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Entrevue avec Zaki Ghavitian, président de l’OIQ

Biographie

Zaki Ghavitian a gradué en 1976 d’une maitrise en génie électrique à l’École Polytechnique où il avait également eu son baccalauréat.
Depuis 1976 où il est inscrit au tableau de l’ordre, M. Ghavitian a cumulé plusieurs emplois techniques en énergie, au sein des centrales électriques et dans le transport d’électricité avant de devenir chef contrôle de projets à Hydro Québec.
En dehors de son emploi, M. Ghavitian est impliqué dans l’Ordre depuis 1995 comme administrateur après avoir occupé plusieurs postes de vice-président. Depuis 2006 il a été réélu deux fois à la présidence de l’Ordre pour des mandats de un an.
Enfin il siège sur le conseil interprofessionnel du Québec qui regroupe 45 ordres professionnels et est aussi élu au comité exécutif d’Ingénieurs Canada, qui regroupe les douze associations d’ingénieurs du Canada.

Quel est le mandat de l’OIQ?

Le rôle de l’OIQ est la protection du public. C’est-à-dire que le gouvernement a fait passer une loi à l’Assemblée Nationale : la Loi sur les ingénieurs, et on a aussi le Code des professions qui décrit comment on émet des permis et comment les ingénieurs doivent se comporter. Donc nous contrôlons la pratique et nous inspectons les ingénieurs pour que leurs compétences soient de haut niveau. Enfin en matière disciplinaire, on discipline… et tout ça par des pairs.
À l’Ordre des Ingénieurs, il y a environ 100 employés dans différents départements [département des Affaires professionnelles, département Administration et Finances, Syndic et Communications et Affaires publiques].
Chacun de ces départements a le mandat de protéger le public et non pas de protéger les ingénieurs. C’est cela qu’il faut absolument distinguer car beaucoup pensent que s’ils payent la cotisation alors nous devons les protéger. Alors non, notre rôle est de protéger le public.
On a donc deux missions : la protection du public et la défense de l’intérêt public. Nous intervenons dans les débats publics comme lors des dossiers sur les infrastructures, les dossiers énergétiques… on émet des opinions, on dépose des mémoires à l’Assemblée Nationale et normalement la position des ingénieurs est bien reçue.

Quel est le rapport ou le rôle de l’OIQ par rapport à l’enseignement du génie?

Nous sommes là pour les gradués des différentes écoles de génie. Donc nous nous préoccupons beaucoup de la qualité de l’enseignement dispensée.
D’ailleurs deux fois par année nous avons une réunion avec les recteurs des facultés de génie, et nous échangeons sur les programmes et sur tous les dossiers qui touchent l’enseignement du génie.
Dernièrement, je suis intervenu personnellement auprès du Premier Ministre M.Charest et de Mme Courchesne
ainsi que de plusieurs autres ministres, personnellement et par des lettres, pour accéder en faveur du financement des universités de génie.
Les ingénieurs sont une richesse pour un pays, donc des ingénieurs qualifiés et à la fine pointe de la technologie sont notre richesse par leur implication dans les entreprises, ils amènent beaucoup à la province et au pays.
Maintenant suite au malheureux événement de l’effondrement du Viaduc de la Concorde, le gouvernement a annoncé plus de 30 milliards d’investissements dans les travaux d’infrastructures. Donc il faut que nous ayons des ingénieurs pour bâtir et développer. Et nous avons dit au gouvernement que s’il n’y a pas assez d’argent pour investir dans les autres domaines de génie, à tout le moins dans ce programme là [génie civil],
les besoins sont criants.
Je pense que nous avons été écoutés parce que les deux Écoles de génie (ETS et Polytechnique) ont eu l’argent, mais pas de façon récurrente.
Nous allons intervenir de nouveau pour que cela se répète. Les deux écoles peuvent maintenant respirer un peu plus.

Beaucoup disent que le fait d’augmenter les frais de scolarités, les frais afférents…
décourage les personnes qui veulent venir étudier en génie.
Êtes-vous d’accord avec cette affirmation ? Et est-ce que cela préoccupe l’OIQ?

