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L’Iliade

Tout le monde connaît L’Iliade dans ses grandes lignes : Pâris a enlevé la belle Hélène à son époux Ménélas qui, offensé par cet affront, part chercher sa femme avec l’armée grecque commandée par son grand frère Agamemnon. Jusque-là, ça va, il n’est pas trop difficile de se remémorer le principal prétexte de la guerre de Troie. On se rappelle aussi bien sûr du demi-dieu et colosse grec Achille, de son petit talon et de sa grande colère. Mais se souvient-on précisément des raisons de sa furie et de ses pleurs? Et combien parmi vous sauraient détailler, sans les confondre, les rôles joués dans l’histoire par Andromaque, Patrocle, Priam, Hector, Hécube, Briséis… Sans parler de cette cavalcade de dieux qui ont tous une influence sur le cours des jours, Héra, Athéna, Aphrodite, Apollon, Thétis…

Au secondaire, ce cher Père Rodrigue m’avait pourtant enseigné toutes les aventures de ce complexe et foisonnant cortège de personnages. En trois ans de latin, je vous assure qu’on en voit défiler, des Dieux, des Troyens et des Achéens! Père Rodrigue ne serait vraiment pas fier de moi aujourd’hui : mon histoire de la Grèce antique est enfouie aussi loin dans ma mémoire que mes déclinaisons latines…

Voilà pourquoi j’applaudis le texte fluide et la mise en scène efficace d’Alexis Martin, qui sait bien vite nous remettre les idées en place! Avec trois paliers de jeu, il crée des repères clairs et bien appréciés par les esprits qui, comme le mien, arrivent un peu embrouillés au TNM. Les Grecs sont au premier niveau, sur la scène, dans le décor d’un petit café. Les Troyens logent au deuxième étage, dans des échafaudages représentant les remparts de Troie. Les dieux, quant à eux, sont perchés tout en haut, au troisième niveau. Et c’est ainsi qu’en deux heures et demie, on se fait très agréablement rafraîchir la mémoire.

Tous les problèmes commencent avec la déesse de l’amour (évidemment!), Aphrodite. Pour récompenser Pâris à qui elle doit son titre de reine de beauté et de fécondité, elle lui offre l’amour de la plus belle femme du monde, Hélène, et participe à son enlèvement. La guerre éclate et, au cours de la dixième année de siège de Troie, Agamemnon exige qu’Achille lui donne sa captive Briséis. Les deux hommes se querellent et Achille cède. Se sentant déshonoré, injustement déclassé, il abandonne son camp. Plus tard sur le champ de bataille, Patrocle, le meilleur ami d’Achille, est tué par Hector (fils aîné du roi de Troie et grand frère de Pâris dont il doit assumer les inconduites). En apprenant la mort de Patrocle, Achille, furieux et inconsolable, décide de retourner au combat pour défier Hector.

Dans cette œuvre, les hommes croient que leur destin repose sur la volonté des dieux et se demandent sans cesse : « Que veulent les dieux? Que peuvent encore les hommes? ». Le problème, c’est que les dieux se posent eux aussi exactement la même question! Comme l’explique Alexis Martin : « Il faut comprendre que le destin est au-dessus de Zeus. C’est comme au casino! Zeus met le sort d’Achille et d’Hector dans la balance et voit ce que ça donne. Ce n’est pas un dieu omniscient, omnipotent, il reconnaît qu’il y a une grande force neutre qui régit le cosmos et qu’il ne peut pas influer là-dessus. C’est la destinée, la chance, la nécessité…, donnez-lui le nom que vous voulez. ».

Les personnages de L’Iliade sont tiraillés entre famille et patrie, pleurent douloureusement la perte des êtres aimés, sont des monstres de fierté… et des pantins du destin. « La mort de l’autre nous fait consentir à la nôtre, telle est peut-être la signification ultime de L’Iliade. », nous dit le philosophe Georges Leroux, spécialiste de la Grèce ancienne dont les conseils dramaturgiques ont guidé Alexis Martin.

Après avoir adapté L’Odyssée en 2000, Alexis Martin poursuit sa grande épopée homérique de façon très réussie et nous convie à une excursion mythologique et historique qui donne presque envie de dépoussiérer ses livres de latin! Au fait, et ça, vous vous en souveniez? : « La suprématie de Zeus dans le polythéisme grec annonce la conception d’une souveraineté universelle fondée sur la raison. ». Ouh la la… en voilà un qui doit être encore bien plus découragé que Père Rodrigue…!
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L’Iliade d’après Homère, Texte et mise en scène d’Alexis Martin. Avec Vincent Bilodeau, Gary Boudreault, Stéphane Brulotte, Stéphane Demers, Patrick Drolet, Alexandre Fortin, Tania Kontoyanni, Jacinthe Laguë, Jean Maheux, Marie Michaud, François Papineau, Marthe Turgeon.
Au TNM, du 11 septembre au 6 octobre 2007. Photo : Achille (François Papineau) pleurant la mort de son ami Patrocle (Stéphane Brulotte), crédit : Yves Renaud.
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Mots-clés : Théâtre (92)



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