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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Votons pour la STAR !

Par Myriam Boucher

S’il gagnait, lui, avec ses beaux cheveux, ses beaux yeux, son bel habit, ses belles dents… pis il parle bien, il fait des beaux discours. Il paraît qu’il cuisine bien en plus… mon Dieu qu’il a l’air fin.

Ce serait génial au Québec, si on l’aurait au pouvoir. Je vous le dis, génial. Wow. Il nous donne le gros gâteau au chocolat, à volonté, gratis. Y’en a pour tout le monde, on s’en met plein la face et en plus on a pas mal au cœur. Cé tu beau ça, une gang de petits rats qui pensent juste à manger du gâteau. Je suis pas mal fier. En plus on en cache une part dans nos culottes, au cas où. C’est toujours bon de se faire des réserves.

– Pis la politique ?

– Hein ? Oh ! Mais qui est-ce que ça intéresse ?

– Quoi ?

– C’est toute une gang de menteurs qui racontent n’importe quoi ! Moi, je vais regarder le journal, la TV, je verrai…

Bien évidemment, excusez monsieur, je n’avais pas pensé à ça. C’est vrai, c’est pas une gang de menteurs dans les journaux et à TV. L’information est si bien divulguée. Qui est-ce qui va visiter les sites web, écouter les discours de tous les partis, lire les budgets, les plans, pis les conférences, c’est plate ! (mais y’a de la bouffe gratuite, pensez-y). Essayer de comprendre tout ça, c’est compliqué. La gauche, la droite, socialiste, capitaliste communiste, c’est du pareil au même. On regarde Tout le monde en Parle, on lit La Presse, et hop ! On va voter !

J’oubliais le débat, c’est important aussi. Mais c’est trop long, 2 heures. En plus y’a pas de pub pour se divertir ou aller se chercher des chips. Lisons les journaux le lendemain. Moins de temps perdu.

C’est LUI le Vainqueur ! C’est écrit dans le journal, en première page ! Ça doit être vrai, si c’est écrit. Qu’il est beau, jeune, fort, hétéro et solide. Il a tout pour être élu. On ne sait pas trop de quelle couleur il est. Mais il est si gentil. Il est le seul à penser à nos familles, aux pauvres familles qui ont perdu des êtres chers sous le pont de la Concorde (c’est l’autre qui les a tué), aux pauvres personnes âgées qui ne se font pas soigner adéquatement à cause de notre système de santé tout croche (ça c’est à cause des autres, qui étaient là avant). Je pleure, je suis émue, impressionnée. Que d’émotions. Ça doit être quelque chose d’avoir un Michael Moore comme premier ministre. Trippant. Le reste on s’en fou. Et ça nous fait pas peur une seconde.

Il y a un paquet de trucs pas clairs chez l’autre parti. J’ai pas confiance. On est bien informés, on sait ce qui va arriver, nous autres : si on vote bleu, on va tout perdre. La guerre, pleins de morts, du sang partout. On n’a pas d’armée, on va tous mourir. Au secours, c’est la fin. Fini les emplois, les subventions, le pétrole. On va tous crever sous nos dettes et on va se ramasser à devoir vivre seuls avec les Inuits. Après, les Inuits vont vouloir se séparer de nous, parce que c’est ça qui veulent depuis longtemps. Et là on va être seuls, seuls au monde ! Pu d’électricité, ni d’eau, ni de rien, parce que tout le monde est parti ! Splieberg va faire un film sur le Québec et on va devenir des vedettes. Attends minute, ça devient intéressant. Et voilà que ça ne nous fait plus peur.

On ne parle pas de naufrage sans évoquer le célèbre Triangle des Bermudes.

Le troisième pôle est rouge. Rouge comme devient un cochon quand il mange trop de beignes (croyez-moi, si je l’écris, c’est que c’est vrai). Sa principale fonction est de compléter le triangle. Et s’il ne rentre pas au pouvoir, il écrira un best-seller. « L’art de mentir en restant cool ».

Règle no.1 : quelques onces de bon vieux Gin avant toute activité sociale (brunch, discussion entre amis, BBQ, cinéma).

Règle no.2 : regarder l’adversaire (c’est-à-dire votre interlocuteur) dans les yeux en faisant l’innocent et en ayant l’air de ne pas comprendre.

Règle no.3 : en cas de panique, dévier l’attention (par exemple tapper dans les mains, faire un saut, faire le p’tit chien, renverser sa bière sur quelqu’un, dire des niaiseries, éclater de rire, faire semblant de tomber dans les pommes).

Je vous le dit, un best-seller. Il deviendra une star internationale, on parlera de lui partout, dans les journaux, à la TV, partout ! Après ça, on votera pour lui.
– De quoi il parlait, dans son livre ?

– Bof, je ne sais pas trop, l’art de mentir, je crois.

Mais on s’en fout, personne n’a peur de ça.
Vive la démocratie !




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.