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Oncle Camé au Festival du Nouveau Cinéma (prise 2)

Les récompenses du Festival du Nouveau Cinéma 30ème du nom ont été attribuées samedi passé à l’Ex-Centris lors d’une cérémonie animée par Denys Arcand à laquelle j’ai bien pris garde de ne pas assister. Car ce genre d’évènement s’apparente plus souvent qu’autrement à des séances d’autocongratulations, où les artisans et professionnels du métier affichent des mines satisfaites de navets confits, dans lesquelles on se dit combien on est doué, brillant, chanceux d’œuvrer dans un domaine aussi noble que le cinéma, mais où le cinéma est justement toujours le grand oublié de la soirée.

Ayant suivi à la lettre le conseil d’un proche ami qui me gratifia un jour de cette maxime « tu n’y as pas été, donc tu peux en parler », je n’ai donc pas assisté à la cérémonie et je vous laisse le soin de juger du degré de cynisme ou de sagesse infinie que recèle le paragraphe précédent. Toujours est-il, j’ai quand même vu des films à la deuxième semaine du festival, en particulier des documentaires (je n’ai malheureusement pas pu assister à la projection, faute de temps, de Redacted de Brian de Palma, docu/fiction sur les exactions de l’armée américaine en Irak, dont la sortie prochaine sur grand écran s’annonce intéressante). En voici deux, livrés spécialement en pâture à ceux qui lisent le Polyscope pendant leurs heures de cours (c’est mal, ça!).

L’avocat de la terreur

Dans ce documentaire présenté au dernier festival de Cannes, le cinéaste et documentariste Barbet Schröder (Général Idi Amin Dada, Barfly), dresse un portrait du célèbre et énigmatique avocat français, Jacques Vergès.

Le documentaire est construit sur un long entretien avec l’avocat, entrecoupé de témoignages et d’images d’archives, qui entreprend de reconstituer l’itinéraire de Vergès depuis ses premiers engagements envers la cause du FLN algérien jusqu’à la défense de Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo de Lyon, en passant par l’affaire Carlos. Les différents témoignages des protagonistes de l’époque sont disposés de façon à pouvoir confronter la parole de Vergès pendant l’entretien, la légitimer ou l’invalider, mais sans jamais pouvoir confirmer la véracité des faits.

Né au Vietnam, s’étant engagé dans la résistance française lors de la seconde guerre mondiale, Vergès est solidaire des mouvements anticolonialistes qui se développent dans les milieux étudiants français au début des années cinquante. Défenseur des résistants du FLN algérien condamnés pour avoir commis des attentats lors de la bataille d’Alger, il épouse, après l’indépendance de l’Algérie, Djamila Bouhired, condamnée à mort pendant la guerre puis graciée grâce à une campagne internationale qu’il anime.

C’est lors de ses plaidoiries dans les tribunaux d’Alger, dans des ambiances de lynchage, qu’il élabore une stratégie défensive, dite de rupture, ou l’accusé devient accusateur : les « terroristes musulmans » du FLN sont des « résistants » et l’état français devient « tortionnaire ». Cette attitude est en opposition avec la défense pratiquée jusque là, dite de connivence, qui consiste à reconnaître la culpabilité des militants du FLN dès le départ, puis de quémander une remise de peine qui est rarement accordée.

Dans les années 60, on retrouve Vergès défenseur de la cause palestinienne, puis il disparaît durant 8 ans, période sur laquelle il entretiendra toujours un grand secret et dont le documentaire n’arrive d’ailleurs pas à percer le secret, sauf pour infirmer la thèse du refuge au Cambodge. Il réapparaît en 78 et devient l’avocat d’activistes ayant choisi la lutte armée contre l’impérialisme. L’une des affaires l’ayant amené à être le plus médiatisé sera la défense de Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo de Lyon.

L’ambiguïté du personnage, aussi intelligent qu’ironique et mystérieux (à la question posée par un journaliste : « auriez-vous défendu Hitler? », il répond « mais je serai même prêt à défendre Bush!…à condition qu’il plaide coupable. ») empêche en quelque sorte Shroeder de montrer ses différents engagements comme contradictoires; mais est-ce vraiment sa volonté? On en doute. Lorsque confronté à des questions qu’il juge impertinentes ou dérangeantes, Me Vergès se contente de souffler la fumée de son cigare au visage de l’interviouveur et de sourire énigmatiquement. Tout cela nous laisse penser que la « vérité » n’est pas toujours facile à cerner lorsqu’elle est drapée de paradoxes et de contradictions et c’est ce qui fait toute la beauté de ce documentaire. En espérant qu’il sorte en salle bientôt ou qu’il se retrouve rapidement sur les tablettes des vidéothèques.

Lynch


Pendant deux ans, une équipe a suivi le cinéaste David Lynch (est-il nécessaire de présenter l’auteur de Twin Peaks et Mullholand Drive) pendant le tournage de son dernier film sorti l’année passé, Inland Empire. Plus de 700 heures ont été filmées, que ce soit chez lui ou pendant la production à Lodz en Pologne ou à Los Angeles. En est sorti ce documentaire, simplement appelé Lynch, qui a pour but de montrer le réalisateur en plein processus de création et parler de ses intérêts artistiques.

Seulement, l’exercice s’annonce plus difficile que prévu tant Lynch se refuse à jouer le rôle du maître administrant des leçons de cinéma et d’art à petites doses, se montrant de plus beaucoup moins excentrique que prévu (à notre grand soulagement d’ailleurs). Nous retiendrons sa fascination pour les décors lugubres et glauques (en particulier les usines désaffectées), sa passion pour la méditation transcendantale prônée par le yogi Maharishi Mahesh ainsi que son humour caustique (voir l’anecdote où il raconte comment il a un jour essayé de faire exploser une vache morte lors d’un tournage). C’est maigre, compte tenu des prétentions initiales des instigateurs du projet, et c’est dommage vu le calibre du cinéaste et du personnage qu’est David Lynch. On verrait bien ce documentaire en bonus dans une future édition collector du DVD d’Inland Empire, sans plus.

<< Prise 1

Mots-clés : Cinéma (60)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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