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Bois une bière, fume une clope et ferme ta gueule

La téléréalité, c’est vraiment cool! Voilà enfin un concept télévisuel original, drôle, intelligent, aguicheur à souhait et surtout, porteur d’un projet de société comme on en a plus vu depuis l’ascension du fascisme en Italie dans les années 30.

Il est pourtant surprenant de constater qu’une certaine intelligentsia se drape d’un mépris et d’un dédain des plus insupportables face à ce type d’émissions. Évidemment, ces donneurs de leçons se croient obligés de nous dispenser de leur vision de l’art et de la culture sur les plateaux de Tout le monde en parle et dans les pages du ICI en usant d’un verbe qui renvoie dans le meilleur des cas aux plus beaux passages des romans de Marie Laberge. C’est tout dire…

Un bon ami à moi, qui aime boire de la bière, fumer des clopes et me gratifier régulièrement de ses opinions sur les nouvelles qui font les manchettes du Journal de Montréal, me faisait récemment remarquer le côté poétique d’une émission comme Loft Story. Poésie que, d’après lui, seuls des esprits munis d’une grande sensibilité seraient capables de déceler. Certes, mais à condition que ce soit la poésie de Bukowski délivrant son art sur du papier cul en se noyant dans les chiottes d’un bar paumé de L.A.

Télé-poubelle, comme la surnomment certains, ou simple spectacle d’entertainement comme s’en défendent les diffuseurs? Est-il encore pertinent de s’interroger sur la nuisance que constitue l’apparition de la téléréalité sur nos écrans cathodiques? La question qu’il faudrait plutôt se poser est la suivante: comment en est-on arrivé à proposer ce genre d’émissions au grand public et quelles sont les raisons du succès monstrueux qu’elles rencontrent en terme d’audimat ?

Inutile pour cela de revenir sur l’historique du concept (big brother et compagnie). Concentrons nous plutôt sur la direction qu’ont décidé d’attribuer les propriétaires des réseaux télévisuels au contenu de leurs programmes. On peut aisément constater que l’esprit critique, la profondeur de l’analyse et l’incitation au questionnement ne font plus partie des standards constituant le matos qui remplit les grilles horaires de la télé, de la radio ou de la presse écrite. L’appât du gain a vite fait de mettre tout ça sous le tapis. C’est la réduction d’un outil de communication, au formidable potentiel, comme la télévision à une vulgaire machine à sous qui est à la base de ce nivellement par le bas et de l’apparition d’émissions comme Occupation Double.
Et comme les bénéfices doivent rentrer, et rentrer vite, le recours à la facilité est inévitable. Il faut proposer du prémâché, du prêt à consommer, quelque chose qui ne doit surtout pas déranger le quidam dans sa digestion. Puisque les différents scripteurs et créateurs de concepts télévisuels ont sans cesse la pression de l’audimat, des parts de marché qui doivent aller grandissantes, il faut vite trouver le concept qui accroche. Et comme, la plus part du temps, ces individus sont doués d’une imagination très limitée, ils vont aller piquer chez le voisin le concept qui a fait hier un million en audimat. Voilà comment on se retrouve avec des grilles de programmation qui se ressemblent de plus en plus et qui proposent un contenu de plus en plus appauvri.

À présent, même les réseaux publics ont tendance à emboîter le pas aux TQS, TVA et consorts. Le téléphile se retrouve cerné, sans cesse bombardé de spots publicitaires, de unes de magazines lui annonçant à grands cris l’arrivée sur le PAQ (paysage audiovisuel québécois) de la nouvelle émission qu’il faudra absolument regarder sous peine de passer pour le naze de service lors des discussions matinales autour de la machine à café. Mais enfin, lui non plus n’y va pas par quatre chemins, il prend ce qu’on lui propose.
Projet d’abrutissement à grande échelle au relents populeux, ce n’est malheureusement pas uniquement la téléréalité qu’il faudrait bannir des écrans cathodiques mais bien 90 à 95% de la programmation actuelle. Soyons tout de même honnêtes, certains programmes demeurent d’une très bonne qualité et tout à fait regardables, mais pourquoi les diffuser à des heures où seuls les insomniaques chroniques et les plus téméraires oiseaux de nuits seraient susceptibles de les apprécier.

Cette année, le Polyscope a également décidé de se jeter dans le bain en lançant son PolyStory, le méga concept qui boostera assurément le nombre de ses lecteurs. Rappelons tout de même que les frais de scolarité ont augmenté cette session de 50$ et qu’elles continueront d’augmenter du même montant à chaque session lors des cinq prochaines années. C’est ce qu’on appelle un dur retour à la «réalité».

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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