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Entrevue avec Etienne Couture, président du réseauIQ

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Cet été le Polyscope a rencontré plusieurs intervenants de la communauté des ingénieurs afin de tâter le pouls de la profession. Cette semaine, avec Etienne Couture, président du Réseau des Ingénieurs du Québec, nous nous attardons sur les salaires et sur la place des ingénieurs dans la société.

Biographie:

Etienne Couture est ingénieur mécanique diplômé de l’université Laval à Québec depuis 1993. Il a aussi une spécialité en aérospatiale.
Actuellement M. Couture est à la tête de EC3-Coach.com, qui se spécialise dans le coaching. M. Couture nous confie que « c’est une 2e carrière déjà. C’est une spécialité que j’ai développée après mes études en génie, j’ai poursuivi d’autres études pour me spécialiser dans le coaching, et maintenant je suis à mon compte. »

Quelle est la petite histoire du RéseauIQ? Comment et pourquoi a-t-on formé un réseau pour les ingénieurs ?

À l’origine, donc il y a plusieurs années, l’Ordre incluait les services aux membres. Il y a une dizaine d’années l’Office des Professions a rappelé aux Ordres professionnels que leur mandat était la protection du public et le contrôle de la profession. Ils n’étaient donc pas là pour le service aux membres ou la défense des intérêts des membres. Les ingénieurs ont choisi à ce moment là de créer une corporation indépendante pour l’ensemble des services offerts aux membres. C’est alors que l’on a créé cette corporation [le RéseauIQ] où on a transféré l’ensemble des services offerts et aujourd’hui on fait toute la promotion des intérêts des ingénieurs autant sur la place publique que par des services à la carrière et par des avantages commerciaux.

Allons maintenant un peu plus en détail. Le mandat du RéseauIQ est la promotion de la profession, mais comment se fait elle ?

Le mandat du Réseau est plutôt de promouvoir les intérêts des ingénieurs.
Ça a effectivement plusieurs facettes : en plus des services que j’ai déjà mentionné qui sont des créneaux spécifiques qui voient directement au bénéfice de l’ingénieur, il y a aussi tout le volet de positionnement public qui est une grande démarche qui nous permet de faire de la représentation et du lobbying auprès des différentes instances autant gouvernementales que privées afin de s’assurer que les ingénieurs et leur positionnement social soit rehaussé, et nous veillons à ce que ce soit le mieux pour l’ensemble des ingénieurs.

Il y a plusieurs moyens que le Réseau utilise pour avoir l’input des ingénieurs dont des forums en ligne. Est-ce que vous avez pu cerner quels étaient les besoins des ingénieurs ?

Nous avons plusieurs outils pour sonder l’ensemble des ingénieurs, dont le plus gros est un comité de soutien des intérêts socio-économiques des ingénieurs. Ce comité a le mandat de regarder quel est l’ensemble des enjeux et de les classer par ordre de priorité. De là on a dégagé 3 axes soient : la nature de la politique industrielle – la situation de l’industrie au Québec puisque 30% des ingénieurs travaillent dans l’industrie

  • les infrastructures et la promotion

du savoir faire des ingénieurs québécois.
Ce sont donc les trois grands axes qui sont ressortis.

Est-ce qu’il y a une bonne participation des ingénieurs ?

Oui. Notre rôle comme organisme est de faciliter cette interaction entre le réseau et ses membres. Nous travaillons constamment pour nous assurer de cette communication. Nous animons des forums de discussions, nous facilitons les interactions, les échanges, nous faisons des tournées : on se rend dans les régions du Québec pour faire des soirées d’informations et d’échanges soit sur des études que nous avons publiées, soit sur des résultats de nos échanges, et cela permet à tout le monde d’être informé.

Comment est-ce que le Réseau veut intégrer étudiants et nouveaux diplômés dans cet effort de promotion ?

