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Sensibilisation des jeunes aux enjeux reliés à l’eau potable

Le 5 décembre dernier, je suis allée faire des présentations dans une école secondaire pour le projet « Eau pour le monde ». Le projet « Eau pour le monde » a pour but de sensibiliser les jeunes du niveau secondaire aux enjeux liés à l’eau potable dans le monde. Donc je me lève à 5h00 du matin car je dois aller rejoindre mon collègue au local d’ingénieurs sans frontière pour ramasser le matériel pour faire les ateliers. Nous voilà parti en direction de la rive sud à La Prairie.
À notre arrivé, on s’installe dans une classe. Nos élèves de la journée sont des étudiants de cinquième secondaire dans le programme étude internationale. On commence par se présenter, mon collègue et moi, aux étudiants tout en expliquant notre cheminement post secondaire au groupe. Ils sont en train de faire leur choix de carrière et c’est toujours encourageant pour les jeunes de voir les cheminements possibles qui s’ouvrent à eux pour leur avenir. Suite à cette petite présentation pour détendre l’atmosphère, nous entrons directement dans le vif du sujet pour réveiller les étudiants. Vous savez ce que c’est d’avoir 16-17 ans et d’avoir des cours à 8 heure 30 du matin. Alors on les bombarde de questions pour activer leurs méninges. « Quel pourcentage du corps humain est constitué d’eau ? ». Facile, 70% de notre corps est constitué d’eau, tout le monde a eu la bonne réponse. « Combien de personnes sur terre n’ont pas accès à l’eau potable ? » La question est moins facile, les opinions divergent. C’est une personne sur cinq qui n’a pas accès à de l’eau potable. Plus on avance et plus les questions sont difficiles. « Chaque jour, combien de personne meurent de maladies reliées à une eau insalubre ? » Pour cette question la majorité des étudiants ne connaissent pas la réponse. C’est 30 000 personnes qui meurent chaque jour d’avoir bu une eau insalubre. Dans la suite de la présentation, on leur explique un peu ce qui se passe dans le monde. Dans quels régions de la planète les gens ont peu accès à l’eau potable ? La plupart des jeunes répondent l’Afrique. Mais il y a aussi en Asie et en Amérique du sud que des populations n’ont pas accès à l’eau potable.

Eau contaminée : La petite histoire de Walkerton Walkerton est une petite ville en Ontario au Canada. En mai 2000, les réservoirs d’eau potable de la ville de Walkerton voient leur eau contaminée par E.coli. La plupart des souches de E.coli ne sont pas dangereuses pour la santé, mais la souche de E.coli qui a contaminée l’eau de cette ville canadienne est 0157 : H7. Les symptômes d’une infection à cette souche de E.coli sont des diarrhées sanglantes, crampes abdominales, fièvre, vomissements etc. Les symptômes varient d’une personne à l’autre. Bilan de l’infection : 7 morts et plus de 2 300 malades. La question qu’on se pose ici c’est si cette tragédie peut arriver dans une ville du Canada, dans un pays où les critères d’assainissement des eaux sont élevés, imaginez dans un pays où il n’y a pas de désinfection de l’eau potable !
Ce qui touche le plus les étudiants des groupes qui on suivit la présentation c’est quand on leur dit que la contamination des réservoirs d’eau avec la bactérie E.coli provient d’une contamination fécale. Les étudiants réalisent que c’est inacceptable.

« Mis à part les microorganismes, qu’est-ce qui peut contaminer l’eau ? » Les produits chimiques bien sûr ! Plusieurs produits chimiques peuvent se retrouver dans l’eau. On n’a qu’à penser aux métaux lourds comme le mercure qui peut faire des lésions au système nerveux de l’organisme, qui peut entraîner des troubles mentaux plus ou moins grave, insuffisance rénale, vomissement etc. D’autres métaux comme le plomb et le cadmium peuvent être très toxiques pour les organismes vivants.

Responsabilisation des étudiants à la consommation d’eau
« À votre avis, quelle pourcentage de l’eau du globe est accessible pour la consommation ? » Il y a 97,5% de l’eau sur terre se retrouve sous forme d’eau salé. Il reste 2,5% de l’eau qui se retrouve sous forme d’eau douce. Par contre, pratiquement 90% de cette eau est prise dans les glaciers des pôles ce qui nous laisse que 0,26%. Ce n’est pas fini, seulement 0,014% de l’eau est disponible puisque dans le 0,26% qui n’est pas pris dans les glacier une majeure partie se retrouve dans le sol ou dans l’atmosphère. Ça fait pas beaucoup d’eau ! « À votre avis, combien de litres par jour un Canadien moyen consomme ? » C’est plus de 350 litres par jour qui sont consommés chaque jour par personne au Canada. Ce qui fait de nous des « sur-consommateurs » d’eau. Au États-Unis les gens consomment en moyenne 380 litres d’eau par jour, en Italie 250L/jour, en Suède 200L/jour et en France 150L/jour. « Dans quoi consomme t-on le plus d’eau ?». Les étudiants ont des opinions qui varient entre deux choix : la chasse d’eau ou le bain et la douche. C’est dans les bains et dans la douche qu’on consomme le plus d’eau (35% de l’eau consommée) suivit de très près de la chasse d’eau (30% de l’eau consommée).

Les étudiants sont alors invités à donner des suggestions pour réduire la consommation d’eau : Mettre une bouteille remplie de sable ou d’eau dans le réservoir de la toilette pour diminuer la quantité d’eau dans la cuvette.
Fermer la douche pendant qu’on savonne nos cheveux.
Prendre des douches au lieu de prendre un bain.
Ne pas arroser son asphalte l’été.
Laver l’auto avec un sceau d’eau et une éponge.
Les idées ne manquent pas, les étudiants ont de l’imagination.

