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Cabaret Dada

Par Eva Charlebois

«Dada est un cri, c’est le vide érigé en art de vivre. ».

Feignant malicieusement la mort depuis 80 ans, ce mouvement intellectuel et esthétique a réapparu le temps d’une nuit à Montréal le 8 février dernier. Pas con le Dada, les feux de la rampe ne lui seyant guère, il vit reclus dans les hautes sphères de l’absurde, contemplant sourire ironique en coin la folie et la démesure destructrice des hommes. Les initiés le savent, il ne fait honneur de sa présence que très rarement, laissant à quelques disciples obscurs le soin de délivrer son subjectif message à qui veut bien l’entendre.

Dans ce contexte, et en guise de spectacle de clôture, le Festival Voix d’Amériques a offert à la métropole un cabaret coloré revendiquant l’absurdité du dadaïsme avec au menu, une panoplie d’artistes multidisciplinaires se rejoignant sur un point, transgresser les limites de l’habituel.
Secret mal gardé pour une fois, la salle étant pleine à craquer, il était impossible de se procurer un billet à l’entrée. Nombre de malheureux sont repartis les mains vides. Animé par la charmante Alexis O’Hara, les numéros se sont succédés dans un rythme effréné, digne des plus chauds scats de la pulpeuse Ella. Le rire et la bonne humeur étaient au rendez-vous. On était heureux, on avait envie de faire de mal à personne, on se sentait moins con, quoi. Pour le plus grand plaisir de ces messieurs et ces dames, Myriam Ginestier a présenté quelques-unes de ces vidéos « queer » en noir et blanc mettant en vedette de l’avant comme de derrière la sulfureuse et bandante Fannie Nipplebottom. Et on pouvait affirmer sans contredit que la donzelle LHHOQ (pour reprendre Marcel Duchamps).
Hétéroclite est probablement le mot qui définit le mieux le déroulement de la soirée. Les artistes ont eu carte blanche. On a même aperçu un pseudo-fantôme qui, plutôt que de porter le banal drap blanc, revêtait une couette haute en couleur. L’extravagance occupait l’espace, allant jusqu’à créer par moment une autre langue sortie tout droit du cortex cérébral de ces loufoques créateurs. Dada était bien là, son aura matérialisée par sa seule et splendide absence, ce qui constitue un exploit en soi. Qui allait s’en plaindre ?

Si la vie vous pèse de temps en temps, cherchez Dada, vous ne le trouverez pas. Vous découvrirez que Dada est en vous, qu’il attend simplement que vous le laissiez surgir et exprimer sa folie, sa joie et son désespoir. Alors ça ira mieux, c’est garanti.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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