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SOLO : Le doute m’habite

Usine C, vendredi 16 mars, à 20h00. Une énigmatique lumière bleue danse et vacille sur une toile blanche suspendue au milieu de la scène. Après quelques instants, elle se révèle être une paire de mains, entrecroisées, ondulant derrière la toile, les mains de Philippe Decouflé, chorégraphe et danseur de renommée internationale. Ainsi débute SOLO Le doute m’habite, le premier spectacle solo du chorégraphe français, célèbre entre autres pour sa mise en scène des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques d’Albertville, en 1992. SOLO Le doute m’habite, créé en 2003 dans le cadre du Festival d’été de Barcelone, était présenté pour la première fois à Montréal, les 16 et 17 mars derniers.

Par l’entremise d’une installation de caméras, de projecteurs et d’écrans, Philippe Decouflé, seul danseur sur la scène, est parvenu à offrir soixante minutes d’une performance hypnotisante, mêlant danse, théâtre, musique et technologie vidéo. Accompagné du musicien Joachim Latarjet, tromboniste, joueur d’ukulélé, et beatboxer, et supporté par une trame sonore éclectique, Decouflé a présenté au cours de la soirée une dizaine de tableaux qui, par leur mise en scène, sont parvenus à faire oublier au spectateur que le danseur était seul.
Filmés et projetés en temps réel sur les écrans, les mouvements que Philippe Decouflé exécute sur scène se retrouvent complètement transformés par une myriade d’effets visuels. En usant d’ombres chinoises, d’effets miroir, de dédoublements kaléidoscopiques, et de jeux de couleurs et de lumière, il brouille les limites entre réalité et illusion et, étant clown de formation, avec une bonne dose d’humour. Au premier tableau, il parait surplombé d’immenses pieds, les soulevant péniblement avec ses mains; tandis qu’au dernier tableau, il rend hommage aux comédies musicales hollywoodiennes des années 30, à la Busby Berkeley, alors que chacun de ses mouvements est projeté à l’infini derrière lui, avec un décalage de quelques fractions de secondes, donnant l’impression qu’une centaine de danseurs parfaitement synchronisés l’accompagnent. Entre les deux, il entretient, entre autres, un dialogue muet avec son double, fait raconter à ses mains une histoire tragi-comique, et mime avec humour Le P’tit Bal, un classique de la chanson française. Il créée aussi une complicité avec le public, dès le début du spectacle, présentant d’abord un diaporama de photos d’enfance, et par la suite, prend souvent le temps de s’adresser à la salle, entre deux tableaux.

Débutant de façon minimaliste, la performance de Decouflé gagne graduellement en intensité et se transforme en un véritable tableau psychédélique en mouvement, digne des œuvres pop art des années 60. Bien que, pris à part, les mouvements de danse qu’il exécute ne démontrent pas une grande virtuosité, grâce aux effets multimédia et à l’enchaînement fluide de tableaux originaux et colorés, SOLO Le doute m’habite impressionne et séduit. Bref, avec son unique solo en carrière, Philippe Decouflé a réussi à créér une œuvre multidisciplinaire ludique et divertissante.




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