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Pourquoi le parricide est licite!

L’entrée à l’univesité est certainement l’étape la plus importante dans le parcours qui vous mène fatalement à la mort. Et avant de trépasser soi-même, peut-être est-il important de tuer ses démons, et davatange encore de tuer le plus imposant d’entre tous, cette image du père qui nous suit jusqu’à ce que l’on casse sa pipe.

Il est sidérant de rencontrer des personnes de 40-50 ans, voire des plus vieux encore (je ne sais pas compter au-delà), qui vous ressassent les petites misères que papa leur a fait subir dans leur jeunesse alors que, sacré nom de Dieu, ces personnes ont elles-mêmes un pied dans la tombe et que le père, lui, se retourne dans la sienne du fait que l’on casse encore du sucre sur son dos!

C’est donc non sans une forme de paternalisme (et voilà qu’on y revient) que je voudrais vous conseiller un peu, et peut-être pas tant vous parler de votre parcours initiatique à Polytechnique, la palabre qui s’enrichit de mots abscons et les habitudes hygiéniques qui prennent un peu le large, mais davantage du côté entrepreneur-de-vie de la chose.

Pour nombre d’entre vous, le choix d’aller en génie est lié à une raison bien particulière, et cette raison est bonne, mauvaise, étriquée, ou peu importe ce qu’elle est, elle restera la vôtre, et devra confronter deux réalités.

D’abord, celle de l’enseignement qui est prodigué à Polytechnique. Ce dernier vaut ce qu’il vaut, il a ses qualités et ses défauts, mais il n’aura d’impact dans votre vie que dans ce que vous saurez en retirer. On ne vous le dira jamais, et je profite de ces quelques lignes lacunaires pour vous en faire part, Polytechnique n’est pas un tailleur qui vous fait un habit sur mesure. C’est plutôt un canevas, un canal au travers duquel il vous revient de faire passer la matière techno-scientifique qui vous conviendra. Autrement dit, et pour surcharger l’image imprécise que j’ai à l’esprit, Polytechnique vous offre les outils dont vous avez besoin pour faire ce que vous voulez, mais c’est définitivement à vous de le faire.

Les quatre ans pépère que vous passerez au bac ne vous laisseront jamais entrevoir cette réalité, parce qu’en tant qu’étudiant, on n’est souvent confronté qu’au monde aseptisé du travail académique. Aussi est-il facile de croire (à tort) que réussir son cours avec une bonne note est l’ultime graal. Que nenni!

On ne saisi l’importance de la chose que lorsque l’on est confronté à la seconde réalité. Celle qui suit le cursus académique. Et là, c’est une tout autre affaire. Il y a d’abord la frénésie de ne plus avoir à se réveiller à midi pour ne pas rater tous ses cours de la journée. Il y a aussi les cérémonies du prise du jonc et de la remise du diplôme qui sont un vrai baume au coeur. Mais il y a surtout la disgrâce de se voir confiné à des domaines d’application qui ne tirent profit que du milliardième des notions acquises durant les quatre années de calvère au sommet du Mont Polytechnique. Et là encore, il faut être en mesure de réussir l’adéquation entre ce que votre désir était (ou ce qu’il est devenu) et ce que vous pouvez en faire, étant données les conditions du marché.

Bien entendu, il y a les chanceux, les Seymour Cray de ce monde, ceux qui tirent une fois sur une cible et l’atteigne en plein cœur. Ceux-là sont bénis des dieux et on n’y peut malheureusement rien. Mais pour la grande majorité d’entre vous qui ne seront jamais que de minables subalternes à la solde du pouvoir de l’argent, c’est-à-dire à la solde de patrons véreux qui vous paieront au plus 50 000$ par an sans véritable garantie de dépasser les 60 000$ dans une perspective de 10 ans de carrière, vous qui vous dîtes que Polytechnique vous rendra ultimement riches, ou encore que l’ingénierie va vous permettre de faire votre contribition pour changer le monde, il est (encore) temps de vous ressaisir (ou carrément de foutre le camp).

Si vous voulez faire du cash, allez en médecine. Là vraiment, l’embauche est garantie et les salaires sont scrupuleusement surveillés par un Collège qui a réussi l’exploit de destituer Dr. Mailloux…

Nous autres ingénieurs n’avons droit qu’à un erzats d’ordre qui n’est utile qu’à recueillir les 250$ de cotisation annuelle.

Si par contre vous voulez changer le monde, rester à Polytechnique est possible à condition de vous joindre à Polyshpère, ISF ou le CIPO. Ça ne fera jamais qu’une goutte d’eau de plus dans l’océan des actions vaines en ce bas monde.

Finalement, la meilleure chose que vous puissiez faire, c’est de tuer votre père. Je veux dire, au figuré. Je ne voudrais pas non plus être condamné pour incitation à la violence. Enfin, vous réglez vos comptes comme vous voudrez. Mais pour ma part, ce que je veux vous dire c’est: Soyez maîtres de votre destin, et surtout ne pleurnichez pas comme un certain Éric que je connais…




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.