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Ode à tout le monde

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Éric-Emmanuel Schmitt a le don du succès. Et il le prouve depuis bientôt vingt ans, tout à tour dans le roman, le théâtre et maintenant au cinéma. Son dernier né (qui est aussi le premier), Odette Toulemonde, narre la rencontre contre nature d’un auteur à succès avec une de ses lectrices. Le premier a tout les atours de l’homme comblé : une carrière épanouie, une belle femme et de l’argent. La seconde est tout à l’opposé : elle est veuve, elle a des difficultés pécuniaires et son travail ne la comble pas. Pourtant, alors que le romancier est malheureux et va jusqu’à intenter à sa vie, la petite lectrice jouit d’un bonheur inépuisable et contagieux. En les faisant se rencontrer, Éric-Emmanuel Schmitt fait de cette opposition une union.
Pourtant, cette union est impossible. Si elle est autorisée, c’est dans le monde de l’imaginaire ; et le nouveau réalisateur n’hésite pas à s’adjoindre l’hérésie cinématographique en faisant construire une lune pour deux personnes (!) sur laquelle Balthazar Balzan (l’écrivain) et Odette Toulemonde (la lectrice) contemplent l’horizon. Ce croque-en-jambe en est un parmi tant d’autres qu’Éric-Emmanuel fait subir au septième art. Il tente par là de stimuler l’imagination plutôt que de la remplir, et d’apporter par là ce que le cinéma n’aurait su hériter du roman. Ce serait peut-être là un don de romancier au cinéma.

Ce don se démultiplie dans sa forme. Odette s’envole quand elle est heureuse, portée par les ailes que lui donne la magie de l’instant. Jésus mime l’œuvre d’Odette, et il s’effondre avec elle quand sa mission la dépasse. Jane Baker chante l’âme noire d’Odette, âme joyeuse et frondeuse s’il en est. Les amants d’une affiche murale se lèvent, s’enlacent et incarnent subitement les ébats de protagonistes à des kilomètres de là.
Si l’histoire du film est inspirée de la rencontre d’É.-E. et une de ses kitchs de lectrices, le réalisateur se défend d’avoir voulu projeter sa propre image à l’écran. Quand un écrivain met en scène un personnage qui lui-même est écrivain, il tâche à ce qu’on ne les confonde. Cela semble d’autant plus vrai quand le personnage est un écrivain pour caissières et coiffeuses. On aurait le tort de voir là un aveu, ou pire, un épanchement public qui tient davantage de la licence que du témoignage.

En bon romancier, É.-E. préfère explorer la vie humain dans ses petites choses quotidiennes. Il n’est pas certain qu’il y réussisse toujours dans son film : les symboles et les symétries envahissent peut-être trop l’écran. Mais on pardonnera sans peine ces quelques bémols pour la force de la trame narrative (qui nous emporte durant l’heure et demie que dure la projection) et surtout, pour le jeu exceptionnel des acteurs, confirmés et nouveaux venus. Catherine Frot (Un air de famille, 7 ans de mariage) incarne avec une exactitude mathématique l’Odette Toulemonde de É.-E, et Albert Dupontel illustre de manière remarquable son jeu corporel. On aurait tort de rater cette prestation.

Mots-clés : Cinéma (60)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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