Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Caron et Bourassa: Conversations

Alain Caron, autrefois bassiste du trio Uzeb, faisait paraître l’an dernier un album acoustique sobrement nommé Conversations. Il s’agissait d’une suite de duos entre la basse du virtuose et le gratin du piano d’ici : Oliver Jones, Lorraine Desmarais et François Bourassa, pour ne nommer que ceux-là.

Avec le pianiste François Bourassa, ce n’était que la confirmation d’un coup de cœur, puisque les deux hommes avaient déjà partagé une scène à Moscou en 1992 et s’étaient croisés au hasard de leurs tournées respectives. Après tout, la jazzosphère montréalaise est un monde effervescent mais petit, et il est logique que deux piliers du jazz moderne se découvrent des affinités, indépendamment de leurs parcours respectifs. Bourassa déclarait récemment : « même si nos styles diffèrent, nous avons des références similaires. Nos esthétiques se rapprochent aussi et surtout, nous avons du fun ! »

Du fun, certes, mais surtout de l’exigence.
Quand on a fait ses preuves dans des contextes collectifs et qu’on se retrouve en tandem basse-piano, devant une salle justement peuplée de bassistes et de pianistes, il y a une image à défendre et des fausses notes à éviter ! De ce côté, rien à redire, ces messieurs connaissent leurs gammes. Le jazz n’étant chez nous un sujet de conversation que dix jours par an, il est utile de rappeler que Caron s’est vu décerner l’an dernier un doctorat honoris causa de l’Université du Québec à Rimouski, tandis que son partenaire raflait le prix Oscar-Peterson lors du dernier Festival international de jazz. De la reconnaissance, donc, mais aucune envie de s’asseoir sur ses lauriers.

Voici une musique acoustique à cordes, ancrée dans un jazz mainstream plutôt que dans le répertoire fusion qui fait la réputation du bassiste. Les compositions rendent hommage à Charlie Parker, Duke Ellington, John Coltrane, ou Bill Evans, et il ne reste de la fusion que l’idée de base : trouver un langage nouveau à chaque rencontre. Une fusion sans confusion, dans un enrobage qui flirte avec la virtuosité et donne parfois une impression de musique pour musiciens…

Des notes techniques, en voilà. Dans cette salle injustement méconnue de la rue Sainte-Catherine, Bourassa s’exprime sur un piano à demi-queue d’une populaire marque japonaise frappée d’un triple diapason. En parfaite maîtrise de l’instrument, il mêle harmonies, mélodies et effets de cordes en négligeant un peu la partie gauche du clavier, laissant le registre grave à son acolyte. Face à lui, perché sur un tabouret de bar, Caron n’utilise qu’un instrument : une basse électroacoustique à six cordes et zéro frette, œuvre du luthier montréalais Michel Fournelle. Entre ses mains, l’instrument sonne comme une contrebasse qui serait dotée d’une octave supplémentaire et d’une vélocité de guitare classique !

Entre deux pièces, Caron lance au public « y a-t-il des batteurs dans la salle ? » suivi de « est-ce que la batterie vous manque ? », soulignant le défitechnique et la nécessité pour les deux improvisateurs d’être aussi de solides rythmiciens.
Pour que l’expérience auditive soit à la hauteur de la virtuosité musicale, les compères ont fait appel à deux sonorisateurs : un pour la scène, un autre pour la salle. Il en résulte un son très clair qui ne laisse échapper aucune note, et une surprenante absence d’écho et d’effets d’enveloppe. Le volume bas, proche du coffre naturel du piano, témoigne lui aussi de la volonté de rendre aux instruments leurs vrais timbres, sans vernis.

De la musique sans artifices, définition indémodable du mot jazz…

Alain Caron et François Bourassa au National, le 22 février

Mots-clés : Musique (217)

Articles similaires

The Dead Weather

31 août 2009

La musique des morts Il y a de ces artistes qui semblent heureux qu’au travail, un peu comme ces geeks de génie info qui font une crise d’anxiété s’ils n’ont pas un ordi à-porter de main. Jack White fait certainement partie de cette catégorie. Entre quelques tournées avec The Raconteurs, et après s’être vu offrir la chance de composer la pièce titre du dernier James Bond – on doute encore que le duo avec...

Metallica au Centre Bell

25 septembre 2009

Les légendes du trash métal californien étaient de passage à Montréal les 19 et 20 septembre derniers dans le cadre de la partie nord-américaine de leur tournée World Magnetic. Accompagnés sur scène par Gojira et Lamb of God, les quatre cavaliers ont su, une fois de plus, chevaucher les éclairs en illuminant par deux fois le Centre Bell à grand coup de heavy-metal-dans-ta-face. C’est sur une scène centrale surplombée par d’immenses sarcophages mobiles, entourée...

Oxmo Puccino au Métropolis

8 août 2009

Reconnu depuis longtemps dans le milieu du hip-hop francophone, le rappeur franco-malien Oxmo Puccino est venu à la rencontre du public montréalais le 06 août passé dans le cadre des Francofolies 2009. Aux portes du Métropolis, première surprise : le public n’est pas uniquement composé de « Yo! » français à l’accent prononcé des banlieues parisiennes. En fait, il y en a un peu pour tous les goûts, soirée agréable en perspective....




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Dans la même catégorie

Le Dindon: une volaille bien apprêtée

27 janvier 2012

du 17 janvier au 11 février est présenté au Théâtre du Nouveau Monde Le Dindon du dramaturge français Georges Feydeau. Dans une de ses plus célèbres pièces, l’auteur nous entraîne au cœur des intrigues amoureuses d’un groupe de bourgeois parisiens. Dans le Paris de la fin du 19e siècle, l’adultère est à la mode et Feydeau dresse un portrait cinglant des mœurs de ses contemporains. Alors que monsieur de Pontagnac s’invite chez la belle...

Eastern Promises de David Cronenberg : une arme à double tranchant

21 septembre 2007

À Londres, lors d’une lugubre nuit de décembre, une prostituée de 14 ans meurt en donnant naissance à un bébé. La sage-femme en service, Anna (Naomi Watts) décide d’en savoir plus sur la jeune fille, qui n’avait pas de pièce d’identité sur elle, sauf un journal intime et la carte d’affaire d’un restaurant. Ses recherches l’amèneront à découvrir que le propriétaire de l’établissement, Semyon est le chef d’une organisation maffieuse russe impliquée dans le...

À venir dans les prochaines semaines

31 mai 2010

Summer Slaughter Tour Avec un nom comme Summer Slaughter, vous vous doutez bien que ce n’est pas un spectacle de danse en ligne pour le 3e âge. Établi depuis 2007, il s’agit plutôt d’un véritable festival de la brutalité musicale, mettant en scène des grands noms du milieu du death metal, du grind et du deathcore. Près de huit heures de grosse violence sans édulcorant sont au programme. Même pour les fans du genre, la...