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Une question d’humanité

Psychologue de son état, la quarantaine, affecté au recrutement et au suivi des cadres de l’entreprise, Simon est une dent du pignon des systèmes industriels. Il est l’homme qui garantit à la compagnie qui l’emploie de disposer des ressources humaines à même de pourvoir à ses besoins ; grâce à lui, les cadres recrutés correspondent au profil de la compagnie : leurs performances sont menées à l’apogée.

Voici l’atmosphère corporatiste servant de point de départ au nouveau film de Nikolas Klotz, La question Humaine. Et ce réalisateur passionné de cinéma nous plonge avec lui dans le monde qu’il construit où l’image lustrée de Klotz pousse à l’adulation cinéphile avant de laisser place à une forme de terreur.

Simon, admirablement incarné par Mathieu Amalric (Quand j’étais chanteur; Fin août, début septembre), est davantage qu’une pièce mécanique dans une machine bien huilée. Il est aussi, et a été, l’acteur qui aide l’entreprise quand vient l’heure des choix crucieux : procéder au dégraissage du personnel en désignant les candidats à la mise à pied. Et Simon s’acquitte de sa tâche avec un professionnalisme entièrement dédié aux intérêts de ses employeurs, et le fait d’une manière qui confine à une froide opération éliminatoire et disqualificative qui rejette sans merci les égrotants pour ne garder que le sain et le valide.

Nul remord chez Simon. Ce qui compte pour lui, c’est le bon fonctionnement de la firme. Cette glaciale perspective est pourtant mise à mal quand Simon se fait confier son ultime mission : investiguer l’état mental du maladif directeur Mathias Jüst qu’incarne terriblement Michael Lonsdale (Munich ; 5×2).

Les préoccupations de ce directeur vont pousser Simon à se questionner sur son propre rôle. Profondément marqué par le nazisme et la Shoah, le directeur Jüst mène le jeune psychologue industriel à percevoir une similarité entre son activité professionnelle et le productivisme dont faisait preuve les auteurs des crimes nazis. Même froideur face aux être humain; même comptabilité de scalpel asceptisé; même anonymie des protagonistes dans l’éradication. Ce questionnement nous incite à considérer d’un regard pantois le monde moderne.

Unanimement applaudi par la critique en France, ce film angoissant aura à rencontrer le public québécois à compter du 26 octobre. Convainquant par ses qualités esthétiques et son intelligence, ce film aura probablement du mal à faire valoir ses arguments, son message par trop incisive et son atmosphère inconfortable et brutale.

Mots-clés : Cinéma (60)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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