Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Beckett : comédie, berceuse, catastrophe

Décrire cette pièce de théâtre (qui en réunit trois), c’est presque définir le théâtre de l’absurde. Un lieu imprécis, une époque incertaine, mais surtout un langage qui exprime le vide, l’incohérence et représente ainsi la vie dans ce qu’elle a de ridicule. On y met en scène la condition humaine dans un climat sombre, l’immobilisme des comédiens place la parole en avant-plan, mais elle reste pourtant dénudée, elle nous semble incisive et amère. Les personnalités ne sont pas marquées et s’inscrivent dans une absence d’intrigue, on sent aisément le malaise dénoncé mais il revient aux spectateurs de comprendre, de tirer leurs propres conclusions, s’ils le peuvent.

Comédie Un triangle amoureux insolite, l’histoire est pourtant universelle. Des protagonistes figés dans des cônes débitent des paroles avec un flot impressionnant. Une lumière se braque sur eux à tour de rôle, on dirait leur interrogatoire en vue d’un procès, ils répètent même le texte deux fois. On écoute incrédule ces discours mélangés et mélangeants, on regarde perplexe ce décor rappelant l’univers de Kubrick et on ressent un trouble devant ce récit en trois voix, chacune exprimant le vertige et l’impuissance. L’expérience nous désoriente et nous laisse confus, l’ironie du titre devient flagrante, sordide.

Berceuse Une vieille dame se berce dans un décor glauque à l’esthétisme raffiné. Une voix masculine préenregistrée tourne en boucle un texte qui se modifie tranquillement. Les craquements de la chaise berçante marquent les silences et rappellent le vide exprimé. L’ensemble est poétique, la voix devient à la fois le témoin de la solitude profonde et sa représentation. Dans l’isolement, les pensées se répètent et tournent en rond. La lenteur de la pièce nous met mal à l’aise, on sait que la dame attend la mort dans la vaine espérance d’une présence, tout devient très long, c’est presque insupportable.

Catastrophe On assiste maintenant à un spectacle obscur sur la tyrannie de l’image dans un climat de science-fiction. Un savant fou et sa partenaire élaborent un prototype humanoïde au visage blafard dans un but mal identifié. Le tout est moins statique, mais à peine. Il y fait froid, le climat irréel ne nous rassure pas. Les nombreux silences laissent nos interrogations bien vivantes, mais nous n’obtiendront pas de réponse, évidemment.
Le spectacle n’est manifestement pas accessible. L’ensemble donne un résultat si étrange qu’il est difficile d’en apprécier toute la qualité artistique qui l’englobe visiblement, ne serait-ce que par le jeu excellent des comédiens et la mise en scène rigoureuse. Pour les esprits aventureux seulement.
Textes de Samuel Beckett. Mise en scène de Jean-Marie Papapietro. Conception : Angelo Barsetti, Philippe Gaudet, Any Malenfant, François-Xavier Marange, Denis St-Pierre et David Perreault Ninacs. Avec : Sophie Clément, Ginette Morin, Christophe Rapin et Paul Savoie. Coproduction du Théâtre de Fortune et du réseau Accès Culture.

Jusqu’au 15 mars 2008, consultez le calendrier culturel : ville.montreal.qc.ca

Mots-clés : Théâtre (92)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+