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CO2 renvoyé à la source

La semaine dernière, j’abordais le sujet des biocarburants comme un des moyens pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). La séquestration du dioxyde de carbone, c’est-à-dire le stockage de ce gaz hors de l’atmosphère, en est une autre. Cependant, comme les biocarburants, cette solution comporte quelques inconvénients majeurs.
La séquestration du CO2 se fait de façon naturelle dans les milieux sauvages par la photosynthèse des plantes. On peut donc planter des arbres pour emprisonner le CO2, comme certains projets de crédit-carbone le font. On peut également séquestrer artificiellement le CO2. Le but est de récupérer le CO2 émis par une source intense, comme une centrale au charbon ou une plate-forme de forage, et de le stocker dans le sol ou dans les océans. Il est difficile de récupérer le CO2 de l’air que nous respirons, puisqu’il en compose moins d’un pour cent. Pour l’extirper d’un mélange gazeux, comme les fumées d’une centrale thermique, on utilise des solvants qui permettent de récupérer jusqu’à 90 % du CO2. Si la combustion a lieu dans de l’oxygène pur, les fumées ne sont composées que de CO2 et d’eau. Celle-ci est donc retirée par condensation pour obtenir du CO2 pur. Finalement, il est également possible d’extirper le carbone des combustibles fossiles avant combustion en le séparant de l’hydrogène, ce dernier servant de combustible « propre ».

Le CO2 ainsi obtenu peut être emmagasiné dans le sol ou dans la mer. Ce dernier emplacement est loin d’être idéal. C’est qu’il faut dissoudre le gaz à des profondeurs allant jusqu’à 3 000 m, mais on estime que le gaz finit toujours par se retrouver dans l’atmosphère après quelques centaines d’années, ce qui n’est pas acceptable selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies qui a statué qu’un site doit conservé 99 % du CO2 emmagasiné pendant au moins 1 000 ans. Les anciens gisements pétroliers et gaziers ainsi que les aquifères salins, réservoirs d’eau souterraine à de très grandes profondeurs, semblent répondre à cette exigence. Certains gisements pétroliers utilisent le gaz carbonique extrait du gaz naturel pour le réinsérer dans le gisement afin de rendre le pétrole plus liquide et faciliter l’extraction. La vie des gisements est ainsi prolongée tout en stockant une grande quantité de CO2. Les aquifères sont beaucoup plus présents dans la croûte terrestre et donc plus accessibles pour les centrales thermiques. On estime qu’ils peuvent emmagasiner 2 000 Gt de CO2 sur l’échelle mondiale pour une production planétaire de 30 Gt par année.

On ne compte que quelques projets de séquestration sur la planète. Tandis que de bons résultats sont obtenus en Norvège à la plate-forme de pétrole Sleipner, un projet financé par l’administration Bush de centrale au charbon « propre », nommé FutureGen, est sur le point d’être enterré à cause de l’explosion des coûts. D’autres inconvénients sont mis au jour. Afin de compenser l’énergie nécessaire pour extraire et stocker le CO2, une centrale thermique doit utiliser plus de combustible, ce qui va à l’encontre du développement durable. De plus, certains croient que l’argent investi dans le développement de technique de séquestration devrait plutôt aller au perfectionnement des énergies renouvelables et à leur propagation, puisque de toute façon les réserves de pétrole s’épuiseront un jour. La séquestration du CO2 doit certainement faire sa part au niveau des émissions de procédé qui ne sont réduites que par une diminution de la production et qui n’ont donc aucun rapport avec l’efficacité énergétique. C’est le cas des alumineries qui produisent trois molécules de CO2 pour deux atomes d’aluminium à partir de l’alumine. Ce genre d’émission n’est pas comptabilisé dans le plan de réduction des émissions de GES du ministre Baird.

Finalement, je crois que la séquestration artificielle peut s’avérer une bonne solution. Cependant, comme les biocarburants, il faut s’assurer que dans chaque cas les inconvénients ne surpassent pas les bénéfices.

Mots-clés : polysphère (21)

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