Moi je ne prendrai pas position là-dessus. Mais je vais vous donner un exemple. Pendant 5-6 ans les tarifs d’électricité étaient gelés, et donc il n’y a pas eu d’augmentation. On s’est vite rendu compte que notre richesse était en train d’être gaspillée, puisque l’électricité ne coutant pas cher les gens ne font pas attention. En plus de cela le coût de la vie augmente, les gros projets pour produire plus d’électricité sont de plus en plus chers.
Donc aujourd’hui si je fais le parallèle, si les frais de scolarité ont été gelés pendant plusieurs années, et comme pour les tarifs d’électricité ce sont les politiciens qui s’en sont mêlés, et maintenant les frais ne suffisent pas
– je sais que ce ne sont pas seulement les frais qui font fonctionner les universités
– mais je crois qu’il faudrait les adapter.
Avec l’effondrement du viaduc de la Concorde, la question de la responsabilité des ingénieurs a refait surface.

D’un point de vue plus large, où commence et où s’arrête la responsabilité de l’ingénieur?

La responsabilité impose à l’ingénieur de tenir compte des conséquences de ses actes sur l’environnement et sur la vie, la santé et la propriété de toute personne. Outre les responsabilités civiles ou contractuelles que l’ingénieur assume envers son client ou son employeur, il est redevable de ses actes envers la société en vertu de sa responsabilité professionnelle.
En ce sens, l’ingénieur se porte personnellement garant de son travail auprès de son client et de la société.
Il a, en tant que professionnel, une obligation de moyens basés sur des sciences exactes. La sécurité du public ne peut se satisfaire d’approximations ou de demi-mesures.
La responsabilité professionnelle s’évalue d’une façon différente de la responsabilité civile. Un ingénieur peut réaliser un travail sans défaut, et commettre quand même une faute professionnelle. Ce serait le cas, par exemple, si ses compétences ne sont pas à jour, s’il ne maîtrise pas entièrement les règles de l’art applicable à son domaine, même si cela n’a pas eu d’impact.
Par ailleurs, la responsabilité de l’ingénieur a souvent une portée plus large qu’on ne le croit au premier abord. Ainsi, dans le cas de travaux de construction, elle s’applique non seulement au produit final, mais également à toutes les phases de la construction.
L’ingénieur responsable n’accepte que les mandats pour lesquels il a les compétences requises. Le Code des professions accorde aux membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec un statut de professionnel et un titre exclusif. Ce statut entraîne des devoirs à l’égard des clients qui, en toute confiance, ont recours aux services de l’ingénieur.
L’ingénieur se doit donc d’assumer pleinement les conséquences de ses actes professionnels. En ce sens, il se porte personnellement garant de son travail auprès de son client et de la société.

Pensez-vous que les futurs diplômés et les étudiants sont assez outillés pour faire face à des problèmes éthiques?

Bien justement, les ingénieurs qui viennent de graduer doivent passer un examen pour être étiqueté comme des professionnels.
Deuxièmement depuis l’année dernière, l’éthique prend de plus en plus d’importance. On a voulu par différents moyens l’enseigner aux étudiants pendant leur formation.
Mais les universités à cause de leur programme chargé n’ont pas voulu offrir de nouveau cours. Donc avec les doyens, nous nous sommes entendus pour que les professeurs eux-mêmes développent dans leur matière des cas et qu’ils amènent ces cas devant les étudiants pendant leur formation.
Donc nous avons débrayé les coûts de production d’un atelier qu’on a donné à des professeurs. Et dans chaque département de génie il y a un professeur qui peut montrer aux autres professeurs comment enseigner l’éthique dans le cadre de leur cours, pour qu’ils aient en tête cette notion. Nous avons fait un projet pilote, et à partir de septembre, il va être mis en place dans toutes les facultés de génie.
Le gouvernement du Québec a annoncé une série de mesures et d’ententes pour faire face au problème de la reconnaissance des diplômes.

Les ingénieurs diplômés au Québec doivent ils se sentir menacés par ces mesures?

