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Oncle Camé au Festival du Nouveau Cinéma

Ou comment j’ai snobé Denis Arcand et Pecho, une superbe actrice hongroise

Comment revenir après une longue absence? Avec une implacable force, la question s’impose à moi comme elle s’imposa jadis à Ulysse, Robinson Crusoë ou, plus proche de nous, Paris Hilton et Bertrand Cantat. Comment faire un come back discrétos sur les pages du Scope sans éveiller les commentaires envieux et les mauvaise langues ? Très simple, aller visionner des films au FNC pour le compte de Marilyn, séduire des actrices d’Europe de l’Est candidates à l’immigration clandestine, snober des réalisateurs en vogue puis venir rendre compte en page 7 de mes pérégrinations entre le Cinéma Impérial et Ex-Centris.

Au menu du 36e Festival du Nouveau Cinéma de Montréal , des films de tous les horizons, avec en vedette L’âge des ténébres d’Arcand, Persepolis de Marjane Satrapi et I’m not There de Todd Haynes.
La programmation du FNC a quand même de la gueule et bat haut la main celle, régulièrement pitoyable, du FFM. Une mention spéciale pour la section Temps 0 qui présente une programmation de films décalés et loufoques mais qu’on ne risque malheureusement pas de retrouver sur nos écrans de cinéma prochainement, à moins d’une grosse surprise.

C’est bien beau vous raconter ces menus détails inutiles, mais il faut aussi justifier les passes gratuites que j’ai obtenues, gracieuseté de Michael-Oliver Harding, attaché de presse au FNC, à qui j’ai promis une couverture du tonnerre de son festival chéri. Mais t’as pas voulu me donner une accréditation, alors si je déconne un peu par ci par là, faudra pas m’en vouloir. J’arrive pas à croire que le journaliste poche du Journal de Montréal en a eu une et pas moi ! Le message est passé pour l’année prochaine…

Smiley Face

Jane, jeune actrice ratée, givrée et continuellement défoncée au cannabis s’apprête à vivre une journée mouvementée. Elle doit payer son loyer, passer une audition et rembourser son dealer attitré. Le matin, affamée, elle ne peut s’empêcher d’engloutir les gâteaux que son colocataire psychopathe a laissé traîner, ignorant qu’ils contiennent de l’herbe. Cette trame marque le début d’une aventure rocambolesque à travers les rues de L.A (ou S.F ? j’ai trop fumé avant la projection je m’en souviens plus) qui amènera Jane à se trouver en possession de l’original du manifeste du Parti communiste !

Déjà présentée à la quinzaine des réalisateurs de Cannes en mai dernier, la dernière réalisation de Gregg Araki, qui tranche avec son dernier, Mysterious Skin dramatique et émouvant, reste une comédie sans prétentions mais réussie et sympathique à souhait. Dans une performance peu glamour mais diablement efficace Anna Faris tire bien son épingle du jeu tout comme Adam Brody dans le rôle d’un nerd introverti.

Hold The Door

Hold the door est l’histoire d’une amitié malheureuse entre le naïf et candide Eugène et le brutal Hector, miné par la jalousie lorsqu’une liaison amoureuse se développe entre Eugène et sa petite amie Monica. Cette relation platonique s’oppose à la passion maladive d’Hector pour Monica, et ce dernier sombrera peu à peu dans la violence jusqu’à commettre l’irréparable.
Inspiré de l’Idiot de Dostoïevski, ce film de Mike Johnson touche souvent sa cible lorsqu’il s’agit d’illustrer les tensions psychologiques entre les protagonistes et de dépeindre l’atmosphère glauque et étouffante d’un Washington plus urbain que jamais. On reste malheureusement une coche ou deux en dessous d’un Polanski (puisque son nom est cité à titre de comparaison dans le synopsis du film fait par festival), maître en la matière. Hold the Door recèle toutefois des éléments intéressants : filmé avec sobriété, bien mis en scène et bénéficiant d’une prestation honnête des acteurs, il mérite le détour.

VHS Kahloucha

Moncef Kahloucha est peintre en bâtiment à Kazmet, un quartier paumé de la ville de Sousse en Tunisie. Mais la vie de Kahloucha ne s’arrête pas à couvrir des murs de blanc, il est aussi féru de cinéma et compte déjà à son actif plusieurs films dont Kont ya pas d’argent maintenant bocoup d’argent et Frankenstein Kahlouchein, tournés en VHS, s’il vous plaît!

Pour son premier film VHS Kahloucha, le réalisateur tunisien Nejib Belkadhi nous propose de suivre Moncef dans la confection (le terme artisanal s’impose en ce cas) de son dernier opus le Tarzan des Arabes.

Films de gangster, westerns et d’horreur, toutes les inspirations de Kahloucha sont mises à contribution pour la réalisation de son film. Les membres de sa famille mais aussi des alcoolos de sa connaissance (qui se font rémunérer par des bouteilles de vin et de bière) et les gens de son quartier se font une joie d’y jouer les malfrats, motards, chefs de bande ou de faire de la simple figuration. Pour ce qui est des décors, les meubles et maisons de ses derniers feront largement l’affaire! Toujours tourné avec les moyens du bord, le film est par la suite monté, puis projeté dans les cafés de la ville.

VHS Kahloucha, en plus d’être complètement loufdingue et émouvant, rend un bel hommage à la passion du cinéma et aux gens de ce quartier déshérité de Kazmet qui ont décidé par l’astuce et le rire de fuir l’oppression et la misère.

Nightwatching

En 1654 à Amsterdam, Rembrandt se réveille en sursaut : il vient de rêver qu’il est aveugle. Ce cauchemar le replonge 12 ans en arrière, alors qu’il travaille sur son oeuvre la plus célèbre, La ronde de nuit. Répondant avec réticence à une requête de la milice des mousquetaires d’Amsterdam, bande de soldats amateurs et vaniteux, qui lui demandent un portrait de groupe, il ne sait pas peindre avec complaisance et pressent que ce tableau précipitera sa chute.

Peter Greenaway (8 femmes ½) est un grand lyrique et sa rencontre avec le maître de la peinture flamande fait des étincelles. Tourné dans un style baroque et porté par de très belles images et une superbe trame musicale, Nightwatching est une belle introduction au génie de Rembrandt, personnage d’une rare intelligence, bon vivant et grand jouisseur. À voir avec intérêt !

Deficit

Une journée de la vie de Cristobal. La vingtaine, appartenant à la jeunesse dorée mexicaine. Fan de hip-hop et étudiant en économie, il est le fils d’un politicien véreux. À travers son personnage, le film explore une certaine classe de la société mexicaine riche et nantie et sa relation avec la classe pauvre incarnée par le personnage du jardinier de la villa de Cristobal. En voulant illustrer les tensions économiques et raciales gangrenant la société mexicaine, cette première réalisation de Gael Garcia Bernal (Science of Sleep, Babel) reste pourtant d’une fadeur et d’une platitude rare. Elle ne réussit qu’à (mal) montrer une bande d’adolescents écervelés passant leur week-end à boire, danser et flirter sous l’œil envieux et concupiscent des serviteurs.

Bernal joue à côté de ses pompes tout comme le reste du casting, la mise en scène est quelconque et la musique assourdissante. Bref, ce film souffre vraiment d’un déficit de crédibilité et de bon goût.

La suite …




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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