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Ma visite chez le psy

Il n’y a aucune raison particulière pour aller rendre visite à son psy, surtout si ce dernier est un ami, un proche, une personne avec qui on partage un peu de fraternité, des points de vue divergeants. Le mien est un ancien de Poly. Il a d’abord été président de l’association des étudiants, l’autre, la très syndicalisante AÉP. Un vrai monument d’histoire. C’est lui qui a introduit la politique informatique, les matos à 4 dollars, l’exigence des repas santé, les prémisses du code Longval.

En qualité de président, il a inauguré plusieurs lieux, notamment les grottes de Tora Bora, Ground Zero, l’orgazmotron de Polyphoto ainsi que l’antre de nombre de jeunes filles en fleur. Et c’est là qu’il a pris conscience de sa vocation première, celle de farfouiller les lieux où personne ne va, un peu à la manière des pionniers qui avaient défriché les terres inconnues. Mon ami psy a donc pris parti pour une exploration des inconnus en terre défrichée. Mais il ne se permet pas avec moi. Une question de respect mutuel.

Le plus impressionnant avec mon psy, c’est l’effet qu’il me fait quand je lui rends visite et que je le trouve avec cette patiente (très jolie du reste) qui ne tient pas l’alcool, et qu’il fait boire exprès pour abuser de ses faveurs. Il appelle cela la déontologie professionnelle. Et je dois, bien malgré moi, avouer que je ne comprends pas très bien son approche. C’est comme cela que nous en sommes arrivés à cette question.

Mon psy a plus d’un tour dans son sac, et il ne se laisse pas déstabiliser facilement. Il me lance d’un trait : « Suppose que tu connaisses une femme enceinte, et que cette femme ait huit enfants, dont trois sourds, deux aveugles et un mentalement attardé. Si en plus cette femme a la syphilis, lui recommandes-tu d’avorter cette nouvelle grosse ? » Et sans même me laisser le temps de répondre, il continue : « Lors d’une élection, tu as le choix entre trois candidats : le premier est lié à des politiciens véreux et consulte des astrologues ; il a deux maîtresses, il fume comme une cheminée et boit huit à dix martinis par jour; le second dort jusqu’à midi, fume de l’opium et boit un quart de litre de whisky par jour ; le dernier est un héros de guerre médaillé, végétarien, boit une bière occasionnellement et n’a jamais eu d’histoires extraconjugales. Lequel choisis-tu ? »

Formaté que je suis, j’ai déjà un avis sur les deux questions. Et voilà que ce spéléologue farfouille dans mon esprit pour me lancer cette constatation : « Eh bien mon vieux, tu viens de faire avorter Beethoven et élire Hitler contre Roosevelt et Churchill ! » Et je dois avouer que cette réplique m’a laissé ébaubi.

Mon ami psy continue de plus belle : « Les gens comme toi baignent dans un angélisme du bon aloi. Vous ramenez les questions de la vie à des rudiments éthiques simplistes. Il n’est pas possible de discuter avec vous parce que vous avancez constamment des arguments tarte à la crème. En vérité, vous ne comprenez rien à rien. » Et à bien y réfléchir, je ne sais pas trop quoi penser de cette vue un peu tranchée.

Mais je me permets cependant de faire un rapprochement entre ce que me dit mon ami psy et les quelques faits récents. D’abord, au sein de nos murs : la volonté de l’école de sortir l’alcool des comités. Il n’est pas évident de répliquer à la demande convenablement, et l’AÉP syndicale a certainement la qualité de savoir formuler élégamment une exigence qui semble de prime abord indéfendable. Mais si on y réfléchit dans l’autre sens…Celui des tordus et des estropiés… M’enfin!

L’autre sujet est celui des accommodements raisonnables. De quelque côté que l’on prenne la question, c’est-à-dire de celui des accommodés, des accommodants ou des incommodés, il y a comme une odeur de gaz quelque part. Les accommodés exagèrent peut-être, refusant volontairement de s’intégrer (en cela qu’ils élèvent leur ethnocentrisme au-dessus de l’intérêt général qui est celui de l’union). Les accommandants font preuve souvent d’un laxisme flagrant face aux dérapages de décisions battant en brèche l’hermétisme qui se doit face aux extrémismes. Finalement, les incommodés formulent parfois leur révolte d’une manière qui confine à la xénophobie et au racisme.

Cependant, il serait également possible de dire que c’est un angélisme (sinon une idiotie) que d’espérer unir la pluralité ; que l’accommodement est une forme soutenue du respect de l’autre (qui doit prévaloir en démocratie, quitte à payer le prix du clivage) ; et que finalement, il n’y a pas de racisme à exprimer une méfiance à l’égard d’une dissolution identitaire au sein d’une prédation étrangère.

Mais toutes ces approches se renvoient dos à dos et ne peuvent coexister… Aussi, qu’en pensez-vous ?




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.