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Elizabeth, Roi d’Angleterre

« Nous sommes ici pour apprendre à vivre en étudiant comment mourir. », déclare Elizabeth Première à Ned Lowenscroft, un acteur malade faisant partie de la troupe de Shakespeare. On est en avril 1601, le soir du Mardi Gras. Après la représentation commandée ce soir-là au grand William par la Reine, celle-ci souhaite rester auprès des comédiens pour attendre la mort du comte d’Essex, son amant accusé de complot. L’exécution du traitre dont elle est toujours amoureuse est prévue le lendemain, à l’aube.

« Elizabeth décide de passer cette nuit au théâtre pour toucher, pour entrer en contact avec ses sentiments les plus profonds, et cela, elle le sait clairement. Elle connaît Shakespeare ; elle le craint. Elle se méfie du pouvoir de l’imaginaire. Elle sait que son théâtre est encore plus « vrai » que la vie et qu’il permet d’aller au cœur des choses. », explique, avec beaucoup de justesse, Jean-François Casabonne qui incarne Shakespeare. Difficile, en effet, de trouver plus authentique, plus véritable, que ce qui se déploie sur les planches d’un théâtre. Un acteur qui décortique un texte, l’analyse, le comprend, se l’approprie, le teinte de son passé et de sa vision de l’avenir, puis monte sur scène et le livre d’une seule voix n’est pas un acteur : il est lui-même, plus que jamais, costumé mais complètement dénudé.

Le spectacle est lent, la mise en scène statique. L’ensemble est étrangement attractif, on réalise combien le monde du théâtre en est un de véracité. Un monde où la peur des mots s’envole, où ce qui tourne dans les esprits et les cœurs est clairement et fidèlement prononcé. Un monde où il n’y a plus d’acteurs, que des êtres. Rien à voir avec partout ailleurs où l’on ne sait jamais être sincère, ou si peu. En voulant baigner dans l’univers de Shakespeare cette nuit-là, Elizabeth est en quête de réconciliation : « Il est question des rôles que l’on joue dans la vie et des personnages qui nous permettent d’être plus vrais que nature. », décrit Marie-Thérèse Fortin, qui personnifie Sa Majesté.

La pièce a été créée à Stratford en 2000 par l’auteur ontarien Timothy Findley, deux ans avant son décès. (Je garde un bon souvenir de ma lecture de son roman intitulé Guerres, au programme quand j’étais au cégep. Avec Elizabeth, Roi d’Angleterre, voilà déjà deux raisons de plus pour arrêter de cracher sur l’Ontario…) Dans le théâtre élisabéthain, il était interdit aux femmes de monter sur scène et c’est à ce phénomène que s’est intéressé Findley, à ces jeunes hommes qui interprétaient les grands rôles de femmes mûres. Il tisse ainsi des liens paradoxaux entre ses personnages : Elizabeth, qui règne en homme sur l’Angleterre, doit retracer la femme en elle au contact de Ned qui, depuis toujours, incarne des femmes ; Ned, quant à lui, pour affronter sa mort imminente, apprend aux côtés de la Reine à être un homme stoïque. Tous deux doivent retrouver leur route, leur vérité propre. En s’inspirant l’un l’autre, ils s’aident à se révéler à eux-mêmes. Une solennelle leçon de la plus difficile des fidélités… celle que l’on se doit à soi-même.

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Parlant de rester fidèle à soi-même, permettez-moi un retour-éclair sur la pièce Rhinocéros jouée au TNM à la fin de l’année dernière. En feuilletant le livret avant le début de la représentation, je vois dans la distribution le nom de Vincent Côté dans le rôle du logicien. Vincent Côté?? Vincent Côté!?! Oui, Vincent Côté! On allait à la même école secondaire. On se connaissait peu et je n’ai qu’un seul souvenir de lui : il avait la trempe d’un acteur. Il mystifiait toute la classe par ses exposés oraux et les pièces qu’il montait après les cours, et était impressionnant quand il imitait les profs. J’ai trouvé ça formidable de le revoir dix ans plus tard sur les planches du TNM. J’étais tellement contente qu’il soit là, qu’il n’ait pas dévié au fil des années vers un obscur diplôme en génie ou en administration! Contente qu’il soit devenu l’acteur qu’il était déjà il y a dix ans. Félicitations Vincent, pas pour ta performance dans Rhinocéros (on a dû te féliciter cent fois déjà pour ça) mais pour ta performance dans ta vie. On est tellement nombreux à ne pas être devenus ce qu’on était il y a dix ans… Tu t’es pas paumé en cours de route, y’en a pas beaucoup des comme toi.
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Elizabeth, Roi d’Angleterre de Timothy Findley, traduction de René-Daniel Dubois, mise en scène de René Richard Cyr. Avec Yves Amyot, Éric Bruneau, Jean-François Casabonne, René Richard Cyr, Benoît Dagenais, Marie-Thérèse Fortin, Geoffrey Gaquère, Roger La Rue, Agathe Lanctôt, Olivier Morin, Éric Paulhus, Adèle Reinhardt. Du 15 janvier au 9 février 2008 au TNM. Crédit photo : Yves Renaud.
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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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