Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Bois une bière, fume une clope et ferme ta gueule

La téléréalité, c’est vraiment cool! Voilà enfin un concept télévisuel original, drôle, intelligent, aguicheur à souhait et surtout, porteur d’un projet de société comme on en a plus vu depuis l’ascension du fascisme en Italie dans les années 30.

Il est pourtant surprenant de constater qu’une certaine intelligentsia se drape d’un mépris et d’un dédain des plus insupportables face à ce type d’émissions. Évidemment, ces donneurs de leçons se croient obligés de nous dispenser de leur vision de l’art et de la culture sur les plateaux de Tout le monde en parle et dans les pages du ICI en usant d’un verbe qui renvoie dans le meilleur des cas aux plus beaux passages des romans de Marie Laberge. C’est tout dire…

Un bon ami à moi, qui aime boire de la bière, fumer des clopes et me gratifier régulièrement de ses opinions sur les nouvelles qui font les manchettes du Journal de Montréal, me faisait récemment remarquer le côté poétique d’une émission comme Loft Story. Poésie que, d’après lui, seuls des esprits munis d’une grande sensibilité seraient capables de déceler. Certes, mais à condition que ce soit la poésie de Bukowski délivrant son art sur du papier cul en se noyant dans les chiottes d’un bar paumé de L.A.

Télé-poubelle, comme la surnomment certains, ou simple spectacle d’entertainement comme s’en défendent les diffuseurs? Est-il encore pertinent de s’interroger sur la nuisance que constitue l’apparition de la téléréalité sur nos écrans cathodiques? La question qu’il faudrait plutôt se poser est la suivante: comment en est-on arrivé à proposer ce genre d’émissions au grand public et quelles sont les raisons du succès monstrueux qu’elles rencontrent en terme d’audimat ?

Inutile pour cela de revenir sur l’historique du concept (big brother et compagnie). Concentrons nous plutôt sur la direction qu’ont décidé d’attribuer les propriétaires des réseaux télévisuels au contenu de leurs programmes. On peut aisément constater que l’esprit critique, la profondeur de l’analyse et l’incitation au questionnement ne font plus partie des standards constituant le matos qui remplit les grilles horaires de la télé, de la radio ou de la presse écrite. L’appât du gain a vite fait de mettre tout ça sous le tapis. C’est la réduction d’un outil de communication, au formidable potentiel, comme la télévision à une vulgaire machine à sous qui est à la base de ce nivellement par le bas et de l’apparition d’émissions comme Occupation Double.
Et comme les bénéfices doivent rentrer, et rentrer vite, le recours à la facilité est inévitable. Il faut proposer du prémâché, du prêt à consommer, quelque chose qui ne doit surtout pas déranger le quidam dans sa digestion. Puisque les différents scripteurs et créateurs de concepts télévisuels ont sans cesse la pression de l’audimat, des parts de marché qui doivent aller grandissantes, il faut vite trouver le concept qui accroche. Et comme, la plus part du temps, ces individus sont doués d’une imagination très limitée, ils vont aller piquer chez le voisin le concept qui a fait hier un million en audimat. Voilà comment on se retrouve avec des grilles de programmation qui se ressemblent de plus en plus et qui proposent un contenu de plus en plus appauvri.

À présent, même les réseaux publics ont tendance à emboîter le pas aux TQS, TVA et consorts. Le téléphile se retrouve cerné, sans cesse bombardé de spots publicitaires, de unes de magazines lui annonçant à grands cris l’arrivée sur le PAQ (paysage audiovisuel québécois) de la nouvelle émission qu’il faudra absolument regarder sous peine de passer pour le naze de service lors des discussions matinales autour de la machine à café. Mais enfin, lui non plus n’y va pas par quatre chemins, il prend ce qu’on lui propose.
Projet d’abrutissement à grande échelle au relents populeux, ce n’est malheureusement pas uniquement la téléréalité qu’il faudrait bannir des écrans cathodiques mais bien 90 à 95% de la programmation actuelle. Soyons tout de même honnêtes, certains programmes demeurent d’une très bonne qualité et tout à fait regardables, mais pourquoi les diffuser à des heures où seuls les insomniaques chroniques et les plus téméraires oiseaux de nuits seraient susceptibles de les apprécier.

Cette année, le Polyscope a également décidé de se jeter dans le bain en lançant son PolyStory, le méga concept qui boostera assurément le nombre de ses lecteurs. Rappelons tout de même que les frais de scolarité ont augmenté cette session de 50$ et qu’elles continueront d’augmenter du même montant à chaque session lors des cinq prochaines années. C’est ce qu’on appelle un dur retour à la «réalité».

Articles similaires

Au clair de la lune, mon ami Vazel…

15 septembre 2006

Gueule de bois Après avoir ignoré pendant des années les jugements de tribunaux institués en vertu de l’ALENA, qui avaient trouvé illégales les pénalités américaines sur le bois d’œuvre canadien, Washington accepte aujourd’hui de les retirer. Mais le libre accès à son marché, loin d’être «sans restrictions» comme l’affirme faussement Harper, prend fin au moment où la part canadienne du marché dépasse 34 pour cent ou si le prix du bois descend sous...

Bush bibliothécaire

4 octobre 2005

Avez-vous vu la dernière visite de Bush à l’étranger ? Sûrement. La presse écrite et la télévision en ont fait leurs titres ces derniers jours. C’était en Louisianne, cinq jours après le passage de Katrina (cinq jours de trop ?). Le monde n’a pas attendu autant pour assister, incrédule, au spectacle de l’incroyable misère et de l’extrême pauvreté dans laquelle est plongée cette partie de la population du pays le plus riche et le...

Ce qui vous attend en 2006

31 janvier 2006

Janvier : Comme une odeur de soufre Placé sous le signe astral du putois, le mois de janvier nous réserve des surprises malodorantes. La puanteur commence à gagner les foyers des honnêtes gens lorsque les trottoirs de la ville finissent par avoir mauvaise haleine tellement le nombre d’exclus et de sans-abri est élevé. Heureusement, Météomédia prévoyant un rude hiver, ces derniers seront assurément moins nombreux au printemps, ce qui rassure l’ensemble de la population....




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.