représenter, ni les servir. Véritable cri d’alarme d’une région et de traditions vouées à l’engloutissement par l’oubli, Up the Yangtze reste un film fort et magnifique de par la beauté des paysages.

    Mais ne pensez surtout pas que tous les films chinois sont tristes et sans espoir, bien au contraire! C’est un cinéma différent, hautement original, de grande beauté et faisant découvrir une culture extraordinaire. Je ne peux résumer la Chine après avoir vu trois films (qui peut se vanter d’avoir capté Mécanique pour ingénieurs après 3 cours ?) mais ils sont assez représentatifs de la situation politique actuelle chinoise. La Chine est un véritable kaléidoscope, allez découvrir une petite facette qui la compose, vous en reviendrez émerveillé ! www.cinematheque.qc.ca

    Mots-clés : Cinéma (56)



    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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