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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Dur dur de ne rien faire…

C’est mercredi soir et nous sommes las. En fait, ce n’est rien de nouveau, ça doit bien faire quatre ou cinq jours que nous sommes las. En fait, je parle de mercredi soir, mais cela pourrait bien être jeudi ou même vendredi puisque tous les jours se ressemblent. Au pire cet article sortira la semaine suivante, anyway ça ne fera pas un pli sur la poche de personne.

Je parle au nous car heureusement, je ne suis pas seul à vivre cette débâcle. Je la vis avec mon coloc et il se trouve que vous le connaissez, ce coloc. Il s’appelle Simon et c’est lui qui écrit l’édito pratiquement chaque semaine.

Vous aurez compris que nous ne foutons pas grand-chose de notre quotidien. Se tirer du lit alors que le soleil est bien haut dans le ciel, essuyer un surplus de bave sur la manche du piyama (excuser ma prononciation, elle provient d’une surexposition à des Péruviens) en remuant un arrière-goût de Doritos en bouche. Ce foutu sac de Doritos jonche justement sur le sol entouré de plusieurs miettes. Note à moi-même, achetez d’autres Doritos pour ce soir. Youppi, enfin un objectif à portée de main aujourd’hui. Encore faut-il qu’il me reste quelques sesterces en poche question de ne pas écouler les quelques billets verts qu’il me reste. Après tout, le premier février arrive à grands pas.

Une fois sorti de ma chambre, je bifurque sur ma droite et descends le palier afin de ramasser le courrier et La Presse qui m’attendent patiemment sur le pavé. Il y a ça de pratique en se levant plus tard que tôt : le facteur est déjà passé. Ironiquement, la seule lettre qui m’est destinée provient de La Presse et elle m’indique que mon abonnement tire à sa fin, ou plutôt que je leur dois plus de 150 tomates. Ils vont se les mettre où je pense, leurs tomates.

Je remonte les marches et je vais reposer mon cul nonchalamment sur une chaise de la cuisine. Autre constatation : Simon dort encore. Aucune trace vivante dans l’appartement outre une assiette remplie de miettes de pain et un verre de lait vide qui traîne sur la table, marque indélébile qui signifie que Simon est rentré tard… et seul. Même la plante n’est plus vraiment considérée comme vivante.

Comme chaque matin, je me précipite sur le cahier des sports. Décidemment, nous sommes gâtés, le CH a encore gagné hier soir. Kovalev a encore super bien joué à ce qu’il paraît. Bon dieu que j’aimerais pogner RDS cette année… Bon yeu, donne-moi une job.
Je me verse un bol de Muesli. Oui, oui, des Mueslis. C’est quand tu n’as pas assez de pognons pour t’acheter des Mueslix. Ça a l’air que le « x » coûte une piastre de plus. Faut croire que cette journée-là, il ne me restait pas assez de penny dans ma poche. Vous connaissez ma règle, pas question de dépenser un billet vert supplémentaire. C’est une question de survie.

Je me verse des Mueslis, donc. Merde, il n’y a plus de lait. Je regarde le verre de Simon qui traîne et je me demande momentanément si les quelques gouttes qui y sont toujours pourraient me rassasier quelque peu. Ouach, elles étaient chaudes.

− Salut.
C’est Simon qui vient de se lever.

− Ça fait longtemps que t’es là?

− Non, pas vraiment. Pourquoi tu grimaçais?

− Euh, bah rien d’important vraiment… euh… ils parlent d’échanger Huet.

− N’importe quoi.

Question de changer de sujet davantage, je prends une cuillérée de Muesli. Plutôt sec comme résultat.

− Ah ouin, désolé pour le lait.

Autre note à moi-même, acheter du lait également.

*********

C’est pas mal comme ça que se passe notre vie au quotidien. Je vous ai épargné le reste. Joutes de poker sur le net et branlettes en solitaire plusieurs fois par jour. Ah oui, à cela s’ajoute parfois l’envoi d’un C.V. question de chasser la culpabilité qui nous chatouille l’esprit de temps en temps.

D’ailleurs, on n’a pas besoin de s’appeler Bernard Landry pour comprendre ce que signifie Curriculum Vitae, mais il demeure que j’en ferais plutôt une traduction libre de Vie Coupable, ou encore Vie de Cul.
« Engagez-vous » qu’ils disaient. « Taux de placement de plus de 95% » qu’ils disaient lors de la journée carrière. Six ans plus tard, je découvre que l’on comptabilise ce satané taux de placement un an après avoir terminé le bac. Il faut que je me fasse à l’idée, il me reste donc encore une bonne dizaine de mois à vivre ainsi.

À dire vrai, ce nouveau style de vie ne m’incommode pas tellement. Vous savez, on s’habitue rapidement à ne rien foutre de sa journée. L’objectif (et l’enthousiasme qui vient avec) de se trouver une job se dissipe après quelques semaines infructueuses. On se lève chaque jour de plus en plus tard et les objectifs de la journée s’amenuisent du même coup. Au départ, on se lève le matin en lisant les petites annonces et la section carrière de La Presse, mais maintenant je les évite car c’est trop déprimant. Combien de C.V. envoyés sans réponse? Combien d’entrevues inutiles?

Tout ça pour dire que nous passons parfois plusieurs jours à ne pas mettre le nez dehors et que nos objectifs de la journée sont pour ainsi dire minimes. C’est pas des farces, sortir les poubelles devient tout simplement une corvée. Faut dire que c’est difficile quand tu ne sais même pas quel jour on est. Imaginez, afin que l’opération soit une réussite, il faut que le jour des poubelles concorde avec le manque de Doritos, tout en s’assurant que le ravitaillement de Doritos se fasse avant l’heure de ramassage des ordures. Et je ne vous parlerai pas du recyclage…

L’objectif ultime de se trouver une job devient vite un rêve inatteignable. On se lève le matin expressément pour cela, mais on se couche le soir avec un goût amer en bouche. Un peu comme la baise quoi.

Mots-clés : Emploi (1) Histoire (9)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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