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Une mouche dans l’oeil

Je me suis réveillé avec Florence. Ma blonde a la peau du pied rugueuse et une fois sur deux elle me râpe le mollet. Ça me sort de mon sommeil. Alors je lui mets un ou deux gnons dans l’abdomen et elle se calme. J’aime le mot « gnon » parce que c’est le genre de mots que l’on trouve dans les textes de Tarek. Quand c’est Tarek qui l’écrit, on dit qu’il est instruit. Quand c’est Renaud, on dit qu’il est baveux.

Comme le dit le grand philosophe grec Albert Jacquard, la bave du crapaud n’empêche pas la caravane de passer. Baveux ou pas, ce qui me plait c’est d’écrire des textes qui coulent tous seuls. Cela sort de mon cerveau et cela se déplace par décharges électriques jusqu’à mes bras. Puis sur le clavier ou la feuille de papier, mon esprit prend forme. Cela se matérialise et l’imprimante sort de petits Renaud sur des feuilles 81/2 x11. Et Payettes et Simms imprime mes élucubrations à 5000 exemplaires par semaine.

Payettes et Simms, c’est le Gandalf dans le monde réel. Et dans ce monde là, moi je joue le rôle du cavalier de Rohan. Et Florence me réconforte de son ventre chaud et son pied rugueux. Chez Florence, l’objet de culte qui me fait le plus peur ce n’est pas son pied. Son pied je l’adule une fois par deux nuits, quand il ne me réveille pas en plein milieu de la nuit. Non, ce qui me fait le plus peur, c’est son sens littéraire.
Florence a commencé des études en littérature. Après trois années d’introspections sur mes trucs à Renaud où elle essayait de lire mon âme en lisant ma chronique (Florence faisait des études de psycho), elle a décidé de critiquer ma structure de texte. Et je dois avouer qu’elle est pas mal douée. Elle m’a fait faire beaucoup de progrès. Maintenant, au lieu de me contenter de coucher mes idées sur du papier, je couche avec ma blonde des idées sur du papier.

Mais le plus dangereux dans tout cela, c’est la faillibilité de tout ce système complexe. J’ai réalisé la chose en faisant du vélo d’appartement chez moi. Au beau milieu de ma course, une mouche vient atterrir dans mon œil. La mouche ne pouvait pas savoir que je faisais du vélo d’appartement. Alors elle n’a pas pu compenser la vitesse en m’attaquant à 100 km/h. Mais elle ne m’a pas raté. Je suis descendu de mon vélo et j’ai arrêté toute activité intellectuelle pour la journée.

C’est alors que je me suis posé la question de ce qui se serait passé si j’avais été sur un vrai vélo dans une vraie rue. La mouche aurait-elle accéléré juste avant de m’aveugler en pleine performance olympique? Ou aurait-elle au contraire visé juste et contourné les circonvolutions de mon esprit surexcité? Le plus dangereux, c’est qu’elle aurait pu me tuer sur le champ.

Si on transpose le problème à celui de la publication hebdomadaire de mon truc à Renaud, la question devient véritablement existentielle. Imaginer que Gandalf brûle durant la nuit de jeudi à vendredi, et voilà que mon esprit ne peut plus s’envoler librement comme une mouche coincée dans les centres oculaires des aléas du direct.

Mais le plus tendre peut-être dans cela, c’est que ce n’est que quelques heures plus tard le soir que j’ai pu voir que la mouche n’avait en fait jamais quitté mon œil. Elle restait là douillettement blottie dans mon lob oculaire. Elle et moi amoureusement mouillés. D’où ma conclusion un peu mièvre à ce texte : Il y a toujours de l’amour là où les mouches prennent le temps de ne pas vous aveugler simplement, mais de vous cajoler une journée durant. Et c’est peut-être cela que Florence a le mieux compris, et c’est pour cela qu’elle me râpe le mollet de son pied rugueux.

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