Fabrication d’une station de filtration Bon, assez parlé ! Il est maintenant le temps de se dégourdir les jambes. Les étudiants doivent construire un mini filtre à eau. Les étudiants se mettent en groupe de 5 à 6 personnes et chaque équipe représente un pays. Au total, on a six pays : États Unies, Canada, Ouganda, Ghana, Éthiopie et Cameroun.

Alors chaque pays (équipe) reçoit une fiche avec des données sur le pays (nb habitants, revenu par habitant etc.) et au verso un protocole. Pour le Canada et les États-Unis, le protocole est parfaitement lisible. Par contre, pour les pays d’Afrique les protocoles sont illisibles. Lorsqu’on demande aux étudiants pourquoi les protocoles sont illisibles, ils comprennent tout de suite que c’est parce que beaucoup de gens dans ces pays ne savent pas lire. De plus, chaque pays reçoit des sommes d’argent différentes pour concevoir leur station. Les États-Unis ont 1000$ tandis que l’Éthiopie a 20$. En fait, avec l’argent de toutes les équipes, on peut acheter le matériel nécessaire pour construire les 6 stations sans problème, mais les étudiants ne le savent pas.

Ils ont 20 minutes pour réaliser leur station. Un représentant par équipe vient nous voir pour acheter leur matériel. Les premiers arrivés sont les États-Unis et le Canada « On prend de tout ! » Pas très compliqué pour ces deux équipes ! Les autres équipes doivent user de leur génie pour réaliser leur construction. On coupe sur des étapes, on doit choisir les constituants qui sont les plus importants. Mais il ne faut pas oublier que pour ces équipes, ils sont incapables de lire le protocole. On doit sélectionner entre le sable, le gravier fin, le gravier grossier, filtre, coton etc. Le choix est difficile. Des équipes qui représentent les pays d’Afrique demandent de l’argent au pays riches (Canada et États-Unis). Sur les trois groupes qu’on a eu dans la journée, seulement le groupe du matin a partagé son argent ! Dans les deux autres groupes, le Canada et les États-Unis ont peu ou pas du tout partagé l’argent. Il est incroyable de voir qu’un petit atelier comme celui-ci peut être représentatif de la réalité.

Le temps est écoulé, on passe à la filtration. À la grande surprise de tous, parmi les trois groupes, ce sont les pays de l’Afrique qui ont eu l’eau la plus propre. Il faut croire que la débrouillardise peut faire toute la différence.

Un retour sur l’atelier est alors fait. « Croyez-vous que cet atelier est représentatif de la réalité ? » la plupart dit oui. Bien sûr, on fait un retour sur le partage de l’argent. « Quel pourcentage du PIB du Canada est envoyé pour le développement internationale ? » Les étudiants répondent : 15%, 10% et 20%. Ouf ! On leur répond que le Canada s’est engagé à donner 0,7% de son PIB et qu’il ne respecte même pas ses engagements puisque seulement une maigre contribution de 0,34% est distribuée par le Canada dans les pays en voie de développement. C’est très loin d’être ce que les étudiants s’attendaient !

Évidemment, dans cette situation on se sent impuissant. Qu’est-ce qu’un étudiant de cinquième secondaire peut faire pour changer le monde ? Tout justement !

L’histoire de Ryan Ryan a tout juste 6 ans quand il apprend à l’école que des enfants meurent après avoir consommé de l’eau insalubre. Ryan revient chez lui et demande à ses parents 75$. 70$ serviront à acheter un puit et les 5$ à payer un repas chaud au gens qui construiront le puit. Il est extrêmement surprit quand il apprend qu’il faut 2 000$ pour construire un puit, mais Ryan ne baisse pas les bras. Ryan entreprend de faire de petits travaux pour amasser de l’argent. Pendant ce temps l’organisation Canadian Physicians for Aid and Relief propose à Ryan un endroit où construire son puit. Ryan souhaite que son puit soit construit près d’une école. En 2000, grâce à des points de vols qu’un de ces voisins à réussit à accumuler, Ryan part avec ses parents dans une école primaire à Angolo en Ouganda pour voir son puit et rencontrer les enfants. Les actions de Ryan ne s’arrêtent pas ici. Avec l’aide de sa famille, il démarre la fondation Ryan’s Well. Jusqu’à maintenant il a ramassé plus de 800 000$ et a construit plus de 70 puits en Éthiopie, Kenya, Malawi, Ouganda, Zimbabwe etc.

Aujourd’hui Ryan a 16 ans et il continue toujours ses activités. Ryan n’a pas reçu de formation spéciale et il n’avait pas plus de crédibilité que chacun d’entre nous. Pourtant, il a réussit quelque chose de grandiose !

Le mot de la fin La cloche sonne, on finit sur une bonne note. On laisse un peu d’espoir. Nous n’avons peut-être pas touché tous les étudiants avec cette présentation. Même si ce n’est qu’une seule personne parmi les trois classes qui aurait été touchée par cet atelier, alors nous aurons fait notre part.

Nous somme toujours à la recherche de bénévoles qui voudraient bien donner des présentations dans les écoles. Ça demande très peu de temps et les horaires sont flexibles. Vous choisissez les plages horaires qui vous conviennent. Même si vous pouvez faire qu’une seule représentation dans la session c’est déjà beaucoup.

Pour plus d’information sur le projet eau pour le monde vous pouvez contacter Tyler Ball :
tyler.ball, polymtl.ca. Elle vous informera des prochaines formations pour les ateliers, qui auront lieu bientôt.
Pour plus d’information sur la fondation Ryan’s Well visiter le site : http://www.ryanswell.ca

Mots-clés : ISF (11)

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