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Mouvements Mécaniques

Elèves de Polytechnique et de l’UdeM, ne tombez pas dans un monde où les machines régissent les personnes, où chaque seconde apporte son lot perpétuel et sans fin de routines aux engrenages automatisés.
Soyez ingénieux, imaginatif, passionnés, car un monde sans vie demeure triste et morne.

«Mouvements mécaniques, parce qu’on s’est autoconsommés.» Cette phrase résume assez bien l’esprit de l’exposition de photographie présentée en août dernier à la Société des Arts Technologiques (SAT, métro Berri-UQAM). À travers 47 oeuvres de 14 artistes venus du monde entier, le spectateur découvre le spectacle attristant de notre société. Univers déshumanisé, automatisé, terne, sans couleur, ou bien complètement abusif et disproportionné.

Le long d’un couloir photographique, au son d’opéra remixé, de techno et de bruitage d’usine, je déambule photo après photo. Une ambiance d’une grande densité fl otte dans l’air, comme un ciel bas et lourd qui pèse sur mes épaules : ma responsabilité de changement peut-être, mon rôle à jouer dans ce futur si peu loin ?

Les photographes nous lancent un cri d’alarme. Faut-il que la vie continue normalement malgré les transformations qui s’effectuent ? Les photos de Yang Yi, Uprooted, montrent les ruines d’une ville chinoise vouée à l’oubli. Avec le projet du barrage des Trois Gorges, la rivière Yangtze submergera la vallée et inondera les villes et villages aux abords.
Des clichés, les habitants portant tuba continuent de vivre malgré la mort inévitable de leur histoire.

Avec Death by oreos, Daniela Edburg (d’origine mexicaine) nous interpelle au sujet de notre surconsommation, surconsommation poussée à un tel extrême qu’elle nous étouffe et en devient plus que ridicule. La photographie reste originale par l’emploi détourné du tableau de Whistler, La mère de l’artiste.

Dernier exemple, Isabelle Hayeur nous présente quelques clichés tirés de sa série Quaternaire. Sobres, des coupes géologiques millénaires, voire vieilles de millions d’années, se superposent.
Au sommet, trônent les ruines des immeubles sans nom, telles une couronne mettant à nu l’impact humain sur l’environnement qui l’entoure.
Ces quelques clichés nous présentent une autre mission de l’art. Par delà la beauté plastique, c’est un véritable art didactique fait pour réagir et faire réagir. Il permet de remettre en question le spectateur par son regard critique, questionnant en lui-même ses propres motivations. Rappelons finalement que le but de cette exposition était de présenter les photographies qui remplaceront certains panneaux publicitaires dans les stations de métro, les arrêts d’autobus, bref, pouvant toucher un public vaste et sensible à la monotonie. L’art de la photographie, l’art de la révolte contre l’autoconsommation. Soyez passionnés!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.