Nous sommes présent sur les campus, dans différentes activités comme les journées carrières, donc nous travaillons définitivement à ce que les étudiants nous connaissent.
D’ailleurs, dès qu’ils sont inscrits au baccalauréat, ils peuvent bénéficier de tous les avantages que possèdent les ingénieurs. Nous souhaitons nous faire connaitre et avoir l’input des étudiants le plus tôt possible.
Pour les ingénieurs, les étudiants représentent la relève de demain, donc il est très important qu’ils soient conscients du rôle que le Réseau joue pour eux, qu’ils soient conscients que c’est LA corporation qui gère leurs intérêts. Et que dans ce sens là, qu’ils comprennent que c’est le moyen privilégié pour faire avancer les choses pour les ingénieurs. On voit souvent des ingénieurs qui sont très contents de ce que la profession leur a apporté et ils voudraient s’impliquer pour le rendre à la profession, et il faut que les gens comprennent que le Réseau est l’outil privilégié pour le faire.
Les étudiants, c’est la même chose, plus ils sont conscients qu’il y a une organisation qui les représente, dans laquelle ils peuvent s’impliquer, dans laquelle ils peuvent jouer un rôle actif, plus notre message va passer. Les étudiants sont bienvenus, c’est pour cela qu’on leur offre les mêmes services que l’on offre aux ingénieurs.

Est-ce que le financement de l’éducation est un enjeu qui interpelle les ingénieurs ?

Ce n’est pas identifié comme un axe sur lequel le Réseau des Ingénieurs travaille, mais nous sommes certainement sensibles à cela. Nous avons souvent entendu les doyens de facultés réclamer plus de budget d’opération, mais pour l’instant ce n’est pas un axe qui est priorisé dans nos actions publiques.

La défense des intérêts de la profession passe par une grande reconnaissance de la part de la société. Mais quel est l’état des lieux par rapport à cette reconnaissance
?

Les ingénieurs jouissent d’une grande notoriété et d’une grande crédibilité dans l’opinion publique. On aurait eu lieu de s’en inquiéter avec les événements comme l’effondrement du viaduc à Laval. Mais l’opinion publique, en général a été en mesure de faire la différence entre un élément spécifique et l’ensemble du travail des ingénieurs qui est une contribution très large à la société. Ce qui fait que les ingénieurs sont bien positionnés dans l’opinion publique.
Par contre l’une des choses que nous voulons faire avancer est que les ingénieurs soient conscients de la nécessité de s’impliquer non seulement dans les décisions, les choix et les prises de positions des entreprises notamment mais aussi dans l’ensemble de la société. Donc de s’impliquer au sein de conseils d’administration… parce que ce que l’on remarque c’est que présentement beaucoup de décisions dans les entreprises sont prises sur la base comptable ou sur la base juridique; des avocats et des comptables, on voit ça régulièrement dans des C.A.
Mais la position des ingénieurs reste à développer. Nous sommes conscients que notre contribution est importante à faire dans la prise de décision et il faut la favoriser.
La problématique actuelle est elle que les ingénieurs ne prennent pas ce rôle là ou qu’il n’y a pas de mécanismes pour qu’ils puissent la prendre ?
C’est les deux, en ce sens que les dirigeants actuels doivent être sensibilisés à l’importance de l’input, de l’avis de l’ingénieur et en même temps que l’ingénieur saisisse l’importance de prendre la parole. Il y a donc un travail de sensibilisation à faire des deux cotés.

Parlons maintenant de votre enquête sur la rémunération.
Existe-t-il un salaire de base pour les ingénieurs? Si oui, comment est-il déterminé ?

Il n’y a pas de salaire de base. Ce que l’on voit dans l’enquête c’est qu’il y a un salaire moyen – après il y a toujours des écarts – selon le nombre d’années d’expérience, ce qui fait que ça varie vraiment en fonction du rôle que l’ingénieur a dans l’entreprise ce qui fait qu’il y a une certaine gamme de salaire qu’il est possible d’avoir.
Mais non, il n’y a pas de salaire de base. L’ingénierie est un domaine très vaste, on parle du nucléaire ou de l’aérospatiale jusqu’aux nanotechnologies ou au biomédical, c’est très vaste. Et donc selon la spécialité les variations de salaire sont grandes. Ce n’est pas une profession comme les médecins qui une fois qu’ils ont leur diplôme sont engagés par le gouvernement et ont une convention collective, savent exactement combien ils gagneront…
C’est pour ça que lorsque l’on est aux études, les stages c’est très important pour ensuite en arrivant officiellement sur le marché du travail, avoir un minimum de background.

En 2001, le revenu moyen de l’ensemble des ingénieurs canadiens était de 87 100$. En 2007, d’après votre enquête, le revenu moyen des ingénieurs québécois était de 83 200 $, comment expliquer cette différence ?

