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3 avril 2007 : Les trois vecteurs

J’aime quand le quotidien me fracasse de petites révélations. Des vérités qui me tombent dessus quand je n’attends plus rien, pour me transcender tout à coup l’existence. Malheureusement, la vie manque de foudre et me laisse la plupart du temps errer dans mon flou coutumier.

Je vous présente ma 33e Chronique Névrotique. Je lui ai donné naissance en 2003 et depuis, elle est le maître et moi, l’élève. Aujourd’hui, je lui suis très reconnaissante d’avoir été mon flou aussi bien que ma foudre, d’avoir su m’enseigner quelque chose de fondamental : la définition de l’écriture.

L’écriture est un point d’origine à partir duquel s’éloignent trois vecteurs séparés l’un de l’autre par 120 degrés. Le premier vecteur est l’idée de départ, le petit éclair, l’impulsion, l’essence. Le moment précis, fabuleux, où l’on se dit « C’est de ça dont je veux parler! ». Le second vecteur représente le thème avec lequel on se retrouve à la fin de cet étrange et complexe processus d’habillage par les mots : « Tu aimes une idée, elle te semble la plus belle de toutes, et puis quand elle se matérialise, elle ne se ressemble plus du tout ou même devient carrément de la merde. »* Quant au troisième vecteur, celui-ci correspond à ce que les lecteurs perçoivent de l’écrit, à ce qu’ils en retirent, en comprennent… Et alors là, bonjour les dégâts!

J’ai bien cru que ces trois vecteurs allaient finir par me rendre complètement folle. Je n’avais qu’une seule quête : les superposer. J’échouais texte après texte. Au mieux, j’arrivais à les rapprocher, mais jamais je n’atteignais la fusion, le chevauchement parfait. Et puis un jour, alors que je n’attendais plus rien, la foudre m’a frappée, et j’ai réalisé. J’ai réalisé que j’étais exactement comme l’écriture.

Je suis un point d’origine à partir duquel s’éloignent trois vecteurs séparés l’un de l’autre par 120 degrés. Le premier vecteur est l’idée de départ, le petit éclair, l’impulsion, l’essence, ce que je suis dans le creux du ventre. Le second vecteur représente la personne avec laquelle je me retrouve après avoir enfilé tous ces costumes croisés par hasard sur la route. Quant au troisième vecteur, celui-ci correspond à ce que les autres perçoivent de moi, à ce qu’ils en retirent, en comprennent… Et alors là, bonjour les dégâts…

J’ai mis du temps avant de finalement accepter ce que mon petit maître cherchait doucement à me faire reconnaître : tout l’intérêt de l’exercice d’écriture, toute sa richesse, tout son relief, réside précisément en ce joli bordel vectoriel. En effet, que résulterait-il d’un alignement originellement impeccable? Un peu moins d’affres peut-être, mais surtout beaucoup moins de réflexions, d’échanges et de trouvailles.

Je me sens aujourd’hui baignée d’une conviction apaisante : même s’ils partent dans tous les sens, les trois autres vecteurs, les miens, ceux-là ne réussiront jamais à me rendre complètement folle. Parce que je suis comme l’écriture, justement… Je peux donc continuer d’errer tranquille dans mon flou coutumier…

MAUDE – « Tant que nous écrirons nos noms sur les arbres malades de l’automne, les oiseaux pourront chanter, nous pourrons nous aimer… » – BOILLOT
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*Je dois ici remercier Romain Gary car je ne trouverai jamais ailleurs que chez lui plus clairs propos illustrant le second vecteur.
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Photo : Jeanloup Sieff/Distribution Vu, retouchée par Jérôme Quinat.
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Première Chronique Névrotique : 274




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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