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Céline Dion ou le bonheur éphémère

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  • Du 16 octobre au 24 novembre 2007 se jouera au Théâtre de la Licorne une pièce du jeune auteur québécois, Olivier Choinière, mise en scène de Sylvain Bélanger. Mettant en scène des visages bien connus des Québécois – Murie Dutil (Virginie), Roger La Rue (Temps dur), Maxime Denommée (Rumeurs, Grande Ourse), Isabelle Roy – Félicité, à travers un traitement imaginaire, irrationnel et non-linéaire du bonheur, force le spectateur à se laisser porter par le récit et cesser d’y rechercher une structure fixe.

    Par économie de paroles, nous pourrions affirmer que le thème, ou plutôt le véhicule de la thématique du bonheur, c’est Céline Dion. Cela devrait avoir pour effet de rassurer ceux qui n’apprécient pas ce que Céline fait ou même ce qu’elle est du fait qu’ils se délecteront très certainement de la peinture quelque peu satirique de la star. D’entrée de jeu, quatre travailleurs se remémorent dans les moindres détails, avec la plus grande précision dans les paroles dites et les gestes exécutés, le passage sur scène, à Vegas, de l’artiste québécoise. « I am so happy to be with you here today, and I love you so much. » S’enchaîne bien évidemment The Power of Love. De la bouche de Céline émaneront ici et là au fil de la pièce des paroles anglaises qui contribuent à délimiter l’espace superficiel de sa vie mondaine. Le bonheur de Céline, submergé par son palais, ses domestiques, son René, prend racine d’abord et avant tout dans le regard que lui portent ses fans. Au-delà de sa célébrité, la Céline de Choinière vie d’un pathétisme effrayant. « Oh ! Des fleurs – they smell so good » – mais elles s’avèreront être faites de pastique. Pauvre Céline. Vraiment, le spectateur sera ravi de la caricature.

    Dans une perspective élargie, autant en termes d’économie de paroles que de la portée de la thématique même, Félicité raconte l’histoire d’une caissière des plus banales en possession d’un pouvoir particulier : celui de procurer le bonheur suprême. Par le biais de son imaginaire, devant la morosité de son quotidien, Caro (Isabelle Roy) s’évade et rêve. Sa relation avec ses collègues et son patron la poussant à s’exclure davantage, à passer ses pauses-cafés dans les toilettes, à manger son repas en solitaire, Caro a néanmoins le pouvoir d’atteindre la félicité. Lorsqu’elle fait la découverte de la lettre d’une femme malade à son idole de toujours, Céline, Caro parvient à établir un pont entre les deux individus et nous rappelle que nos rêves sont souvent près d’être réalité.

    Certaines transitions dans l’œuvre de Choinière sont tout autant déconcertantes qu’elles constituent le noyau original de la pièce. Alors qu’elles risquent de choquer le spectateur non-averti, ces élans imaginatifs de l’auteur laissent flotter le message de la pièce au-dessus d’un courant d’incertitudes. C’est ainsi que Caro (ou Isabelle, la malade?) ressent soudainement une nausée peu commune lors d’une de ses nombreuses visites quotidiennes aux toilettes. Non seulement vomit-elle, mais dans un élan surréaliste Caro régurgite aussi son intérieur, ses organes vitaux, ses membres qui se retournent comme un gilet, les veines et la chaire interne en saillies, son squelette s’extrayant en entier. On cogne à la porte des toilettes et Caro se demande quelle serait la réaction de la personne à la vue du spectacle de son corps invaginé. De retour au monde normal, Caro, sens dessus dessous, reprend ses activités de caissière et vole les fleurs en plastique apparues plus tôt dans la pièce.

    L’œuvre du jeune Choinière s’inscrit parfaitement bien dans son parcours d’auteur. C’est à travers la structuration d’univers fous, inusités et uniques qu’il réussit à susciter chez le spectateur des sentiments desquels le théâtre plus traditionnel semble nous tenir à proximité. Applaudissons donc la relève qui sait façonner l’art bien à sa manière.

    Mots-clés : Théâtre (89)
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