Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Danse amérindienne à la sauce contemporaine

C’était ma première fois. Il m’attirait plus que tout autre ne l’avait fait auparavant. Enfin, presque. Je dois avouer que certains avaient déjà su se montrer bien invitants auparavant, mais je n’avais jamais fait l’effort d’entreprendre quoique ce soit pour assouvir ces désirs soudains, si bien que rien ne s’était encore concrétisé. Mais, cette fois-ci, je décidai de saisir l’occasion. Il avait su susciter mon intérêt, surtout par son originalité – j’aime les originaux – j’étais libre, curieuse, tentée… Alors, pourquoi pas ? Que je fusse vierge m’insécurisa légèrement, mais une fois engagée, je décidai de me fier à mon instinct et à mes émotions. J’avais toujours eu l’esprit bien ouvert et j’eus bientôt la certitude que cela me suffirait. Vous saurez me le dire.

Ainsi donc, j’allai voir mon premier spectacle de danse. Et pour mon initiation, rien de moins que de la danse contemporaine amérindienne. D’emblée, ces termes me parurent contradictoires. De la danse traditionnelle moderne ? Cela me paraissait bien audacieux et j’étais impatiente de voir comment le chorégraphe Gaétan Gingras, danseur reconnu d’origine autochtone, relèverait ce défi. Mon constat ? Désolant, d’une certaine manière. En effet, comment ne pas se désoler de ce réflexe facile et récurrent que nous avons d’associer automatiquement la culture amérindienne au passé, à la limiter, dans notre imaginaire collectif, à une autre époque ? Manitowapan et Mon père m’a raconté, sans jamais tomber dans la complainte ou l’apitoiement, nous font subtilement réaliser notre erreur. Il est vrai que toute culture découle de ses traditions et de son héritage, mais c’est justement en les préservant que celle-ci pourra demeurer actuelle et vivante. Ces deux pièces réhabilitent donc au présent le conte et la danse, principaux vecteurs de transmission de la tradition culturelle des Premières Nations.
La vision est rafraîchissante, la démarche profondément visuelle et esthétique. En effet, le décor semble s’effacer derrière les danseuses, tout en marquant profondément l’ambiance. L’éclairage en fait un bon complément, nous transportant allègrement à l’intérieur de cet univers d’ancêtres et d’esprits. Et bien sûr on y apprécie la danse, la raison d’être de toute cette mise en scène. Bien qu’elle semble visiblement puiser son inspiration et s’inscrire dans un véritable retour aux sources, la force de la chorégraphie réside dans la nature contemporaine de ce retour aux origines dont l’harmonieuse coexistence se saisit de façon instinctive. La musique autochtone, actuelle et inspirante, y joue un rôle de premier plan et contribue pour beaucoup à cet équilibre. Complétant le tableau, les contes et récits du sympathique Robert Seven Crows Bourdon ponctuent agréablement le spectacle et s’y entremêlent habilement, lui donnant ainsi une substance particulière. Une réserve digne de mention concerne la confusion qui entoure le scénario de la seconde pièce. Ma déception fut grande de voir l’histoire, jusque là très bien insufflée à la danse, se troubler au moment d’une chorégraphie ô combien consistante dans l’ensemble. On cesse subitement de nous guider et on nous laisse dans le vague avec la désagréable impression qu’il en manquait pourtant si peu pour en comprendre l’essence. Le point culminant du spectacle s’en trouve alors amputé d’une partie de son sens et s’imbrique difficilement dans une histoire bien amorcée, mais devenue quelque peu incompréhensible. Un tout petit indice ou une minuscule précision aurait probablement suffit à nous en faire saisir la signification, ou du moins, à nous l’inspirer. Dommage.
Heureusement, cela ne menacera à aucun moment cette vision libératrice que nous laisse le spectacle sur les nations autochtones de notre continent. À mille lieux de notre image moderne, mais combien médiatique de l’amérindien confiné à sa réserve et à ses problèmes d’alcoolisme et de violence. Sans nier cette réalité, le spectacle nous souffle un vent d’espoir, explore avec nous une toute autre dimension. C’était un plaisir à regarder.

Musique : François Beausoleil | Éclairage : Mike Inwood Allie | Texte : Johanne Parent
| Chorégraphe : Gaétan Gingras

Manitowapan

Interprète : Sophie Lavigne | Conteur : Robert Seven Crows Bourdon

Mon père m’a raconté

Interprètes : Marie-Ève Demers, Jessica Serli, Patricia Iraola |
Conteur : Robert Seven Crows Bourdon




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.