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Bercail

Existe-t-il encore un espoir de se coltiner un documentaire potable au cinéma ou à la télévision en ces temps de dictature du réel?

Le visionnement de Quitter le Bercail du réalisateur Éric Scott ne résout pas la question, d’autant plus que le sujet ne semble pas trop ragoutant à première vue. À première vue seulement, car n’en doutons pas, en cette période post-accommodements raisonnables, ce doc n’aura pas de difficulté à se trouver un public.

On se balade entre Montréal, Brooklyn et Jérusalem au contact de cinq jeunes hommes et femmes issus de milieux juifs ultra orthodoxes, communautés extrêmement fermées où tout écart de conduite mène généralement à l’exclusion et l’ostracisme. Ces jeunes adultes ont décidé de rompre avec ce milieu étouffant, en quête d’indépendance et de « liberté ».

Au delà du cliché communautaire et religieux, Scott, interrogé serré par mes soins, préfère voir dans son oeuvre l’aspect universel de la confrontation entre pères et fils. Les géniteurs qui ont suivi le chemin balisé des ancêtres, qui s’y sont conformés sans se poser de question, qui invitent les suivants à faire de même mais qui se heurtent à un refus aussi surprenant qu’incompréhensible. On est pourtant loin du roman de Tourguéniev, point de colère froide ni de révolte ouverte. Les jeunes rebelles, loin de rejeter foncièrement toutes les caractéristiques du carcan qui les opprimment demeurent extrêmement attachés à leur communauté, mais de loin, de très loin. Et celà est particulièrement visible dans le cas de la chanteuse et musicienne Basya.

Enfin, ne rentrons pas plus dans le détail du scénario, le spectateur découvrira bien par lui-même.

Ok, scénario intéressant, dans l’ère du temps et qui a le mérite d’ouvrir une fenêtre éclairante sur la communauté hassidique de Montréal que trop de gens méconnaissent. Le plus sympathique étant que les concepteurs ont eu l’intelligence d’éviter les clichés de base, le tape à l’oeil et le dramatique. Tout est dévoilé avec beaucoup de pudeur.

Là où le bat blesse un peu, c’est du côté de la mise en scène. De mise en scène, il n’y en a tout simplement pas. C’est du documentaire, me direz-vous. Et alors, est-il interdit de faire de la mise en scène dans un doc? Et Redacted? Et Roger and Me? Laissez-moi vous dire que même quasiment 52 minutes de gros plans, ça finit par devenir lassant.

Enfin, ne soyons pas trop durs et finissons en douceur sur un petit coup de pub. Quitter le Bercail a été projeté au Festival du Film du Monde en août dernier et s’apprête à prendre l’affiche au cinéma du Parc du 5 au 10 septembre. Les radins et les allergiques aux effluves de pop-corn pourront se rattraper dans le courant de l’automne à la télévision de Radio-Canada (comme ils disent).




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.