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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Bonyeu, donne-moi une job

Cette semaine, je n’ai pas la tête à l’actualité. J’ai lu sans conviction les journaux, je me suis à peine intéressé aux informations télévomies de 17h30, j’ai touillé toutes ces nouvelles comme on pousse de la fourchette les féculents insipides des plats servis dans notre cafétéria. Pourquoi si peu d’enthousiasme, alors qu’on aborde le sujet des « gestes de souveraineté », alors qu’on parle du statut du français? Parce que je suis en recherche d’emploi, voilà pourquoi. Et pendant que je suis dans cette situation inconfortable, alors que mon talent moisi dans mes veines tel de l’équipement très couteux qui reste inutilisé alors qu’un amortissement dégressif lui fait perdre toute sa valeur comptable (Depuis que j’ai utilisé une expression probabiliste comme qualificatif de la situation politique fédérale il y a deux ans, je me suis rendu compte que mes métaphores étaient souvent inspirées du contenu de mes cours; vous m’en excuserez charitablement. Mais après tout, ne sommes-nous pas tous victime de l’amortissement de la vie?). Je n’ai guère l’esprit aussi vif que je ne le souhaiterais. Dans ces conditions, aurais-je l’impertinence de me servir de cette incroyable vitrine que m’offre l’éditorial du Polyscope pour me vendre impunément? Et bien oui : Je me nomme Simon Jean-Yelle, et je suis finissant en génie électrique à l’École Polytechnique de Montréal. J’obtiendrai mon diplôme en juin 2008 et je suis présentement à la recherche d’un emploi débutant à cette même période. Référez-vous en page 10 pour consulter mon curriculum vitae, et contactez-moi si vous êtes intéressés. Je suis prêt à toutes les bassesses de l’esprit et du corps pour obtenir un emploi, et je vous jure que je suis le meilleur-et-le-plus-beau-s’il-vous-plaît-donnez-moi-un-travail-au-plus-sacrant!
Alors que je retravaillais récemment mon curriculum vitae, question d’espace, j’ai effacé la mention du premier certificat que j’ai obtenu, mon diplôme d’études secondaires, que j’ai fait à la polyvalente de Beauharnois (c’est fou, même jeune, j’étais déjà à la Poly). Diplôme ridicule et inutile, direz-vous? Et bien apparemment le ministère de l’éducation le pense aussi, car on apprenait récemment que le gouvernement avait décidé qu’on n’aura plus besoin d’un diplôme d’études secondaires pour entrer au cegep, et qu’on pourra commencer ses cours même si on a échoué des cours un peu négligeables comme ceux de français ou de maths. Le fait de permettre aux nouveaux étudiants du cegep de refaire un cours de niveau secondaire lors de leur première session n’est pas à mon avis une mauvaise idée en soi. Je crois que le fait d’être dans un environnement motivant (et de suivre ses amis ayant gradué) aidera un étudiant à ne pas décrocher, mais ce qui m’inquiète c’est cette tendance dangereuse que de faciliter encore et toujours l’accès aux diplômes, tendance qui revient souvent dans tout ce qui touche la réforme de l’éducation et autres gestes modifiant les programmes actuels.

Il est certain que de plus en plus d’étudiants seront diplômés si on diminue les pré-requis des certifications ou encore le niveau de difficulté des cours. Par contre, avec les résultats qu’on obtient aujourd’hui, par exemple ceux disant que les élèves du primaires qui ont subi la réforme de l’éducation performent moins bien que ceux d’avant (Échec de la réforme en lecture au primaire, Le Devoir, 30 novembre 2007), il y a de quoi être inquiet. J’aimerais entendre qu’une seule chose de la bouche de la ministre de l’éducation : nous allons rendre l’école plus difficile. J’aimerais que l’on augmente la quantité de matière, qu’on cesse de s’orienter vers le domaine technique, mais qu’on forme des citoyens et des penseurs. Je ne crois pas que ce soit en donnant des alternatives plus simples aux études supérieures que nous arriverons à élever le niveau d’éducation du Québec. Est-ce que je me trompe?

***

Dans son dernier livre, Daniel Pennac raconte comment, dans sa jeunesse de cancre, il a réussi, par l’attention de quelques professeurs et à force de travail, à apprendre le français, à le maîtriser et à réussir avec succès des études en lettre, pour devenir à son tour professeur. À quoi ressemblerait cette histoire au Québec? Lirons-nous dans 20 ans qu’un cancre des années 2000 a réussi à obtenir son diplôme grâce au ministère de l’éducation de l’époque, qui lui abaissa la barrière pour qu’il réussisse enfin à la sauter? Le livre sera-t-il écrit en anglais parce qu’on aura oublié le français, tellement détérioré qu’on l’aura mis de côté?

***

Comme je disais plus haut, je ne peux m’empêcher de faire quelques liens avec ce que j’apprends dans mes cours à Poly. On apprenait récemment que le premier ministre Charest tente de pousser dans le dos du projet de libre-échange Canada-Union Européenne, action à l’opposé de que serait de la mise en place d’un protectionnisme québécois. Selon ce qu’enseigne M. Landry dans son cours, le protectionnisme a l’effet pervers de rendre l’industrie québécoise paresseuse, ce avec quoi je suis d’accord. Ne peut-on pas faire un parallèle avec le monde de l’éducation? De quelle manière aidons-nous les jeunes québécois en les protégeant du monde réel, celui où le plus fort gagne? C’est les rendre paresseux que de faciliter l’accès au cegep, c’est du protectionnisme de donner le choix entre un cours de maths 416 et de maths 436 (à mon avis ce dernier devrait être obligatoire, selon la même logique qui ferait doubler le nombre de lectures dans les cours de français), c’est du protectionnisme d’agir ainsi et c’est le contraire même de la logique capitaliste qui anime notre monde.

Et tout ça dans quel optique? Bien sûr, se trouver un emploi, mais aussi être un bon citoyen capable de faire le bon choix (s’il y en a un) entre deux mauvais partis politiques (et ça je sais qu’il y en a).




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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