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iDéchet

Le phénomène des déchets électroniques est une problématique relativement récente parmi celles des déchets domestiques en général. Plusieurs définitions de déchets électroniques existent : certaines incluent les électroménagers en plus du matériel informatique, audio et vidéo, d’autres non. La définition qui sera utilisée dans l’article inclut tous les produits qui contiennent des circuits imprimés.

Ce qui rend particulières les composantes électroniques en tant que déchet est leur complexité, leur toxicité et leur multiplication. En effet, comme la loi de Moore le prédit, la vitesse des ordinateurs augmente de façon exponentielle, ce qui réduit constamment leur durée de vie, qui est passée de 6 à 2 ans entre 1997 et 2005. Selon Greenpeace, 183 millions d’ordinateurs ont été vendus en 2004 et on estime que 716 millions seront en service dans le monde en 2010. En conséquence, 20 à 50 millions de tonnes de déchets électroniques sont générées chaque année. Le portrait est tout aussi impressionnant pour les téléphones cellulaires : 674 millions d’unités vendues en 2004, 30 % de plus qu’en 2003, avec une durée de vie de moins de 2 ans.

En plus de leur quantité, les déchets électroniques contiennent une panoplie de substances toxiques, ce qui les rend particulièrement inappropriés pour l’enfouissement simple. Les substances les plus menaçantes par leur quantité et leurs effets sont le plomb, le mercure, le cadmium, les retardateurs de flamme bromés et le chrome hexavalent.
La norme européenne RoHS (Restriction of Hazardous Substances Directive) en vigueur depuis l’année dernière, régit ces substances. Malgré les améliorations qu’elle a entraînées, les déchets électroniques contiennent toujours du plomb compris dans la fabrication du microprocesseur, et du mercure qu’on retrouve dans les écrans plats. Intel a cependant récemment annoncé que les prochaines familles de microprocesseurs ne contiendront plus d’interconnecteurs au plomb. D’autres substances comme le polychlorure de vinyle (PVC), les phtalates et le brome sont aussi visés par les groupes environnementaux pour leur menace potentielle durant le recyclage, mais ne sont pas encore proscrits par quelconque législation. Greenpeace a retrouvé, à la suite d’une enquête cet automne, ces substances dans les ordinateurs portables des 6 principales marques dans ce domaine, c’est-à-dire Sony, HP, Toshiba, Dell, Apple et Acer.

Vu la complexité des déchets électroniques, leur recyclage s’avère beaucoup plus difficile que le recyclage conventionnel, et est donc plus coûteux. Conséquemment, une énorme quantité est envoyée en Chine et en Inde où la main-d’oeuvre est plus abordable et les normes environnementales et du travail beaucoup moins fortes. Ainsi, les procédés sont beaucoup moins contrôlés, ce qui présente un danger pour les populations locales. Par exemple, l’incinération du PVC pour récupérer le métal de fils produit des dioxines et des furannes très toxiques. Et tout ça sans parler de la microfabrication des circuits intégrés qui utilise des cocktails néfastes pour la santé et l’environnement, et dont le silicium n’est pas recyclable. En effet, la pureté du silicium nécessaire pour fabriquer les transistors constituant le microprocesseur est trop élevée pour permettre un recyclage postconsommation, étant donné que le silicium est dopé avec plusieurs éléments durant la microfabrication.

Quelle attitude faut-il donc adopter en tant que consommateur? Comme l’élimination des déchets électroniques est problématique peu importe ce qu’on en fait (recyclage, incinération ou enfouissement), il est préférable d’opter pour la réduction. Ainsi, selon moi, il est environnementalement préférable d’acheter un ordinateur haut de gamme qui durera plus longtemps qu’une version bas de gamme, malgré le coût supplémentaire engendré. De plus, Greenpeace évalue les grandes entreprises d’électronique pour leurs mesures environnementales concrètes. On retrouve sur leur site (www.greenpeace.org/electronics) un classement qui est mis à jour tous les trois mois. Ainsi, le fabricant de téléphones cellulaires finlandais Nokia remporte toujours la première position ayant éliminé les PVC et retardateurs de flamme bromés de leurs téléphones. Suivent de près Sony Ericsson, Sony, LG et Dell. Les pires sont Panasonic, HP, Apple et Toshiba, ces derniers n’ayant pas éliminé d’importantes substances toxiques de leurs produits. D’ailleurs, le dernier-né d’Apple, le iPhone, ne fait pas exception et n’est pas indicateur d’amélioration même après la promesse de la compagnie pour « a greener Apple ».

En dernier lieu, s’informer en profondeur sur les substances nocives contenues dans l’appareil électronique qu’on souhaite s’acheter, que ce soit un ordinateur ou un aspirateur, semble la solution la plus appropriée en tant que consommateur. Par exemple, la plupart des fabricants d’ordinateurs fournissent sur leur site internet une fiche des substances toxiques contenues dans leurs produits. Il est également pertinent de s’informer de leur politique de recyclage ainsi que de celle du vendeur. Et n’oubliez pas, acheter c’est voter!




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