Je ne pense pas. Nous sommes en plein emploi et il n’y a aucune inquiétude pour les ingénieurs diplômés d’ici et on n’en a même pas assez. Donc il n’y a aucune menace, le marché est en pleine effervescence. Vous m’aurez posé la question il y a dix ans, je vous aurai répondu que oui, c’est dommage pour les ingénieurs d’ici mais ils ne trouveront pas d’emploi.
Mais avec tous les investissements et le vieillissement de la population, on est en plein emploi. C’est pour cela que le gouvernement veut accélérer la mobilité surtout avec la France, ce qui permettra aux français de venir travailler ici et vice-versa. M. Charest veut absolument signer une entente avec la France au mois d’Octobre
[lors du sommet de la Francophonie]
alors il y a beaucoup de pression sur les ordres. Mais même s’il y a de la pression, les ordres sont là pour la protection du public et donc dans chaque cas où il y aura des ententes, nous allons regarder comme il le faut pour nous assurer que la protection du public soit toujours mise de l’avant et que n’importe quel groupe politique en est conscient.

Alors pourquoi cette impression renforcée lors de la commission Bouchard-Taylor que les ordres professionnels sont fermés ou peu enclins à permettre à des ingénieurs diplômés à l’étranger d’exercer au Québec?

C’est un mythe qu’il faut défaire parce que moi aussi j’entendais beaucoup que tous les médecins et les ingénieurs qui provenaient de l’étranger étaient des chauffeurs de taxi parce que les ordres professionnels ne voulaient pas leur donner des permis, même s’ils avaient travaillé pus d’une dizaine d’années dans leur pays, les ordres professionnels leur mettaient des battons dans les roues.
Je peux vous assurer que ce n’est pas du tout le cas. Comme je l’ai dit tantôt, les ordres sont là pour assurer la protection du public, donc nous devons être sûrs que la personne est compétente. Lorsque quelqu’un nous vient d’ailleurs en disant qu’il était médecin ou ingénieur dans son pays, il nous faut des preuves, il nous faut des documents. Alors s’il n’est pas capable de fournir ces documents, nous ne pouvons pas le croire sur parole. Je vous donne un exemple, s’ils étaient conducteurs chez eux et qu’ils avaient un permis de conduire, lorsqu’ils arrivent ici, ils doivent avoir un permis de conduire, ils doivent se familiariser avec les codes et le système de conduite d’ici. C’est sûr que c’est un peu frustrant pour les gens, parce que quelqu’un qui a fui son pays et qui a travaillé 15 ans dans un domaine et qui a laissé tout derrière lui, il ne peut pas nous fournir les preuves de son expérience, de l’originalité et du contenu de son diplôme. Alors comment est que nous on fait? On leur demande de passer disons… deux examens…
alors c’est là que ça recule. Mais est ce qu’ils reculent quand ils doivent passer leur permis à la SAAQ? Ils passent leurs examens, ils étudient le code et passent leurs examens. Alors ici c’est la même chose.
Étant moi-même d’origine étrangère j’ai approfondi cette question avec les autres ordres professionnels, et ce n’est pas la vérité, c’est un mythe. Au contraire il y a beaucoup de chose qui sont mis en place pour faciliter leur intégration. Mais un autre problème est que même s’ils obtiennent leur permis vient la question de l’emploi. Mais l’ordre n’est pas là pour leur trouver un emploi.
La plupart du temps les entreprises demandent de l’expérience canadienne, qu’évidemment ils ne possèdent pas. C’est au gouvernement de faire face à ce problème, par les stages en entreprise pour intégrer ces gens, par exemple.

L’OIQ en chiffres:

13 472 255 $
C’est le budget de l’Ordre au 31 mars 2008, soit une augmentation de 10.8% par rapport à 2007.

53 085
C’est le nombre de membres de l’OIQ en mars 2008. Depuis l’année dernière 2 967 ingénieurs ont rejoint les rangs de l’OIQ. 4 502 ingénieurs (8%) n’exercent plus leur profession (pour cause d’invalidité ou de retraite).

25 400 $
C’est le montant total des amendes imposées pour usurpation de titre réservé et exercice illégal. Ce montant provient de 6 jugements rendu en 2007-2008 sur un total de 13 poursuites lancées par l’Ordre.

6 638
C’est le nombre de femmes (11.8 %) membres de l’OIQ.
C’est une évolution de 6.9% par rapport 2006-2007. MarieÈve Denoncourt diplômée de génie mécanique en 2004 à Poly est la 50 000e membre de l’OIQ.

2e

C’est le rang qu’occupe l’OIQ par rapport aux autres ordres professionnels en terme de membres derrière les Infirmiers et infirmières (69 765 dont 63 374 femmes).

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