Ce qui arrive c’est que les différents sondages ou études ne se font pas sur les mêmes bases. Je vous donne un exemple simple : au Québec lorsque l’on sonde, on demande aux ingénieurs leurs conditions. Notre voisin ontarien sonde les employeurs pour savoir combien ils donnent aux ingénieurs. Donc on a un salaire moyen qui semble être en théorie moindre au Québec qu’en Ontario. Le seul problème est que nous n’avons pas des données comparables spécifiquement. On a une impression qu’en Ontario les salaires sont plus élevés, et je ne pourrais pas vous dire la situation en Alberta, mais ce n’est pas toujours si simple de faire cette différence.
À la lecture de cette enquête, on voit qu’il y a plusieurs niveaux de responsabilité avec lesquels viennent des salaires plus ou moins élevés.

Est-ce que le passage entre chaque niveau de responsabilité est facile ? Est-ce qu’il est basé sur la compétence ou sur l’expertise ?

Ça relève beaucoup plus de comment l’ingénieur va gérer sa carrière.
Non ce ne sont pas des transitions difficiles ou faciles, c’est plus une question de où en est rendu l’ingénieur, et de ce qu’il veut, puis de comment il accède à différentes opportunités. Si pour un ingénieur, ces valeurs principales l’amènent vers un emploi plus stable peu importe les raisons, familiales ou autres, eh bien il va avoir un cheminement différent d’un profil qu’on pourrait appeler carriériste qui lui par plusieurs moyens va aller chercher des opportunités pour gravir les échellons, aller chercher un poste de responsabilité plus important ailleurs, etc…

Quels conclusions ou recommandations tirez vous de cette enquête ?

Le but de cette enquête était d’informer autant les employeurs que les ingénieurs de la situation du marché de l’emploi. C’est un outil pour permettre aux ingénieurs de négocier, d’aller demander des conditions qu’ils estiment mériter, etc. Donc notre recommandation est surtout de s’en servir comme un levier, comme une opportunité soit dans les négociations, soit pour envisager un choix de carrières auquel ils n’avaient pas pensé.
L’autre point est que pour les ingénieurs, on est en plein emploi, et donc il y a des opportunités dans toutes les sphères et à tout les niveaux. Ainsi, en vous inscrivant en génie, vous pouvez espérer que les opportunités d’emplois soient là. Pour l’instant tout ce que l’on peut prévoir, c’est une croissance des emplois en génie.

Justement, quelles sont les perspectives autres que salariales de la profession d’ingénieur ?

Le point principal est la spécialisation.
Les nanotechnologies par exemple : il va y avoir de plus en plus de spécialisation dans le domaine du génie, et je pense que les universités font des grands efforts à ce niveau.
C’est ce qui permet à notre profession de s’élargir parce qu’il y a des opportunités de spécialisation qui permettent à chacun de trouver son compte. Donc il ne faut pas avoir peur de plonger dans ce qui nous passionne le plus, d’aller chercher soit par le choix de cours ou la spécialisation ou la formation continue, à continuer à faire évoluer cette connaissance en fonction de l’intérêt de l’ingénieur. Je pense que cela contribue vraiment à l’épanouissement de la profession.
Un autre phénomène touchant les ingénieurs est la mondialisation. Un ingénieur aujourd’hui, ce n’est plus quelqu’un qui s’assoit dans un bureau de génie conseil fait de la conception à Montréal sans interaction avec l’extérieur.
Aujourd’hui le rôle de l’ingénieur est d’être en communication avec des gens à l’étranger, de travailler avec des cultures différentes, des langues différentes, des fuseaux horaires différents…
Nous avons besoin que les ingénieurs se préparent en termes de fl exibilité, d’adaptabilité et de capacités interrelationnelles. Et l’autre élément qui va nous toucher, c’est le « marketing global » dans le sens où l’ingénieur ne peut plus concevoir aujourd’hui des boîtes carrées qui semblent logiques et évidentes – « ça tient debout donc ça fait la job » – et il faut comprendre que le produit qu’on fabrique, la conception que l’on fait, elle doivent être vendables.
Pas seulement dans la société nord américaine, mais aussi dans des sociétés bien différentes des nôtres. Et dans ce sens là, ce sont de nouvelles habiletés de l’ingénieur auxquelles l’ensemble des professionnels devront s’adapter afin de répondre à des besoins.

Mots-clés : Entrevue (33)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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