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Justification historique du racisme anti-vietnamien

Par Antoine Phirun Pich

La haine des Vietnamiens ne date pas d’hier chez les Nations en contact direct avec cette population, telles le Laos ou le Cambodge. J’aborderai ici cette question sous un angle critique, mais j’aimerais tout d’abord souligner que cet essai ne se veut nullement une provocation ; il soulève, certes, une polémique quant à son objet, mais soyez assurés que mon intention ne se résume qu’à un étalage de faits tirés de sources sûres qui expliquent réellement l’hostilité entre le Cambodge et le Viêt-nam.

« Il n’existe nulle part au monde deux peuples voisins plus éloignés par les mœurs ; presque toujours les deux termes cambodgien, annamite [vietnamien], viendront s’opposer comme deux antithèses » (Docteur Pannetier, 1917). Diverses raisons d’ordre politique et historique rendent intelligible ce phénomène. Selon Keith Weller, dans The Birth of Vietnam (1983), que le pays fût une province chinoise durant douze siècles, jusqu’en 939 apr. J.-C., n’atténua en rien son désir avide de s’approprier les territoires d’autrui. « Because of the uneasy relationship with China, the Vietnamese looked to the south and became expansionist conquerors for the next thousand years. » Cette expansion barbare vers le sud, baptisée si fièrement le « Nam Tien », donna lieu, d’une part, à l’anéantissement du royaume islamique du Champa (XVe siècle) et, d’autre part, à l’invasion de la partie méridionale de l’empire khmer, d’où la forme anormalement oblongue du Viêt-nam actuel. En 1949, la France, de manière politiquement délibérée, annexa ce territoire cambodgien du delta du Mékong (65 000km2) au Viêt-nam ! Ce dernier envahit totalement le Cambodge en 1979, pour ne le restituer qu’en 1989. Au cours de ces dix années, un « processus d’ethnocide », comme l’affirme Marie-Alexandrine Martin dans La « vietnamisation » du Cambodge (1988), s’amorça progressivement. Ce fut, en fait, une tentative d’oblitération de la culture khmère par dénaturation vers les habitudes vietnamiennes; une tentative difficile, toutefois, eu égard à la dissimilitude des caractères physiques et culturels entre les deux peuples.

Je vous épargne une discussion des atrocités « à la nazie » commises au cours de cette période pour n’énumérer que brièvement les diverses tactiques du gouvernement vietnamien ayant pour but l’assimilation du peuple khmer (cambodgien). Selon un article publié dans l’Indochina Report de septembre 1986, les nouveaux maîtres du Cambodge ont non seulement promu l’immigration massive de plus d’un million de colons vietnamiens dans le pays, mais ont carrément chambardé les bornes frontalières à leur avantage. L’éducation a par ailleurs été pervertie pour y inclure l’apprentissage du vietnamien ; la télévision, la musique, la religion et l’habillement ont tous été travestis par des attributs proprement annamites.

Ainsi, il est ancré dans la mentalité cambodgienne que le Viêt-nam est synonyme de malveillance. D’ailleurs, le vocable « yuon », qui désigne « vietnamien » dans la langue khmère, tire sa racine étymologique du terme sanskrit « yavana », qui signifie « barbare ». La constitution même du Cambodge est imprégnée de cette mentalité ; elle promeut implicitement la protection de la nation contre l’ennemi vietnamien. En effet, ses articles 49 et 52 disposent respectivement que « tout citoyen khmer a l’obligation de contribuer […] à la défense de la patrie » et que « le gouvernement royal du Cambodge s’engage fermement à défendre l’indépendance, la souveraineté, l’intégrité territoriale du Cambodge […] pour protéger l’unité nationale ».

Bref, il est un fait que la méfiance et l’antipathie des Cambodgiens à l’égard de leur voisin malintentionné constituent le produit indéniable des agissements déloyaux de la population vietnamienne ainsi que de son gouvernement, qui ne cessent de convoiter, de s’enrichir et de pulluler sur un territoire qui n’est pas le leur, malgré les traités de paix et les conventions internationales. Il est vrai que sous ce sentiment anti-vietnamien, se cache une forme de racisme susceptible de mener à de la discrimination basée sur l’origine ethnique. Au travers de mon éducation, j’ai acquis les valeurs d’une société démocratique ; le racisme et la discrimination ont toujours heurté mon sens de la justice. Cependant, lorsqu’un peuple demeure constamment opprimé et qu’il est victime d’ethnocide – comme en l’occurrence –, une telle forme de racisme ne serait-elle pas légitime ? Je ne sais pas. Ce dont je suis certain, par contre, c’est que le peuple khmer n’implore que le respect de sa culture, de son intégrité territoriale et des droits et libertés fondamentaux, conformément aux Accords de Paris sur la souveraineté du Cambodge (dont le Viêt-nam est signataire depuis 1991) ainsi qu’à la Charte des Nations Unies, une organisation dont le Viêt-nam fait partie.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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