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Traces d’étoiles ou un passé réconcilié

Cette pièce raconte la rencontre de deux étoiles. Ces deux étoiles retracent ensemble la traînée qui précède et donc mène à la croisée de leurs chemins. D’une part, lorsque Rosanna Deluce entreprend un voyage déraisonné de l’Arizona sans s’arrêter jusqu’en Alaska et qu’une panne d’auto la force à cogner à la première porte qu’elle arrive à distinguer dans la tempête, c’est Henry Harry, un ermite, qui l’accueille. Quasiment hystérique, Rosanna explose en paroles et délire sur ses circonstances qui l’ont guidée jusque là. Ébahi, il prend le soin de la dévêtir de sa robe de mariée lorsqu’elle perd connaissance. À son réveil, vêtue des habits d’Henry, Rosanna s’imprègnera littéralement de son passé troublé, et réciproquement.

Les motivations sous-tendant ce voyage et quête de sens déraisonnée se matérialise au moment même de se marier. C’est une femme déchirée par l’Alzheimer de son père qui, face à elle pour la première fois depuis longtemps, ne la reconnaît plus. À ce moment, Rosanna se sent projetée comme dans un vide intersidéral, un arrière-plan vide de sens sur lequel tous lui apparait comme des extra-terrestres. Elle se sent seule, seule à pouvoir se sauver elle-même de cette panique qui la submerge, du non-sens dont elle est victime. Son départ subit la mène à un homme tout aussi seul et désolé, dont la peine s’est matérialisée en culpabilité, celle de n’avoir pu sauver un être cher.
Lorsque sa jeune fille se frappa mortellement la tempe il y a deux ans, Henry réprima ses impulsions destructives par l’isolement dans ce chalet où débarque Rosanna. Ayant quitté sa femme tout autant que sa vie social, Henry demeure solitairement rongé par ses douleurs, celles qu’il cherchera à combler de sens.

Ce miroir devant lequel ces deux êtres croient se retrouver lorsque faisant face l’un à l’autre génère un retour sain sur un passé ténébreux. Il en émerge non seulement une compréhension mutuelle mais aussi une acceptation personnelle qui jusqu’alors avait été refoulée par chacun des personnages. La proximité du chalet, la froideur du Nord, la chaleur du thé, le questionnement continuel et les souvenirs régurgités petit à petit contribuent à ce que les trajectoires de ces deux étoiles et le dialogue dans lequel ils se sont engagés ultimement fusionnent. Des baisers, passionnés mais perturbants opèrent aussi cette tendre fusion et doucement la panique qui s’était emparée des protagonistes s’estompe.

Cindy Lou Johnson, une auteure américaine, présente son œuvre pour la première fois à New York, où ses pièces sont régulièrement jouées. Son parcours d’études l’amène à voyager en France nottament pour ensuite revenir vivre à Los Angeles.
D’autre part, la mise en scène de si petite envergure (on se rappellera son travail pour l’OSM par exemple) est tout nouveau pour Tania Kontoyanni qui affirme déjà y prendre grand plaisir de même qu’y voir un défi stimulant. La metteure en scène souligne que Jean-Sébastien Chartray (Henry), co-fondateur de la maison de production Théâtre Huitième avec Jani Thibeault, s’était donné tout un défi en choisissant ce texte. Ce défi, il n’aurait su le relever sans la participation de Mathilde Lavigne, une jeune diplômée du Conservatoire d’Art Dramatique de Québec.

Traces d’étoiles, une pièce de Cindy Lou Johnson mise en scène par Tania Kontoyanni sous la production de Théâtre Huitième, est en présentation à la salle La Balustrade du Monument National du 21 février au 8 mars prochain.

Mots-clés : Théâtre (92)



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