Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Le Doute

«1964, une école catholique dans le Bronx. Le père Flynn, un prêtre de la paroisse, entraîneur de basketball, est soupçonné d’avoir fait des attouchements sur un garçon de douze ans. Sœur Aloysius, directrice de l’école, a des doutes sérieux sur la moralité du prêtre mais n’arrive pas à établir les preuves nécessaires à son renvoi. »

Alors, dans le doute, qu’est-ce que sœur Aloysius, jouée par Louise Laprade, fait ? Elle raconte des menteries et sème le doute. « Dans la poursuite du mal, il faut parfois s’éloigner de Dieu» nous confie-t-elle. Bravo ! Toute une moralité ! On dit mensonges ou menteries ? On ne ment pas ! De la part d’une religieuse stricte, austère, rigide, qui accuse une de ses institutrices d’avoir trop de plaisir à enseigner l’histoire (le genre de plaisirs auxquels on serait confiné en l’absence de boissons euphoriques à l’éthanol © pour citer l’expression de Renaud d’André), c’est du joli. La fin justifie les moyens me direz-vous. Le doute plane.
Et si elle avait raison ? Les questions directes et courageuses de la directrice deviennent presque choquantes dans un contexte de secret. Le père Flynn, joué par Gabriel Sabourin, qui se débat comme un diable dans l’eau bénite (rire en coin), finit par avoir l’air de se mettre les deux pieds dedans. Dans l’enfer, on s’entend. Le doute, l’incertitude, la crainte, le soupçon, et même la suspicion font partie du quotidien de nos relations avec les autres. On n’est jamais sûr de rien comme disait l’autre. La vie n’est ni une enquête à la Colombo, ni une paranoïa grandeur nature. Parce que finalement, à cause du doute qui ronge et gruge, on finit par voir des choses qu’on n’aurait pas vues et interpréter les événements différemment. Notez bien que je ne minimise ni ne sanctionne par contre la gravité des actes probablement commis par le prêtre.
La pièce expose de manière subtile les contradictions de la religion et de la nature humaine. Le système hiérarchique de la religion catholique a été construit pour facilité les secrets et fournir des grands bacs de sable à ceux qui voulaient jouer à l’autruche. Ce qui est bon pour toi ne s’applique pas à moi. On agit tout en sachant très bien que ce n’est ni juste ni bon, et en plus, on se permet de faire la morale aux autres. Si vous manquez de budget, c’est le même thème qui est repris dans le film Les 3 P’tits Cochons de Patrick Huard mais avec plus de sexe, craque de seins et autres bikinis, et beaucoup moins de sœurs en soutanes.
La pièce mise en scène par Martine Beaulne nous tient en halène pendant une heure et demie (sans entracte) justement parce que le doute plane. Le décor de Richard Lacroix est impressionnant par sa grandeur et met en valeur les contraires de l’histoire en opposant un lieu confiné au vaste extérieur. Le jeu d’éclairage d’André Rioux crée une ambiance qui nous transporte dans l’histoire sans nous en distraire.
Doubt de John Patrick Shanley a obtenu de nombreux prix (le Pulitzer, le New York Drama Critics’ Circle Award, le Tony Award, l’Obie Award, le Drama Desk Award, le Lucille Lortel Foundation Award, et le Critics Circle Award) et a été choisi spectacle de l’année plusieurs fois (Time, Entertainment Weekly, Daily News, The Wall Street Journal, Time Out New York, The Star-Ledger).
Malgré cela, lors de la représentation à laquelle j’ai assisté, il y avait des sections entières non vendues. « Le doute demande plus de courage que la certitude » disait Shanley.

Le Doute de John Patrick Shanley, mis en scène par Martine Beaulne, avec Louise Laprade, Gabriel Sabourin, Marie-Ève Bertrand et Myriam De Verger, est présenté du 12 septembre au 20 octobre 2007 au théâtre Jean-Duceppe.

Mots-clés : Théâtre (92)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Dans la même catégorie

L’enfant d’en haut d’Ursula Meier

26 octobre 2012

  Au pied d’une luxueuse station de ski suisse, Simon et sa sœur Louise, vivent du recel quotidien du cadet consistant à détrousser les touristes de leur matériel de sports d’hiver et de le revendre à bas prix. Très vite une relation de dépendance entre louise, dans une situation précaire, au chômage, et son frère de 12 ans, visiblement plus débrouillard s’installe. Ursula Meier nous livre en somme un film mêlant astucieusement drame familiale,...

L’humour absurde en quelques mots

15 mars 2013

Au Québec, c’est bien connu l’humour est bien apprécié. Le festival Juste Pour Rire, création humoristique québécoise, est d’ailleurs connu mondialement. Dans le domaine humoristique, il existe plusieurs façons d’être drôle. Dans les quelques lignes suivantes, j’aimerais vous décrire à ma façon un de mes styles d’humour préférés : l’humour absurde.   Tout d’abord, qu’est-ce que le mot absurde signifie ? À cette question, le Larousse de la langue française nous fournit la définition suivante...

… et Cheba!

17 février 2006

Hey bien oui, après vous avoir délaissé tout ce temps, votre fidèle serviteur rapplique avec une chronique double! Oui, oui, juste pour vous, vous savez combien il vous apprécie, même s’il ne vous le dit pas assez souvent. Tsé, en ce temps de la Saint-Valentin, il faut bien se délier le coeur un petit peu... Et puis, votre chroniqueur doit admettre qu’il s’ennuyait de flirter avec les bas-fonds des ruelles. Non mais tsé, depuis...