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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Oeufs-Mayo

Il n’y a pas longtemps, par un beau petit matin de septembre, en cuisinant mes oeufs-mayo, j’feuilletais le journal, et v’là donc que j’tombe ti pas sur un article parlant de la Belgique. Alors là, mon réflexe premier, ce fut bien sûr de m’plonger quelques frites dans de l’huile bien chaude pour accompagner ma mayo, évidement. Mais là, j’apprends-ti donc pas que la Belgique en question est en crise, et une grave, en plus de cela! Et ben, après une nouvelle comme ça, j’vous jure que c’est su’l cul, assis à terre, j’ai mangé mes oeufs-mayo. C’est que, la Belgique, c’est un peu comme nos frères, quoi. En regardant de plus près ce petit pays où on retrouve au nord, des Flamands parlant le néerlandais, et au sud, des Wallons parlant le français on se rend compte qu’on a tellement de choses en commun : les Belges mangent des frites, les Québécois mangent de la poutine. Les Belges boivent de la bière, les Québécois boivent de la bière! Ils ont le Hachi Parmentier (Patate pilées, épinards, streak hâché), on a le pâté chinois (patates pilées, blé d’inde, steak hâché). Il existe des tensions culturelles en Belgique, il y en a aussi au Canada. Les indépendantistes flamands veulent se séparer de la Wallonie pour des raisons économiques et pour protéger leur langue, les souverainistes québécois veulent se séparer du Canada pour les mêmes raisons, ou presque. Les flamands sont souvent plurilinguistiques, parlant souvent très bien le français, alors que les francophones ne parlent que très rarement le flamand. Les Québécois parlent souvent anglais, les Canadiens anglais parlent rarement français.

Bien sûr, pendant que je mangeais mes oeufs, je savais pas encore tout ça. Dès que j’eût fini, j’suis allé chercher dans l’édition du Petit Larousse que j’ai toujours sur la petite table du salon, pas très loin du feu. J’aime bien l’avoir là, c’est toujours pratique. Surtout en hiver. Par chance, le dernier n’a pas été très froid, ce qui fait que je n’avais qu’à peine entamé le début des noms propres, à peu près jusqu’à la moitié des A, pour allumer mes feux de bois, ce qui fait que la Belgique était encore là. Et ça, c’est en ayant sauté les pages roses. Le latin, ça brûle toujours très mal, de quoi vous ruiner un beau montage de bûches, même signé par un scout. Tout ça pour dire que, 3e paragraphe, dernière phrase, on peut clairement lire: «La population stagne aujourd’hui, ce qui n’a pas empêché la montée du chômage, problème majeur, avec la persistance de l’antagonisme Flamands (devenus majoritaires) – Wallons, que traduit l’existence de la frontière linguistique.» Le dictio en question, c’est un 1997. Une très bonne année. Qui mûrit très bien. Mais, ça prouve aussi que, les tensions linguistiques, ça date pas d’hier, et qu’il y a dix ans, on parlait déjà d’une population qui stagne. Alors, qu’est-ce qui a bien pu se passer lors des dernières élections, pour faire en sorte que soudainement, la moule fasse déborder le vase?

À la suite des élections, le Roi Belge, en l’occurrence Albert II, a nommé un informateur (pour ninformer) et un formateur (pour former). Le premier, Didier Reynders, suite à un scrutin serré avait comme tâche de ninformer le Roi à propos des possibilités de coalition entre partis, pour former le prochain gouvernement. Par la suite et dans l’ordre normal des choses, ce fut Yves Leterme, l’homme fort du parti démocrate-chrétien flamand, qui fut nommé comme formateur, et qui devait superviser les négociations du mandat de la prochaine coalition, qu’ils appellent de l’autre côté de l’atlantique orange-bleue, entre le centre et la droite. Ledit Monsieur Leterme est très apprécié chez les Flamands, mais très peu par les Wallons, qui sont allergiques à l’idée de l’avoir comme premier ministre. Après plusieurs semaines au vain résultat, le Roi Albert II commençait à avoir chaud. Il avait déjà eu à annuler ses vacances dans le sud de la France pour revenir au pays pour tenter de régler la crise. Là, il était temps de nommer un explorateur, dont le rôle était bien sûr d’explorer, plus particulièrement de trouver d’autres solutions au conflit en cours.

Depuis cet été, l’indépendance de la Flandre est soudainement devenu une possibilité troublante. Par contre, le Parlement régional de Flandre a tout de même rejeté la semaine dernière une demande de référendum sur l’indépendance déposée par le parti d’extrême droite flamand. De quoi se dire que cette idée d’indépendance à une petite ambiguïté qui m’est étrangement familière, car même si on a répété plus d’une fois cet été que le concept n’était plus tabou, on n’en est pas encore là.
Et je dois dire que ça fait un peu mon bonheur. Pour avoir visité un peu la Belgique, un pays minuscule, qui aurait physiologiquement la taille d’une des couilles du Québec bien que peuplé de dix millions d’habitants, j’ai appris à apprécier le contact étroit entre deux cultures bien différentes mais oh combien intéressantes. C’est la présence, le contact et l’interaction entre ces deux cultures qui en multiplie la richesse. Pour connaître des francophones une francophone parlant très bien le flamand, et inversement, pour se rendre compte de combien ces personnes sont intéressantes, on ne peut qu’en finir par redouter une séparation de la Belgique, qui anéantirait la dualité qui existe dans ce pays. Au niveau politique, nombreux sont les pays européens qui croient que la séparation de la Belgique mettrait du plomb dans l’aile de l’Union Européenne, ce qui serait une preuve que le rassemblement et la mise en commun a tout de même ses limites, que si un seul pays n’arrive pas à se serrer les coudes, qu’arrivera t’il quand plus de vingt cultures différentes tenteront d’arriver à un consensus difficile?

Par contre, aussi mal que soit la situation, j’ai quand même confiance en ce que le conflit sera résolu, et que la Belgique restera unie. Bien évidemment, tandis que je disséquait philosophiquement toutes ces idées, au même rythme que mon estomac disséquait mes œufs-mayo, j’faisais quelques liens dans ma tête avec ma p’tite province chérie. Heureusement que la situation ici, au Québec, est bien différente, et que le Canada anglais a aucune culture à nous apporter, aucune ressource économique, que nous valons beaucoup plus que lui, et qu’un jour le Québec sera libre du joug des méchants anglais. S’il fallait que notre cas soit aussi complexe que celui de la Belgique, qui sait ce qui se passerait, on en finirait peut-être à aimer les têtes carrées.




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