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Les biocarburants, la solution miracle?

Durant les dernières années, les biocarburants ont gagné beaucoup en popularité. Il s’agit d’une source d’énergie renouvelable qui émettrait moins de gaz à effets de serre (GES) que les combustibles fossiles. D’ailleurs, le Clean Energy Act adopté par les États-Unis en décembre dernier encourage beaucoup ce type de carburant, en particulier l’éthanol. Certains pourraient penser qu’une solution a finalement été trouvée pour remplacer les combustibles fossiles. Si seulement c’était aussi simple. En fait, plusieurs scientifiques émettent de plus en plus de doutes sur les bienfaits réels des biocarburants.

Tout d’abord, que sont les biocarburants? Il s’agit d’un terme très vaste pour définir les combustibles provenant de plantes. Les plus courants sont l’éthanol produit à partir de maïs aux États-Unis et de canne à sucre au Brésil, et le biodiesel fait avec de l’huile végétale. Ils sont dits renouvelables puisqu’ils suivent le cycle du carbone sur une courte période de temps : les plantes poussent et emprisonnent le carbone du CO2 de l’air, qui est émis dans l’atmosphère lorsque le carburant est brûlé, puis réabsorbé par les plantes, et ainsi de suite.
On pourrait penser qu’il s’agit d’une source d’énergie à bilan carbone neutre. Ça serait trop beau pour être vrai. La production de biocarburant comprend la culture, la transformation et le transport, ce qui consomme de l’énergie et émet des GES. Les estimations d’émissions de GES relativement à la production de biocarburants révélaient jusqu’à présent que ceux-ci sont plus écologiques que les combustibles fossiles. Cependant, tout dernièrement, des études ont démontré que ces calculs ne tiennent pas compte de la transformation de terres sauvages en champs (ex. déforestation). Les terres ainsi brûlées dégagent de 17 à 420 fois les émissions annuelles de GES évitées par l’utilisation de biocarburants issus des champs qui y prennent place. On estime que la consommation de presque tout biocarburant cause directement ou indirectement la perte de milieux sauvages par l’augmentation de la demande en biomasse. Par exemple, aux États-Unis le soja fait de plus en plus place au maïs à cause de l’éthanol. Il faut donc produire le soja ailleurs, par exemple au Brésil où la forêt amazonienne est abattue. De plus, cette forte demande hausse les prix, notamment celui du maïs. Un expert de l’ONU a même demandé un moratoire de cinq ans sur la production de biocarburant afin de freiner cette hausse au nom des pays pauvres qui crèvent de faim.

La solution se trouverait dans l’exploitation de la biomasse issue des déchets domestiques et industriels, comme l’huile à friture ou la cellulose de l’industrie papetière. Il faudrait aussi radicalement rendre la production de l’éthanol plus efficace, à un point tel que le sacrifice d’une terre sauvage soit compensé par les gains de l’utilisation du carburant ainsi produit. Pour se faire, il faudrait laisser tomber le maïs, qui n’utilise qu’une petite partie de la plante comparativement à la canne à sucre, soit la moitié de la masse des grains, ou bien perfectionner la méthode pour utiliser tout le plant. Considérant que les sources ordinaires de pétrole sont de plus en plus rares et font place à des sources extrêmement plus polluantes tels les sables bitumineux, la production de biocarburant pourrait devenir avantageuse malgré la transformation de terres sauvages.

Quelle est la morale de cette histoire? Eh bien, aucune source d’énergie renouvelable n’est parfaite et n’arrivera à satisfaire nos besoins à elle seule. Plusieurs calculs ont été effectués afin de déterminer la surface agricole nécessaire pour fournir le parc automobile des États-Unis en éthanol. Les résultats varient, mais arrivent tous à la même conclusion : ce n’est pas possible. Même si on faisait pousser du maïs sur toutes les terres cultivables de ce pays, on ne pourrait que produire 10 % de la demande en essence… Ceci étant dit, je crois que les biocarburants doivent faire leur part, mais, comme on l’a vu, pas de n’importe quelle façon, en tout cas pas au prix de la forêt amazonienne ni de l’accessibilité à la nourriture. L’impératif reste le même : chacun d’entre nous doit réduire sa consommation de carburant, peu importe sa nature.

Mots-clés : polysphère (21)

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