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Les Fourberies de Scapin

C’est sur Les Fourberies de Scapin, une des dernières comédies de Molière jouée pour la première fois en 1671, que le théâtre Denise-Pelletier ouvre sa saison 2007-2008. Daniel Paquette, jeune metteur en scène ayant déjà une trentaine de pièces à son actif, revisite une fois de plus un grand classique du répertoire théâtral pour le plus grand plaisir de la jeunesse à qui le spectacle est d’abord destiné. Choix judicieux dans l’optique de ce mandat particulier, cette pièce de Molière saura assurément retenir leur attention, et la nôtre, par son rythme effréné réglé au quart de tour où le comique passe principalement par la gestuelle des comédiens et leurs pitreries. L’esprit italien originel de la pièce s’en voit ainsi respecté, avec ses personnages (valets, amoureux, fourbes…) aux caractères fortement stéréotypés et la performance très physique des comédiens qui devront parfois même exécuter petites prouesses et cascades amusantes.
Le visuel est ainsi mis à l’honneur. Le décor simple mais ingénieux, dans lequel s’insère la classique passerelle, permet l’occupation entière de l’espace scénique où les éléments pertinemment choisis (longues voiles en arrière-plan, matelas, élévateur à poulie, petite estrade à roulettes…) servent le jeu parfois acrobatique mais franchement burlesque des comédiens. L’action bouillonnante, finement chorégraphiée, semble parfois se figer quelques instants sur un tableau au comique certain où l’humour passe aisément par les mimiques et postures drolatiques des acteurs. Les costumes élaborés, annonçant déjà la personnalité des personnages, ajoutent du caractère à l’ensemble et l’éclairage original, projeté sur fond d’écran, beigne efficacement les scènes de l’atmosphère souhaitée.
Dans cette comédie où s’enchaînent vigoureusement les numéros d’acteurs, chacun des comédiens nous réserve tour à tour une belle surprise d’interprétation. On met même à profit leur talent dans de petits numéros de musique jouée en direct sur la scène, plongeant la salle dans une ambiance gitane et festive. L’enthousiasme, l’énergie et la fougue des comédiens sont palpables tout au long du spectacle et ils ne perdront jamais le rythme.
Tous ces éléments mettent toutefois l’histoire de côté qui, rapidement, nous intéresse bien moins que le prochain sketch ou la prochaine farce… Ajoutons à cela les textes parfois débités avec beaucoup moins de conviction que celle de la prestation corporelle, laissant notre attention décidemment dirigée vers ce que nous voyons. Précisons cependant que Molière créa cette pièce dans cet esprit en s’inspirant des canevas de la comedia dell’arte.
C’est donc autour du personnage principal, Scapin, que s’articule cette histoire simplette où l’amour véritable doit une fois de plus triompher de l’autorité parentale et des mauvais sorts de la destinée, évidemment grâce aux stratagèmes tordus et douteux de cet astucieux valet. C’est Carl Poliquin, remarqué par le metteur en scène la saison dernière pour son rôle de Scaramouche, qui personnifie ce menteur attachant avec un talent certain et un aplomb éclatant. Mais il me laissera franchement perplexe devant cette prestation où je reconnus, et ne pus d’ailleurs jamais oublier, la terrifiante ressemblance, jusque dans le costume, avec le célèbre Jack Sparrow, protagoniste campé par Johnny Depp dans le film à succès Pirates des Caraïbes. C’était à s’y m’éprendre… Un peu trop d’ailleurs. Le comédien avoue ouvertement s’en être inspiré, mais je dirais plutôt qu’il s’est littéralement fondu dans ce personnage du cinéma populaire. Il aurait probablement gagné à y apporter plus de nuances et de distinction que de confiner sans équivoque notre imaginaire à cette figure déjà haute en couleur.

Mots-clés : Théâtre (92)

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